Dernières parutions :

16 Février 2011

455e SOIREE DES LETTRES - 16 février 2011

JEAN DUMORTIER,
Baume des regards, poésie, Le Non-Dit. Présentation par Thierry-Pierre Clément.

16-02-11-large-6
© Pierre Moreau


C’est la première fois que nous assistons à une présentation faite par Thierry-Pierre Clément (dont Jean Dumortier nous avait fait connaître le recueil Fragments d’un cercle, et, disons le tout de suite, pour un coup d’essai, c’est un coup de maître.

Dès les premiers mots, nous sentirons une évidente empathie entre le présentateur et le présenté, qui ont en commun un sentiment profond de la poésie, du recueillement, de la vie intérieure, d’une certaine lenteur méditative. Tout ici est dans le regard et la parole, recueillis, pénétrants et pénétrés, sans aucune emphase, bien loin des trucs et ficelles qui parfois handicapent la poésie.

Jean Dumortier a publié jusqu’à présent une trentaine de recueils.

Ici, c’est d’aphorismes qu’il s’agit, mais d’aphorismes tellement imbus de poésie qu’il serait vain de poser une frontière entre les deux genres.

Pour débuter, Thierry-Pierre nous lit la préface que Jean-Louis Crousse avait écrite pour le recueil peu de temps avant sa mort.

D’une beauté évidente, éclatante, où l’amitié qui unissait les deux hommes perce à chaque ligne, à chaque mot.

Preuve, s’il en fallait encore une, que Jean-Louis Crousse était l’un de nos meilleurs poètes, et qui prendra un jour, nous l’espérons, la place qui était la sienne, et qui lui a été refusée.

L’enfance blessée, les contradictions, l’ambiguïté de l’homme, l’enfer de la non-parole, la musique d’une âme que l’on ne se lasse jamais de murmurer…nous sommes dans le vif du sujet.

C’est, nous dit Jean, l’aboutissement de longues conversations entre les deux amis.

Le recueil se divise en quatre parties, séparées par de courts poèmes : Graffitis des saisons.

Et c’est par eux que débutera la lecture de Thierry-Pierre.

Parmi eux, l’Eté, dédié à Claire.

Pourquoi ce titre, Baume des regards ? demande le présentateur. Les regards agissent-ils donc comme un onguent ?

Je l’ai choisi par affinité. La beauté germe d’abord dans le regard. Heureux le poème né de l’écoute et du regard de l’autre.

Serait-ce que par le regard on pénètre la vérité profonde de l’autre ?

Oui.

Le regard permet la croissance de l’autre ?

Il y a des enfants qui ne grandissent pas parce qu’on ne les regarde pas.

La pureté, l’innocence du regard ? Le sentiment d’une perte ?

Les impressions avant l’âge de quatre ans laissent des traces. Il y a des rapports réels dès les premiers sons, dans le ventre de la mère.

A la page 78, L’œil se ressource davantage de l’invisible que du visible . Ici, cela rejoint Saint-Exupéry. Serait-ce une porte vers l’invisible ?

Oui. C’est dans la nuit que je revis les meilleurs moments de mon enfance. Les souvenirs du jardin…Je jouais seul, ne recherchant pas la compagnie d’autres enfants.

L’intériorité. Le sentiment et la sensation plutôt que la pensée rationnelle. Ne pas aimer de près, mais du dedans.

Plus tu sais, et moins tu sais.

Au fond de nous, la voix qui parle est celle de l’intériorité.

L’important, c’est le geste, le silence, plutôt que la parole. Le poète est aussi effacement. Serions-nous poètes à notre insu ?
Si on le sait trop, on ne l’est déjà plus.

Nécessité de la poésie ? Serait-elle, dans l’instant, ce qui porte l’éternité ?

En terminant, Thierry nous parlera des superbes photos de papillons prises par Anne, la fille de Jean, pour accompagner le texte, et qui illustrent particulièrement bien ce qui vient d’être dit. Et Jean lira un texte d’Achille Chavée, dédié à Christian Dotremont.

Je n’ajouterai rien : ce serait troubler une source dont la clarté vient de nous pénétrer. Gardons-la précieusement.

