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Auteur : Catherine D'OULTREMONT

Titre : MOMENTUM PRO GESUALDO


Editeur : AVANT-PROPOS

Genre : roman

Date de parution : 2012

 

Momentum pro Gesualdo

Naples, 1956.Igor Stravinsky, au sommet de sa gloire, y séjourne avec sa deuxième épouse dans le palais Sansevero, où vécut au XVIe siècle Carlo Gesualdo. Depuis longtemps, le maître russe souhaitait examiner les partitions du musicien italien, plus connu du grand public pour avoir tué sa femme et son amant que pour sa musique novatrice. Le prince di Sangro, actuel occupant du palais, lui ouvrira non seulement la salle des archives mais aussi les portes du temps.

Car c’est bien à un voyage dans le temps que nous convie Catherine d’Oultremont, un voyage polyphonique où les voix – et les voies – du XVIe siècle se mêlent à celles du XXe. Dès la première phrase, Gesualdo pose la question : « Ô vous qui passez et qui écoutez ma musique, aujourd’hui, demain ou dans plusieurs siècles, tendez l’oreille et voyez si elle peut vous faire ressentir les émotions qui m’habitent » (p. 17).

Entre les deux compositeurs se tisse un réseau de questions, auxquelles répondront tantôt les invités de l’aristocrate napolitain, tantôt les proches de Gesualdo : son secrétaire, son confesseur, une servante... Questions sur la personnalité de Gesualdo, certes, mais aussi sur le sens de la musique, de l’art, de la tradition, de la modernité. Sur la nécessité de « fouiller dans le passé pour affermir les bases du futur » (p. 87). « Un compositeur peut-il réutiliser le passé et en même temps faire un mouvement vers l’avant ? » Et Stravinsky d’expliquer au prince combien l’époque contemporaine perd le sens de la continuité et de la communion : « Cette rupture engendre le caprice individuel chez l’artiste et l’isole de ses semblables » (pp. 87-88).

Ce Monumentum pro Gesualdo est une œuvre complexe. Merveilleusement documentée – l’auteur nous fait le cadeau de références à l’incontournable biographie de Stravinsky par André Boucourechliev –, construite comme une quête et presque comme un roman policier, elle est aussi nimbée de fantastique. Nous n’en dévoilerons pas la moindre ligne mais il faut savoir que le pont entre le présent et le passé n’est pas seulement intellectuel ou symbolique, malgré une écriture où, comme dans une fugue, chaque mot trouve un écho dans la voix de l’autre et où le récit joue autant avec les sons qu’avec les sens. Ainsi, la servante de Gesualdo, Laura, « après la mort de sa maîtresse […] était restée dans l’ombre du palais, subjuguée par l’aura du meurtrier » (p. 126).


Par la magie des partitions qui ont réuni les âges, le dialogue muet entre Gesualdo et Stravinsky donne peut-être la clé de l’art – et de la vie d’artiste : « […] c’était sans doute la souffrance qui avait rendu les madrigaux de Carlo Gesualdo si émouvants » (p. 78).

 

 

Jean-Pierre Dopagne

 

 

1 Ce titre fait référence à une suite instrumentale que composa Stravinsky en 1960.
2 C’est nous qui soulignons.

 

 

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