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Les livres - mars 2011

 

Shizu Ogawa,  Une âme qui joue, Choix de poèmes
Editions A bouche perdue, Belgique 2010


Ces poèmes japonais ont été traduits de l’anglais par Michèle Duclos et Jacqueline Starer.

Pour certains textes, une retouche a été apportée par Jean-Luc Wauthier.

Voilà que la Maison internationale de la Poésie (Arthur Haulot), sous l’égide de Jean-Luc Wauthier, se lance dans la publication de textes japonais.

L’édition est bilingue japonais-français.

Dans ce domaine, on s’attendait à une poésie concise et pleine de retenues.

Chez cette poétesse, il n’en est rien.

Naturellement il y a des silences et des bonds surprenants, des rapprochements inattendus.

Mais ce qui surprend le plus c’est ce mélange d’abstractions et de détails concrets, empruntés à la vie quotidienne en Orient.

Véritables initiations en profondeur à la pensée nipponne.

 

Emile Kesteman

 


 

Piet Lincken  S’entraîner au passage des abîmes
Editions L’Age d’homme, collection La Petite Belgique, Lausanne  2011


Partisan d’une université pluraliste, je suis respectueux de l’itinéraire de chaque étudiant, qui est à la fois chercheur et scientifique.

Avec Piet Lincken, je suis comblé.

Pourquoi ? Son recueil est rédigé en français. Par conséquent ce n’est pas sans bénéfice qu’il a passé son adolescence en Normandie.

Mais il est descendance maternelle suédoise.

Et le pays dont sont issues certaines de ses racines ne cesse d’avoir un impact sur le monde intérieur de son inspiration.

Un peu comme chez certains de nos auteurs belges, sa création s’écarte sans cesse de l’esprit de la langue dans laquelle il s’exprime.

Mais cette synthèse nous séduit…

A la base je cite cette étroite union amoureuse avec la nature et sa force d’expression !

Parfois on le sent prêt à faire face aux flancs les plus abrupts de la sexualité mais cette dernière surnage avec bonheur dans un climat de haute spiritualité.

Depuis quand l’érotisme serait-il contraire à notre nature existentielle tandis qu’il nous en découvre la profonde et métaphysique dualité ?

Le chemin universel me conduit dans les oasis de la forêt tant chantée avec l’Eternel, par le célèbre maréchal de nos lettres, fondateur de la littérature française de Belgique.

 

Emile Kesteman

 


 

Isabelle Bielecki, Le labyrinthe de papier, poésie
Editions Le Coudrier, Mont Saint-Guibert 2010


Avec l’aide de Laurence Léonard et de Jean-Yves Gerday, graveurs, l’auteure aborde un des sujets les plus graves de notre existence.

N’est-elle pas du vent ?

Que sont les mots de notre langue dont nous nous servons pour communiquer et tout simplement pour vivre dans le sens le plus profond, exister.

Ce lexique nous l’avons nourri de nos expériences tout au long d’un apprentissage.

Cette langue a-t-elle une préexistence ? Et quel est son rôle dans l’élaboration de notre destinée ?

Elle donne parfois l’impression d’une possession de la vie, de ce que nous sommes et de ce que nous avons conquis.

Mais n’est-ce pas une illusion ?

Ne vivons-nous pas dans un labyrinthe de papier, générateur d’illusions ?

Attention ! L’écrivaine ne méprise pas tous ces riens de vie.

Mais on a bien l’impression que pour elle la vie n’est qu’un souffle…le hasard ! Un éclat de soleil !

Et cela déjà lui permet de demeurer debout parmi nous.

Quelle chance inouïe !

 

Emile Kesteman

 


 

Frank Andriat, Je voudr@is que tu…, roman
Editions Grasset Jeunesse, Paris 2011 


Dès la graphie du titre, le lecteur sait qu’il sera embarqué sur le vaisseau des technologies actuelles de communication. Il ne sera pas déçu.

Le roman s’ouvre sur les pages du journal de Salomé qui passe des heures à  chatter  avec sa meilleure amie Florine et deux garçons de leur classe, Philippe et Saïd.