 


 

 

DOMINIQUE AGUESSY,Tant de chemins ouverts, poésie, éd. du Cygne. Présentation par Isabelle Bielecki


© Pierre Moreau

Je vais vous dire quelque chose qui va vous étonner, commence Isabelle Bielecki : Dominique et moi nous sommes sœurs. Toutes deux étrangères, moi de la seconde génération, elle de la première.
Rien d’étonnant donc à ce qu’elle parle de chemins dans ce livre-ci comme dans le précédent. Les chemins qui mènent les immigrés aux rêves, aux illusions, pour entrer dans un pays inconnu. Elle a connu la même souffrance, celle des émigrés. Le chemin réel, et le chemin intérieur. Elle a quitté son enfance pour aller vers l’inconnu. Serait-ce un chemin universel et intemporel ?

Nous sommes sœurs par la poésie, enchaîne Dominique. Comme le disait le mois passé Michel Joiret, c’est un genre avec lequel on ne peut tricher.

Dominique nous parle alors de son coup de cœur pour Andrée Chédid, dont elle lit un extrait de L’étoffe de l’univers : Où est ma terre?/Mon pays est partout.

Isabelle Bielecki nous signale ensuite que le recueil est divisé en sept parties, en ces chemins bordés d’idées, de cris de colère. Elle aborde ensuite le parcours professionnel de Dominique, en nous parlant de son livre Pouvoir et démocratie, lié à sa militance syndicale. Il existe beaucoup de liens entre ce livre et les recueils de poésie.

Il est vrai, enchaîne Dominique, que j’ai exercé des responsabilités syndicales, et que je me suis interrogée sur les liens entre le pouvoir et la démocratie. Ce qui me révolte le plus : l’instrumentalisation politique du pouvoir religieux.

Elle nous projette ainsi dans l’actualité la plus brûlante, comme dans le poème » Mogadiscio », où l’on voit un homme vêtu d’une burka se faire exploser au milieu des participants à un congrès. Son recueil véhicule de nombreux thèmes d’actualité. Certains poèmes sont des dénonciations, d’autres en atténuent la violence.

Dans le second chemin, nous trouvons un hommage à la musique africaine. Ailleurs, elle parle de la musique classique. Comment concilier les deux ?

J’ai baigné dans la musique. Mon père était violoniste, il répétait à la maison.

Mais il y a aussi la musique qui lui est propre. Elle fait alterner les textes en vers libres, puis les vers rimés. Elle module très fort, c’est sa musique personnelle. Mais il y a toujours un fil conducteur, un mot qui se répète, ainsi le mot : peur.

Le second chemin parle de la mort, de l’exil, de la dénonciation.

Il faut compter avec l’importance du doute de celui qui marche. Et puis, il y a «  la misère en spectacle pour les professionnels du regard. » Et ce vers : «  La poésie ne donne réponse à rien. »  Poser la question , n’est-de pas déjà donner une amorce de réponse ?

Pour moi, c’est ma table d’existence. J’existe en écrivant. Mais je ne m’attends pas à ce que la poésie donne des réponses.

Quand elle écrit : « Si la beauté pouvait nous sauver du désordre », ne songe-t-elle pas à l’art, à la poésie ?

Et Isabelle Bielecki cite à ce propos un passage d’Houellebecq.
Il ne faut pas perdre sa faculté de s’émerveiller. Ce sont de petites choses qui font la beauté de la vie.

Quand elle dit : « Jardiner l’utopie en résistance », n’est-ce pas que le poète est porte-parole, mais militant et résistant ?

Il faut aller vers différents publics, pas seulement vers les spécialistes en littérature.

Dans le sixième chemin, elle rapporte cette parole de l’Enfant : « C’est encore loin ? » Et le poète répond : « Nulle part » Mais la septième partie sera une éclaircie, l’annonce de l’aube.

Et c’est sur ces quelques mots, qui en donnent bien le ton, que nous quitterons les chemins de Dominique : La vie, ce don sans cesse renouvelé – La fragilité d’un sourire.

