Dernières parutions :

Auteur : Éric BROGNIET

Titre : À LA TABLE DE SADE


Editeur : LE TAILLIS PRÉ, COLLECTION EROTIK

Genre : poésie

Date de parution : 2012

 

À la table de Sade

Là où « Le feu gouverne », le soleil, le désir, le sexe ont toute leur place. Brogniet, qui s’y entend, multiplie les lieux du désir dans cet ouvrage placé sous la bannière du divin marquis et sous le beau titre intrigant À la table de Sade. Dans ces textes où les mots tremblent, où les allitérations incisent la vulve des termes avant de les inscrire au domaine du plaisir, « soyez entièrement libre » nous dit le poète pour prendre lèvres, froissements. SOYEZ EXTRÊMEMENT LIBRES « dans ce paysage », « dans les draps calcinés de l’amour ». Eh ! il n’y a qu’une voyelle de divergence  du « livre à  la lèvre ».

Cette langue s’allitère mais ne s’altère pas. Elle « éclaire des buées ». Elle est « oracle » ou « voix blanche ». Le blanc sans doute du feu qui s’extasie. Toutes les mentions vont dans le même sens de la suffocation ignée : « alphabets d’amour », « palimpsestes de lumière ». Voici donc, sous l’égide de Sade, « le livre des dormeurs ». Le scripteur, non seulement est là, mais la tension le porte à énoncer : « j’écrirai vos robes » ou « je vous dirai ce qu’on tait ».
« Boire au songe », la bouche très souvent sollicitée proclame : « de sa bouche les souffles sont les plus beaux ». Sinon, « une lumière pétille dans la paille ».
Ça allitère, jamais ça ne se met au ras des banalités. Voyez plutôt :
Tout entier « l’orage » dans le « corsage » de la belle. Tout l’œil dans « étoile » et ainsi va ce monde de l’allitération à la Brogniet.

Le livre, assez copieux, comprend trois recueils déjà publiés (Rhétorique de Sade, Mémoire aux mains nues et Géométries de la fièvre, respectivement à L’Arbre à paroles, au Cormier, chez Hayet).
Puisqu’il lui plaît de persévérer en clamant : « j’ai tant brûlé ma langue à ces lagunes », on conviendra que la justesse lui fait dire bien des choses souvent  cachées dans les nœuds de la pudeur. Non, Brogniet a « le frottis » frondeur et des hosties bien peu catholiques.
Quelle poésie alors à débouler : « ce tarot de la mer tout au fond du faubourg » ou « Apprenons à vivre sans linceul ». Les tabous tombent.  « Faisons sauter les verrous », dit-il encore.
Ah ! « l’amante/ belle comme une lampe au fond de la maison ». Chez Éric, on fend beaucoup, on se fend d’une série de poèmes qui foudroient, qui font jouir, dont « l’œil brûle ». Ces « poèmes(s) écrit(s) à l’encre sombre », cette « salive pleine d’étincelles parle sous ma langue »…

Que de lèvres dans ces pages exultées, parfois emphatiques (osons le mot, un lyrisme surchauffé de métaphores au génitif, un peu trop nombreuses à mon goût, c’est ma seule réticence), que de glands, que de bouches et d’oracles ! Un Œdipe brûlé, voilà le portrait du poète !

Un livre très riche, très documenté (on sent la prégnance des mythes fondateurs), bien écrit, qui invite autant au voyage charnel qu’à celui des livres, des mondes imaginaires, et qui redonne le goût de revenir aux autres livres du poète (dont j’ai déjà signalé l’importance dans d’autres articulets du Journal des poètes ou de Bleu d’encre : les volumes Poésie I et II de l’Arbre à paroles, le beau recueil paru au Tétras Lyre, le livre précédent au Taillis Pré…).

 

Philippe Leuckx

 

 

Actualité littéraire

Partenaires

Contactez-nous

Pour tout commentaire ou demande d'information...

bot-mail

Siège Social

Maison Camille Lemonnier
Maison des Écrivains
chaussée de Wavre, 150
1050 Bruxelles
Tél. : 02/512.36.57