Ayant décidé d’organiser un chat d’or par internet, les amis se retrouvent en présence de nouveaux venus, qu’ils ne connaissent pas et qui se sont invités eux-mêmes, étant donnée la grande liberté que procure ce mode de communication. En dehors du « chat » qui oblige d’être assis devant son ordinateur PC, tous communiquent par textos, de courts messages envoyés sur leurs téléphones portables.

L’auteur connaît bien les codes de ce système de communication, et établit les dialogues aussi bien par ce mode de langage en raccourci que par le  chat  plus discursif, trace par à coups le portrait de ces jeunes gens. Le roman explore les relations entre les jeunes, avec leurs parents, leur rapport à l’autorité et aux interdits de la société où ils vivent.

Les temps du récit et des évènements sont découpés par le commentaire qu’en fait Salomé dans son journal. Les rencontres se font et se défont par ce moyen qui masque aussi l’identité des protagonistes. Ceux-ci finissent par décider de se rencontrer en réalité.

C’est à ce point du roman que drame et intrigue se nouent et il faut en laisser la découverte au lecteur. Oseront-ils se dévoiler ? Quelles en seront les conséquences ?

Je me demande comment Coralie ose encore aller sur le Net.   Pour exorciser mes peurs ! » affirme-t-elle. Ce qui lui est arrivé est glauque. Je n’ai pas envie d’écrire ça dans mon journal. Si mes vieux tombaient dessus, ils s’inquiéteraient vraiment 

(Extrait du journal de Salomé, p.66).

                                                                            

Dominique Aguessy

 


Geneviève Bergé,  Le tableau de Giacomo, roman
Editions Luce Wilquin, Avin 2011


Un délice pour l’esprit et la vue que ce livre, la somptuosité du décor choisi par Geneviève Bergé pour son dernier roman Le tableau de Giacomo ne fait qu’ajouter au ravissement du lecteur.

Nous plongeons avec émerveillement dans L’Italie du 17e S., à Messine, ville portuaire de Sicile.

Giacomo attend le bateau qui transporte le tableau de ses rêves.

Le vieux courtier du Prince Ruffo va enrichir la collection qu’il compose depuis des années de cette oeuvre signée par un maître hollandais, inconnu en Italie. Il l’attend. Avec  impatience et ferveur.

La gravure représentait un paysage. Un paysage familier à l’artiste probablement, puisqu’il s’agissait d’une terre aussi plane que la mer.

Il faudrait dire plus exactement qu’elle représentait et mettait en scène le ciel de son pays. Le ciel occupait en effet, la plus grande partie du papier. C’était un bourdonnement de nuages épais balayés par le vent, sous quoi s’étendait une plaine comme on n’en voit guère en Sicile.

Un vieil homme attend la venue d’un tableau, comme on attend la Mort, ou la Beauté. Et ce duo nous fait irrésistiblement songer à la fin de Mahler dans Der Tod in Venedig de Thomas Mann.

Le tableau de Giacomo est une réflexion ample, bouillonnante de voix qui traversent les âges, le verbe de Bergé s’y déploie avec grâce et magnificence. Sa flamboyance nous évoque celle qui étincelait dans Le Guépard, film inoubliable de Visconti.

Le temps, la Mort, la Beauté, un livre fort, éblouissant, il faut prendre garde à ne pas trop le regarder en face, c’est un roman dangereux, brûlant comme un soleil trop vif.

Geneviève Bergé possède l’intelligence de la peinture, elle y joint le talent de l’écriture et le tout combiné nous offre une œuvre aboutie et juste, un régal.

                                                                           

Anne-Michèle Hamesse

           


 

Armel JobLes Eaux amères, roman
Editions Robert Laffont, Paris 2011


L’histoire démarre le 4 août 1968, à Mormédy, petite ville ardennaise, proche de l’Allemagne, où se sont établis depuis huit ans Abraham Steinberg, dit Bram, et son épouse, Esther.

