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Hommage à Juliette Decreus

Hommage à Juliette Decreus

Inspiré par nos souvenirs et par l’étude qu’un grand poète français contemporain, Marc Alyn[1], consacra à Juliette, je voudrais rappeler en quelques mots sa vie et son œuvre.

Juliette Van Liefland est née à Malines en 1911, à la veille de la première guerre mondiale ; ses parents ayant fui l’envahisseur, elle connut dès l’enfance les affres de la guerre qui la marquèrent à jamais.

Réfugiée avec ses parents à Nogent-le-Rotrou, elle commence des études en français dès l’âge de cinq ans et ce n’est qu’à onze ans qu’elle retournera à Malines.

Ceci explique sans doute en partie sa passion pour la langue et la littérature françaises qu’elle servit sans arrêt depuis l’obtention d’un doctorat en lettres à la Sorbonne en 1949, et même auparavant, en tant qu’enseignante de français dans une école secondaire pendant la guerre, dans la région de Leeds, en Angleterre.

L’œuvre de Juliette peut se résumer  ainsi : cinq essais, un grand nombre d’études littéraires et surtout, une multitude de poèmes.

Les thèmes de ses essais révèlent déjà des aspects significatifs de sa personnalité : d’une part, elle étudie des femmes de lettres qui, comme elle, brisèrent le conformisme de leur époque : Hortense Allart, la duchesse de Duras, la comtesse de Flahaut-Souza, toutes femmes non conformistes, aimant la liberté et croyant que la femme écrivain peut être l’égale de l’homme. Par ailleurs, elle consacre tout un livre au thème du prêtre, reflet, si nécessaire, de sa constante recherche du spirituel et du religieux.

C’est cependant comme poète et comme professeur que Juliette fut la plus connue. Elle enseigna non seulement à Glasgow et à Londres mais également à Houston, USA, où elle dirigea la seule revue en langue française des États-Unis, Le Bayou. Elle donna cours également au Canada, au Mexique et dans plusieurs pays d’Amérique du Sud. Ces voyages lui donnèrent un gout insatiable de l’Univers ; « écartelée entre des liens opposés elle parvient pourtant à les assumer ». C’est ainsi qu’elle écrivait à Marc Alyn : « Je tiens à la Flandre par la chair, à la France par l’intellect, à la Grande-Bretagne par le cœur. Tout serait simple si le corps, l’esprit et le sentiment étaient des vases clos et non des vases communicants. MOI, j’ai besoin de l’Europe ».

Comme poète on lui doit sept  grands recueils sans compter les deux derniers, Malines, ma résonance, publiés en français et en néerlandais en 1994.

En 1949, elle publie Soupirs, un recueil écrit vingt ans auparavant, où transparaissent « les bouleversements de la chair et de l’âme » qui hantent l’adolescence.

En 1953 parait Fait avec des ténèbres, reflet d’une période particulièrement douloureuse de sa vie : sa mère est tuée par un V1 le 30 novembre 44 et son père se meurt d’un cancer : « L’horizon est bouché de partout, écrit-elle. C’est ce qui me fait écrire tous ces poèmes qui sont noirs comme leurs titres. »

Le troisième recueil, sorti en 1954, ne met pas fin à cette atmosphère d’angoisse. Il est intitulé Requiem pour des heures défuntes et on y trouve ces vers :

« Tu sauras que la joie est chargée en souffrance
Et la souffrance en joie. Que les deux ne font qu’un,
Que les morts sont vivants et les vivants défunts
Et que rien ne finit et que rien ne commence »

 

C’est en 1963 que parait ce qui constitue, à l’estime de ses pairs, le chef-d’œuvre de sa maturité .Il est intitulé Mémoires du solstice. « Composé en partie aux États-Unis, c’est un livre d’amour » digne des grands Romantiques et de Marceline Desbordes-Valmore dont elle reçut le prix décerné par la Société des poètes français. « Toute la magie de la passion s’y exprime » :

« Je suis libre à présent de chanter mon amour
Maintenant qu’il n’est plus qu’un bouquet d’immortelles… »

Citons encore deux recueils : L’aiguail des jours, primé par l’Académie française et par les académies des Jeux floraux de Toulouse et de Montmartre, et qui contient plusieurs poèmes consacrés à Séville et sa Semaine Sainte que nous avons vécue avec elle, il y a près de vingt ans.

Saveurs traversières, paru en 83, est un livre bilan, survol de toute une vie passionnée « par celle qui en fut à la fois le sujet et l’auteur ».

Enfin, en 1991, parait  Anthologie (Poèmes 1948-1991), précédée d’une étude-préface de Marc Alyn : quarante-neuf poèmes où « la foi apparaît comme la clé majeure de l’œuvre », déclare le grand poète français.

À travers toute sa vie; son amour des hommes et des femmes qu’elle fréquentait transparaissait dans son sourire d’accueil, et sa passion pour les Lettres et la Littérature n’en était que le reflet comme le montrent si bien ses vers :

« Mets ton cœur dans les mots
Et non les mots dans ton cœur
Ou alors n’en mets qu’un seul
Et que ce soit le mot Amour. »

Louis de Ryckel

 


[1] Marc Alyn (Alain-Marc Fécherolles), né en 1937, Grand Prix de Poésie de l’Académie française 1994 ;  Prix Goncourt de Poésie 2007.

 

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