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Auteur : Armel JOB

Titre : LE BON COUPABLE

Editeur : ÉDITIONS ROBERT LAFFONT

Genre : roman

Date de parution : 2013

Le bon coupable

À la croisée du conte philosophique et de l’enquête judiciaire se situe ce roman d’Armel Job. Déjà le titre expose l’antagonisme qui ne fera que croître au fur et à mesure du déroulement de l’intrigue entre le personnage auquel pourrait s’appliquer le rôle de coupable qui tente de paraître innocent et le coupable reconstitué à partir de caricatures et de préjugés. Il devient coupable désigné par la renommée qui lui est faite dans la vie quotidienne. Il y adhère au point de tenter d’y faire correspondre l’image qu’il a de lui-même. Il en est souvent ainsi dans les situations d’oppression assorties d’une certaine dose de mépris qui engendre chez l’autre ce complexe d’infériorité si bien décrit par Armel Job. Le bon coupable devient ainsi la deuxième victime du vrai coupable. La première étant Clara, la petite fille renversée par la Jaguar de M. le procureur du roi, Carlo Lagerman, lors d’un excès de vitesse aggravé d’un délit de fuite.

Un roman solidement ancré dans les faits et gestes de la vie quotidienne qui nous le rendent d’autant plus proche. L’enchaînement des évènements se produit presque à l’insu des protagonistes et les entraîne inexorablement vers l’issue fatale pour Clara. Au volant de sa Jaguar, le procureur Carlo Lagerman veut donner l’image de  l’homme sûr de lui, conforté par une position de pouvoir, alors qu’il est si peu maître de lui-même. Ce qui l’entraîne dans des mensonges, seul moyen pour lui de se justifier, devant sa femme Betty qu’il trompe sans pourtant songer à la  quitter, comme des autres maîtresses qu’il fréquente régulièrement. Au passage, le romancier pose des questions fondamentales : Il faudrait savoir ! Que veut l’appareil judiciaire ? La justice ou le respect des règles de droit ? Si les règles empêchent la justice, il faut mépriser les règles. Ou encore : Une justice qui ne cherche plus la justice, qu’est-ce que c’est encore ? Une judicature. Voilà où on en est. Tout cela bien entendu, est un peu trop fin pour le bec de chicaneurs de prétoires.

Tous les personnages semblent à la recherche de sentiments affectueux et de reconnaissance par les autres. Chacun est présenté avec ses bons côtés et ses zones d’ombre, ses contradictions. Avec ses addictions aux femmes, à l’alcool, entretenues par de petites lâchetés quotidiennes, le procureur Lagerman joue aux échecs contre lui-même, sachant bien qu’au bout du compte, le gagnant est en réalité le vrai perdant. Chacun à la  recherche d’un bonheur pour soi utilise plus ou moins bien l’autre à cette fin.
Le roman se passe principalement sur le terrain du dialogue intérieur du procureur Lagerman. Ses pensées embrouillées deviennent difficiles à cerner pour lui-même. Son indécision dans sa vie personnelle et les incessantes hésitations qui l’accompagnent sont très bien rendues.
Un ouvrage qui interpelle par les questions d’éthique qu’il pose. Jusqu’où peuvent aller la lâcheté, l’abus de pouvoir ? Comment se déroule une enquête ? Comment éviter l’écueil du résultat facile par la désignation d’un bouc émissaire plutôt que la poursuite d’une recherche objective du vrai coupable ? Ce sont les personnages les plus modestes et déconsidérés dans la société qui révèlent leur grandeur d’âme. Un récit soutenu par une écriture alerte, un humour souvent en demi-teinte qui apporte son charme à la lecture.

 

 

Dominique Aguessy

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