Le couple, venu d’Anvers, y a repris une quincaillerie. En apparence, ça roule comme l’affirme Bram.

Esther est  très belle dans sa maturité, épouse attentive, mère de deux adolescentes aux études qui ont quitté la maison, mais aussi responsable de la comptabilité.

Bram est un commerçant joyeux et plein d’humour qui sait attirer la clientèle.

Tous les dimanches après-midi, le couple effectue un tour de la ville et s’installe au Sanglier des Ardennes pour boire un verre.

Ils y sont servis exclusivement par le patron.

Rien ne semble devoir, ni pouvoir enrayer la mécanique huilée de ces vies presque parfaites, en apparence sans histoire.

Mais, précisément, et c’est ici que l’on retrouve  la patte  d’Armel Job, subtil détrousseur des apparences et pourchasseur des interprétations trop rapidement ou trop légèrement établies : le 4 août 1968, rien ne va plus !

Alors que Bram cherche à effacer cette date du calendrier et de sa mémoire, voilà qu’elle vient doublement l’épingler.

Le 4 août 1942, son père, sa mère, sa petite sœur et lui-même ont été réunis pour la dernière fois.

Seul rescapé de la déportation, il n’est jamais parvenu à vivre en paix avec ses fantômes, malgré sa bonne humeur de façade.

Cette année, en plus, lui parvient un mystérieux message : Abraham, Ta femmes te file entre les doigts ! Tu as des yeux et tu ne vois pas, signé L’unique qui ait pitié de toi.

Toute l’intrigue du roman va nous mener sur les pistes de ce mystérieux correspondant et sur les traces des éventuelles infidélités d’Esther.

Comme Armel Job sait si bien le faire, nous serons invités à traverser les apparences, pour réinterpréter des indices trop vite inscrits dans un premier récit à déconstruire, révélant une réalité plus complexe.

Du grand art  de romancier qui va amener le lecteur à essayer de comprendre pourquoi et comment agissent les personnages, nous amenant peu à peu à le suivre dans le dévoilement progressif de leur complexité, par delà la caricature facile.

Ecrire un roman, ce n’est pas seulement faire des phrases, même si celles d’Armel Job sont issues d’une très belle langue, à la fois maîtrisée et fluide, c’est aussi cheminer dans les entrelacs d’une  relation humaine, jamais définitivement close ni figée sur une seule interprétation.

C’est participer d’une narration qui découvre progressivement le sens du roman par l’action et les personnages sans jamais le clore tout à fait. A l’exemple de ces grands classiques  vers lesquels l’auteur nous donne le désir de revenir, comme on retourne au pays des origines, non pour s’y perdre  mais pour s’y ressourcer.

 

Annemarie Trekker

 


Isabelle Bielecki, Petite musique pour cent interprètes, ou Comment devenir poète. Supplément à la revue Les Elytres du Hanneton. Ill. de Suzanne Arhex.


…et puis soudain, le ciel s’éclaircit…

Je ne sais si ce recueil a été conçu pour faire contrepoids au précédent, mais le contraste est frappant. Ici, tout est plaisant, optimiste et comme vu par des yeux d’enfant émerveillée.

Tout, ou presque, car il reste comme un fond d’amertume, tempéré ici par l’humour. Serions-nous en présence de la vraie Isabelle, optimiste malgré tout, jonglant avec les mots (ceux de l’ombre comme du soleil), pour en faire un bel arc-en-ciel de joie souriante. Car les mots, tout comme les démons, peuvent être exorcisés, débarrassés, désencrassés de leur poison, de ce désespoir qui, comme le serpent Ouroboros, se nourrit parfois de lui-même. Et ici, ô miracle, le monde extérieur existe enfin, et non pas le pâle reflet que nous en apercevions sur les parois de notre caverne :

Frôler
Un bel homme dans la rue
Et se dire :
Je lui vole
Une caresse pour commencer
Esquisser
Un pas de danse
Et se dire :
Même pour moi
Noureev sortirait de sa tombe.

 

Joseph Bodson

 

 

 

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