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Auteur : Françoise LISON-LEROY

Titre : LES BOULOCHES

Editeur : ESPERLUÈTE ÉDITIONS

Genre : nouvelle

Date de parution : 2012

 

Les bouloches

Vous est-il déjà arrivé d’être jaloux d’un livre ? De vous dire en le refermant : C’est celui-là, précisément celui-là, que j’aurais voulu écrire ? Tout comme Miguel de Unamuno était jaloux de Cervantès, parce qu’il aurait voulu, lui aussi, écrire Don Quichotte ?
Eh bien moi, ces bouloches, elles m’ont rendu jaloux. Parce que j’aurais voulu, moi aussi, avoir un papa-bouloches. Parce que j’aurais voulu, moi aussi, avoir des bouloches. Depuis toujours. Enfin, j’en trouverai peut-être un jour, et mes petits-enfants…
De plus, j’avais lu, il y a quelques années, le beau livre que Gaston Leroy, le papa-bouloches de Françoise, avait consacré à Wodecq, son village natal,  Dou temps d’no vij paré  (Du temps de nos vieux parents).
Bon, je ne vais pas vous faire languir plus longtemps. C’est quoi, des bouloches ? Des doudounes ? Des espèces de cocons, où l’on se sent bien au chaud et à l’abri ? Eh bien, vous n’y êtes pas encore. Parce que les doudounes, c’est plutôt pour les enfants. Les cocons, c’est l’intérieur, l’intimité, alors que, pour faire des bouloches, il faut aimer le grand air.
Mais écoutons-la plutôt : Il va son chemin d’arpenteur, rejoint les champs et leurs venelles navigables. Le ruisseau n’attend que lui. Il jette des brindilles dans le courant. Il faut donc connaître son village, ou son quartier, comme sa poche, en avoir battu et rebattu tous les chemins, tous les sentiers.
Et encore : Papa chante de bon cœur, le matin, quand il se sait seul. Des refrains d’enfance, dans cette langue drue qu’il a tant cultivée. On y parle de moissons joyeuses, de tablées au long cours, de demoiselles à trottinette. Et d’amours décuplées par un ardent soleil. Papa envoie des bises sonores à l’azur, à la cantonade. Seul lui répond, confiant, le facteur qui fut bercé par les mêmes mélodies. Voilà, donc, ça se précise : pour faire des bouloches, il faut de la joie, des chansons, et de la discrétion, une certaine complicité.
Oui, me direz-vous, mais cela ne fait pas encore des bouloches… Bon, ça va, je vais vous le dire, mais surtout, ne le répétez pas : Avant de se glisser dans le lit, il roule des brins de tissu entre ses paumes. Cela fait des câlins pour ses pieds. Parfois il ajoute une chaussette nouée, un mouchoir à carreaux, quelques morceaux d’ouate. Les bouloches restent là jusqu’au matin. Il se lève et les cache dans la table de nuit pour que maman ne les voie pas. Elle les découvre et les jette dans la manne de linge sale. Le soir il en fabrique d’autres avant d’aller dormir.
Mais ce n’est pas tout encore, il y faut bien d’autres ingrédients. Bon, je m’arrête, sinon je vais vous recopier tout le livre. Quand je vous le disais, que j’en suis jaloux, moi, de ces bouloches-là…

 

Les illustrations, sobres et évocatrices, de Pascaline
Wollast, sont à la hauteur du texte.

Joseph Bodson

 

 

 

 

 

 

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