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"Deux poètes : Geneviève Bauloye, Danielle Gerard"

Deux voix assez discrètes. L'une née à Chimay, l'autre à Uccle. Toutes deux en poésie depuis les années 90, c'est-à-dire tardivement.
Depuis, chacune a proposé entre cinq et sept titres aux éditeurs.

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Si Geneviève Bauloye revendique assez logiquement une écriture proche de la nature, du bref blason, du haïku, elle s'inscrit dans une démarche poétique où Henri Falaise, les frères Piqueray témoignent d'une poésie de qualité.

J'ai dit le plaisir que j'avais eu à lire et à commenter le livre précédent déjà édité chez l'éditeur italien Schena de Fasano di Brindisi, dont le beau titre "L'Unité des étoiles" annonce l'aérien "La brume se souviendra" qui vient de sortir des presses (décembre 2012).

Le nouveau livre de poésie, préfacé par un Alain Borer enthousiaste, s'articule en sept mouvements. Chaque section présente de brefs poèmes ciselés, à l'encre dense, où la nature observée délivre sa petite "musique du silence".

L'écriture y est "du givre bleuté" et l'âme du feu surgit çà et là comme la métaphore de la ferveur concise de la poétesse qui se sait "au bord du ciel" pour parler "aux peupliers disparus". Elle a le tact poétique de la "rumeur mouillée" qui signale un travail d'économie verbale : "Qui es-tu/ Qui traverses le temps".

Parfois un simple vers signe la connivence : "Il neige dans le feu".
L'air de rien, sans  jamais  peser,  voilà  une écriture qui fait passer suffisamment de sève et de lumière  pour  étreindre  en  nous comme une "brume ensoleillée/ De l'enfance".

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Autant Geneviève Bauloye travaille sur le ténu, tenu en peu de mots, en peu de vers, autant Danielle Gerard a besoin d'une certaine ampleur pour développer ses émotions dans "Baisers", qu'elle publie à Merlin aux Déjeuners sur l'herbe, en ce mois de janvier 2013.

Le souvenir préside à l'énoncé de longues notations sur et autour des baisers du titre : étouffés, "vers la fragilité tranchante", "la tête chaude, palpitante". Le lyrisme chaleureux rend compte des lumières mais s'aiguise jusqu'à toucher le lecteur de tous les tranchants des "secrets", des "puits", des "épines". Mais la mémoire aussi saigne pour une quête ressassante des lieux de ce qui s'est perdu. Où, répété jusqu'à l'envi, pour marquer le poème d'une gravité qui ne soit pas seulement un motif mais un véritable creux qui s'ouvre et blesse. Oui, où?

Le volume resserre vers sa fin les textes aigus qui déclinent regrets, dérisoires chemins par lesquels il eût fallu passer : "J'ai dû sentir plus d'un frémissement" ou "J'ai dû oublier/ Le noir très noir/ De la cave à charbon,/ L'hiver sur le soupirail".

Les baisers ne seraient-ils donc que les fleurs ramassées de rêves un peu fous que rien ne relie? Comme les marques pauvres d'un destin aviné?

Une sorte de pied-de-nez à la mort - mot de la fin? À moins que ce ne soit de la faim – idéale – d'autre chose que cet "éclat qui monte… abusant des ombres/ Comme un fantôme se faufilant".
Il y a dans ces poèmes tant de morsures vives, de beautés contenues, où se mêlent dans le même mouvement "apnées... araignées", alors que la "lumière embrase".

On le voit, rien n'est trop beau ni trop gris ni trop doux ; l'art du poème est de hausser la tension du lecteur à l'aune des impatiences et des pulsions "de joie" ou dans l'ombre de "la légèreté de l'âme". Du beau travail.

 

** Bauloye (G.), La brume se souviendra, Schena Editore, 2012, 64 pp.

** Gerard (D.), Baisers, Les Déjeuners sur l'herbe, 2013, 76 pp., 9 €.

 

 

Philippe Leuckx

 

 

 

 

 

 

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