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19 juin 2013

478e soirée des lettres – 19 juin 2013

Avec la participation des élèves de seconde année du Conservatoire de Bruxelles : Manon Romain, Carmelo Sutera, Elisabeth Cornez, Romina Palmeri, Jeremy Boosten, Laurent Germeau, Laura Den Hondt (professeur : Jacques Neefs).

Une soirée un peu particulière, pour cette fois : trois poètes vont se présenter mutuellement – ou plutôt, vont présenter deux d’entre eux plus un troisième, absent celui-là. Ce sera un dialogue très familier et très amical entre Lucien Noullez et Marc Dugardin tout d’abord, bientôt rejoints par Gaspard Hons, que des embarras de circulation avaient retardé. Quant à André Schmitz, c’est son état de santé qui ne lui avait pas permis de se joindre à nous.


Les liens d’amitié  entre ces trois poètes sont assez anciens, et il s’agit, plutôt que d’une simple convivialité, d’une véritable compréhension mutuelle, d’une façon non pas identique mais proche et quasi analogue d’aborder des œuvres, des auteurs. Ils seront nombreux à être cités ce soir, et ce mélange de citations, de lectures, de réflexions, d’intermèdes musicaux donnera à cette soirée tous les apprêts et les attraits d’une fête de l’esprit et de la sensibilité.
André Schmitz ? Un poète très simple, avec qui l’amitié est possible, nous dit Lucien Noullez. Et Marc Dugardin de citer le même Lucien Noullez : On se maintient dans le sublime comme si on était d’une autre race.
Et Marc Dugardin reprend, avec des citations d’André Schmitz : Elle dit le songe…elle crie, elle crie. […] Nous ressemblons à des miraculés. […] Ce langage, que l’on pénètre sur la table d’opération.

Impossible de tout citer : je vous propose plutôt de picorer, de glaner, de faire notre miel. C’est ainsi qu’il sera question de la revue Textyles, d’un repas avec Gaspard Hons, de se maintenir dans le sublime – mais, dit Lucien, c’est l’humilité qui doit nous apprendre des choses. Il sera beaucoup question aussi, à la suite de Lucien encore, de choses étonnantes, de choses qu’on entend dans le tram, et surtout, de ce que l’homme fait de sa violence. De passer du déchiffrement à l’éclair de la compréhension. Et, selon Marc, de la place réservée à celui qui va dire le poème. L’idée de la surprise est fondamentale, et le premier surpris, c’est celui qui écrit.
C’est la main, enchaîne Lucien, et non la tête, qui fait le poème. Marc et lui sont mélomanes. Un compositeur commun ? Sans doute Alban Berg, et son Concerto à la mémoire d’un ange
Marc : Le travail de la musique dans le poète. La musique fait partie de ce qui le travaille, sans bien sûr tomber dans l’illustration Peut-être est-on poète faute d’être musicien ? Lucien : On prend le risque du sens.

Et puis, aussi, les arts graphiques. Marc travaille avec des artistes, c’est passionnant. Mettre des mots sur des collages, par exemple. Graver à partir d’une feuille de capucine, et la nostalgie du livre-objet, et le plaisir pris à faire un geste.
Venons-en à Gas

pard Hons, à ses Petites proses matinales. Né en 1937 à Gemmenich, la guerre l’a fortement impressionné, surtout les camps de concentration. De même, le patois. Pour lui, parler ne va pas de soi. Il a fréquenté Izoard, a étudié la psychanalyse.
Mais voici Gaspar

d Hons en personne, qui fait une entrée très remarquée. Et Lucien parlera d’une veine liturgique chez lui, chaque proposition annulant la précédente, et d’une simplicité rhétorique. On n’a pas mieux compris, mais il y a plus de lumière. Et puis, chez lui, on est chez soi, on peut l’habiter sans explications. Marc : On peut cheminer de Cioran à Robert Frost, passer du questionnement à la grâce.


Gaspard évoque une photo du village de Frost, à propos de laquelle il s’est dit : C’est là que je veux atterrir. Un travail  d’accompagnement graphique ? Non, plutôt des textes mécaniques, qui avaient été publiés dans le Journal des poètes. Lucien : la capacité d’habiter un monde, un paysage connu, mais bousculé. Gaspard : Il faut savoir s’échapper de temps en temps. À propos d’une carte à envoyer à André Schmitz, on en vient à une carte postale de Lucien représentant une bibliothèque en feu.
Pour Lucien Noullez,  André Schmitz est le poète qu’il a plus rejoint, qu’il a, au début, cherché à imiter.
Il est aussi question, à son propos, de lAnthologie du silence. C’est en n’étant pas poète qu’on est poète, a-t-il écrit, rejetant ainsi toute pose, tout faux-semblant. Il avait perdu sa mère à 14 ans, mais à 84 ans, il y a chez lui comme un enfant qui veut vivre, et ne doute pas d’exister.
C’est aussi un lecteur de la Bible, enchaîne Lucien, et l’homme biblique, son acte premier est de croire en son existence, découlant de lui-même, et d’y trouver Dieu.
Une poésie mystique, aussi, qui évoque toutes les circonstances du monde, la lumière et la libération.
Gaspard Hons avoue qu’il n’aimait pas ses premiers livres, et qu’il l’a découvert ensuite sous un autre aspect. Il rappelle qu’André Schmitz était présent à l’enterrement de Cioran. Pour Marc Dugardin, sa violence et sa colère s’expriment davantage aujourd’hui.
Lucien Noullez : Une rage de vivre, une colère contre les injustices…
Et, après ce retour à la violence, c’est la musique qui apportera la note finale.

 

André Schmitz vient de recevoir le prix Maurice Carême 2013. Il a publié en 2012, aux éditions de l’Arbre à paroles à Amay, Pour ainsi dire pour ainsi vivre. Lucien Noullez a publié aux éditions de l’Âge d’homme Des équipages inaccomplis, journal 2003-2004. Marc Dugardin : Quelqu'un a déjà creusé le puits, Éditions Rougerie, Mortemart, 2012.

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