Isabelle Bielecki faisait elle aussi ses débuts en tant que présentatrice, et on peut lui adresser les mêmes éloges qu'à Thierry-Pierre Clément. Elle a su pénétrer ce recueil de Dominique Aguessy de l'intérieur, en rendre toute la complexité et le poids d'humanité.

 


CENTRE CULTUREL DE WATERLOO (Frank Andriat, Isabelle Fable…) Tel l’oiseau bleu à la recherche du bonheur…, recueil de nouvelles, éditions Espace Bernier, Centre culturel de Waterloo. Présentation par Jean Lacroix.

Il s’agissait tout d’abord de mettre en valeur le travail quotidien des centres culturels, qui jouent un rôle fondamental dans la diffusion de la culture en Wallonie. M. De Smedt, président du Centre culturel de Waterloo, assistait d’ailleurs à la séance.

Le Centre de Waterloo est particulièrement florissant. Il a longtemps reçu des auteurs, accueilli des pièces de théâtre.

Un nouveau contrat-programme était à l’étude pour la période 2009-2012, basé sur le travail d’animation des quartiers, avec un artiste en résidence. Cette nouvelle initiative débutera en 2011 par l'accueil d'un plasticien et aura pour thème "La cohésion sociale" avec, comme fil rouge, "Les Misérables", oeuvre majeure de Victor Hugo.

Comme les choses n’étaient pas encore assez bien définies, pour 2010, le Centre de Waterloo a pris un thème de remplacement : l’Oiseau bleu.

Des animations eurent lieu tout au cours de l’année.

Rappelons le sujet de la pièce de Maeterlinck : deux enfants pauvres observent la nourriture des riches. Et l’Oiseau bleu, ce sera la quête du bonheur par une petite fille malade.

Plusieurs dizaines d’auteurs, d’artistes, d’enfants ont participé à des activités en tous genres.

Pour les adultes, deux projets : tout d’abord, un marché artistique. Il faut savoir qu’à Waterloo une rue qui longe le chemin de fer, et où se tenait un marché, a été fermée par un mur sur un de ses côtés suite aux travaux pour le RER. Trente-cinq artistes ont été invités à créer sur place une œuvre sur le thème de l’Oiseau bleu. Cette œuvre devait nécessairement être exécutée sur l’espace d’un dimanche…qui s’est malheureusement trouvé être celui des élections. Mais cela n’empêche que cette exposition fut un succès, et l’oeuvre du vainqueur sera par la suite reprise sur la couverture du recueil de nouvelles. Cet œuvre était en fait un pastel sec.

Quant au concours de nouvelles, il remporta un beau succès : 52 textes en tout. Et, ô surprise, un texte venu d’Ukraine, d’un professeur d’université spécialiste de Maeterlinck.


Les envois étaient anonymes, de façon à assurer une parfaite impartialité du jury. Plusieurs membres de l’AEB, Michel Joiret, Max Vilain, en faisaient partie. Il était prévu au point de départ de publier neuf textes, mais, vu leur qualité, on en choisit finalement douze. Certains étaient l’oeuvre d’écrivains connus, mais c’est un habitant de Fosses, dont le nom n’était pas connu dans les milieux littéraires, Samuel Lejeune, qui l’emporta.

Bien sûr, le succès remporté incite à envisager d’autres projets.

Ainsi, le 30 juin, il y aura 150 ans que Victor Hugo a terminé les Misérables à Waterloo.

La Région wallonne a mis un thème à son programme, Les Ecrivains et les pierres…

Et le thème de la cohésion sociale…Bref, il y a du pain sur la planche.

Et gageons que Jean Lacroix, qui écrivit naguère une pièce sur Victor Hugo, sera partie prenante (remercions le au passage d’être parmi nous, malgré une bronchite persistante)…Il faut de toute façon insister sur le rôle irremplaçable et trop peu connu que jouent les Maison de la Culture dans notre vie littéraire.


© Pierre Moreau

Actualité littéraire

Partenaires

Contactez-nous

Pour tout commentaire ou demande d'information...

bot-mail

Siège Social

Maison Camille Lemonnier
Maison des Écrivains
chaussée de Wavre, 150
1050 Bruxelles
Tél. : 02/512.36.57