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19 décembre 2012

472e soirée des lettres – 19 décembre 2012 

ARMEL JOB et CHRISTIAN LIBENS présentent l’anthologie Suivez mon regard, publiée par le Ministère de la Région wallonne en 2011.

Jean-Pierre Dopagne introduit la soirée par une citation des Correspondances de Baudelaire : Les parfums, les couleurs et les sons se répondent, particulièrement bien adaptée à notre sujet.

Le principe de cette anthologie : chacun des auteurs choisis devait écrire une nouvelle ou un poème lié à un site de Wallonie, et choisir un illustrateur pour son texte.

Vingt des auteurs avaient annoncé leur présence, mais comme il était impossible de les présenter tous, Armel Job allait procéder à un tirage au sort. Chacun des élus allait lire un extrait de sa nouvelle publiée dans le recueil. Cette lecture fut à chaque fois suivie d’une improvisation au piano par Piet Lincken, et nous dirons d’emblée qu’il fut l’une des grandes vedettes de la soirée, tant il sut adapter avec bonheur chacune de ses interventions au texte qu’elle accompagnait. Christian Libens eut un bref échange de vues avec chaque auteur après sa lecture. Et Armel Job fut loin de limiter ses interventions au tirage au sort… Il allait entamer, notamment, la séance en rappelant que c’est à la demande du ministre Lutgen qu’il se lança dans cette entreprise ardue mais passionnante.

Bien évidemment, je n’entreprendrai pas de résumer chaque extrait lu, nous n’arriverions qu’à un patchwork peu évocateur. Mais il faut souligner la variété des paysages évoqués, paysages qui, le plus souvent, avaient à un moment ou l’autre fortement impressionné nos auteurs. Faut-il les répartir, comme le bon La Fontaine, en rats des villes et rats des champs ? Des campagnes hallucinées aux villes tentaculaires ? C’est à la fois plus simple et plus compliqué. Le goût, le hasard, les circonstances… et les voilà, comme la tortue du même bonhomme, portant leur maison sur leur dos, avec leur cargaison de rêves, de souvenirs d’enfance.

Ainsi, Daniel Charneux, au départ d’une statue de Verhaeren, et surtout du site du Caillou-qui-bique. Son père n’était-il pas instituteur dans un village proche ? Et les bois du Haut Pays gardent leur mystère… Cela n’empêche que dans son dernier roman, c’est Liège surtout qui est au premier plan.

Il sera rejoint, en d’autres sites tout aussi perdus, par Paul Mathieu, dont la nouvelle évoque Buzenol. La moissonneuse des Trévires, y a élu domicile, mais c’est un domicile qui n’a pour couvert que la cime des arbres. Et nous voilà ramenés sous Constance II, vers la fin de l’Empire, mais nous ne sommes pas si loin, après tout, du Rivage des Syrtes et du Balcon en forêt.

Village encore, l’un des trois Écaussinnes, célébré par Max Elskamp, d’où sa mère, Claire, Suzanne, Adolphine, était originaire. Et bien sûr, Julos Beaucarne. Jean Jauniaux, lui aussi, est de là-bas : sa famille habitait la rue qui relie la gare aux carrières. Mais c’est le plan incliné de Ronquières qui va se trouver au centre de sa nouvelle, un site que l’on venait visiter du monde entier quand il était en construction. Et quand on creuse, à Ronquières, on trouve, non des iguanodons, mais des… bulldozers.

Évelyne Wilwerth, pour sa part, loge ses souvenirs d’enfance à Spa et à Stavelot, au pays des Blancs Moussis, dont le nez a la forme d’un poivron. Souvenirs de carnaval, du vert paradis des amours enfantines, et des confettis roses qui volent au vent de la mémoire.

Gembloux… et c’est Michel Torrekens qui égrène le chapelet des métamorphoses, le Prince de Liège devenu cellule pour l’emploi, la maternité Reine Astrid reconvertie en home pour vieillards, les petits commerces qui ferment inexorablement devant la concurrence des grands magasins. était, et Gembloux non plus. Une autobiographie fictive ? Mallarmé avait lu tous les livres, Michel Torrekens, lui, se contente de tous les Tintin, et sourit malgré tout, sourire Smiley, comme le souligne malicieusement Christian Libens.

Parmi les villes, c’est Liège qui l’emporte, et de loin. Marc Pirlet nous raconte la triste histoire d’un jeune Tchétchène réfugié à Liège, dont la demande d’asile se trouve impitoyablement refusée. Mais l’auteur nous livre aussi un véritable cantique d’admiration devant la nouvelle gare des Guillemins, même si les avis ne sont pas unanimes.

Irène Stecyk, pour sa part, a écrit surtout des romans historiques (elle avait reçu le prix Rossel pour un roman dont l’héroïne était la Brinvilliers), mais ici, elle mêle le passé et le présent : un homme attend d’habiter un nouvel appartement, près de la statue de Grétry. La première statue qui fit l’admiration d’Irène Stecyk, et tout un art de vivre…

Enfin, Liège toujours, avec une superbe évocation, par Karel Logist, de la rue Hors-Château, et des escaliers qui mènent à la montagne de Buren. Promenade faite autrefois en compagnie de Jacques Izoard. On pourrait penser au jeune Rastignac toisant Paris du haut de la butte Montmartre, mais ici, c’est de tout autre chose qu’il s’agir, du cœur battant d’une ville. Et c’est une sorte de litanie que récitent les vers de Karel Logist, à la louange de sa ville d’adoption. Quand nos aînés s’en vont, nous dit-il, on s’imagine qu’on pourrait être mortel.

Oui, nous voilà de ces mortels qu’emporte le vent d’automne, ainsi que feuilles mortes. Nous voilà, nous souvenant, nous rappelant, philosophant, écrivant, chantant, en l’honneur de ces villages, de ces villes qui nous ont vus naître. Nous avons commencé par Baudelaire, et nous finirons par Baudelaire : la forme d'une ville / Change plus vite, hélas ! que le cœur d'un mortel. Il nous reste toujours la trace et le souvenir, et n’est-ce pas là, précisément, l’un des offices de la littérature – et le présent ouvrage répond parfaitement à cette nécessité.

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