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20 novembre 2013

480e soirée des lettres – 20 novembre 2013

Avec la participation des élèves du Conservatoire de Bruxelles : Barnabé De Keyser, Alicia Duquesne (professeur : Jacques Neefs).

Françoise Houdart, Les profonds chemins, roman, éd. Luce Wilquin. Présentation par Michel Joiret.

Chacun de tes quinze romans est comme un enfantement, commence Michel Joiret. Oui, répond Françoise, je vais chercher les choses à l’origine. Je suis faite de ce passé qui m’habite, et des choses sont en moi qui sont encore à naître. Et cet enfantement est parfois douloureux.

M.J. : Tu es comme Alice au pays des merveilles, tu travailles dans l’urgence.
F.H. : Toujours. J’ai l’impression que ma vie va se terminer, et cela dure depuis vingt ans…
M. : Comme si chaque thème était un leurre cachant quelque chose de plus important. Mais ce roman-ci est accompli, homogène, aussi au point de vue de l’écriture. Deux de tes romans me paraissent spécialement importants : La petite fille aux Walalas et La danse de l’abeille.
F. : Des romans courts qui touchent à l’intime.
M. : Une écriture serrée et séduisante. Les chambres d’écho, la solitude et le silence. Mais qui est ce Victor Regnart , né en 1886 à Elouges, mort à Wihéries en 1964, près du musée Mulpas ?
F. : Le musée a été créé par Georges Mulpas, presque en face de la maison du peintre. On est en train de le restaurer. Le peintre, Victor Regnart, est un grand oublié. Il demeure peu de membres de sa famille. En 1922, il a épousé sa cousine germaine, sous la condition de ne pas avoir d’enfants. Il a habité Elouges jusqu’à la fin de sa vie, peignant ce qu’il avait en lui, les courettes boraines.
M. : Ton écriture est pressée, soucieuse de l’éphémère.
F. : Lui, c’était un homme dans le temps.
M. : Il est toujours question, dans tes livres, de naissance et de mort, les deux sont liées.
F. : Pour moi, le présent n’a pas beaucoup d’importance, je n’en ai pas la perception…
M. : Serait-ce une biographie de Françoise Houdart ?
F. : Il y a de cela. Je prends les personnages de mes romans dans ma vie, c’est une retraversée de mes propres terres.

 

Nicole Verschoore, Les inassouvis et Ainsi donc, une fois encore, romans, éd. Le cri. Présentation par Joseph Bodson.

Nicole Verschoore, docteur en philologie germanique de l’université de Gand, a été l’assistante du professeur Herman Uyttersprot, avant de s’orienter vers une carrière journalistique au Laatste Nieuws, où elle resta jusqu’en 1988. Elle a publié les lettres de guerre de son grand-père et entamé une carrière romanesque, chez Gallimard, avec une trilogie historique basée sur des documents familiaux, tout en continuant à tenir des rubriques dans différents périodiques. Depuis son enfance, et par tradition familiale, le français et le néerlandais lui étaient également chers, et la littérature, une préoccupation constante. Mais c’est le français qu’elle a choisi comme langue d’écriture.

Le présentateur rend hommage à l’étendue de sa culture, à sa familiarité avec des littératures et des époques très diverses.

Ainsi donc, une fois encore, relate une rencontre amoureuse, entre une journaliste belge et un homme d’affaires allemand, tous deux férus de musique. Il y aura entre eux plusieurs rencontres avant qu’ils ne se découvrent vraiment. Les promenades dans la ville, la musique y jouent un rôle prégnant. Le temps et le lieu : une sorte de valse-hésitation. Il fallait faire durer l’ensorcellement, dit quelque part l’héroïne. Et plus loin : Un moment de nudité, couverte par le trajet de ses mains.

Magie du souvenir, qui a quelque chose de nervalien, et par laquelle, dans une confusion proche du rêve, la réalité imaginée vient se mêler à celle que nous avons vécue. Non pas une fuite, mais une transfiguration de l’amour, dont les lignes se révèleront singulièrement précises.

Nous allons retrouver des éléments semblables dans l’autre roman, Les inassouvis. Une jeune femme est engagée comme journaliste. Le patron, le vieillard, l’ancêtre, qui deviendra bientôt pour elle Lius, exerce un pouvoir absolu sur son personnel, qui tremble devant lui. Lorsqu’il la convoquera, pour lui faire quelques remarques sur son travail, elle osera l’affronter, le braver presque. Et c’est cela qui va l’attirer, l’amener à l’inviter au restaurant, et, en ces courts trajets, une sorte d’intimité, de complicité va naître. Un autre homme apparaîtra, perdu dans ses récits d’enfance.

Il y a chez Nicole Verschoore une attirance, une sorte de prédilection pour les nuances infinies, pour les variations du sentiment, dans la droite ligne du roman psychologique français, qui va de la Princesse de Clèves à André Gide, en passant par Benjamin Constant. Elle excelle à en rendre les variations, les scrupules de conscience, les brusques revirements. Mais aussi, une remarquable finesse de perception pour saisir le climat, la lumière d’une journée. Cela passe dans le souvenir et devient partie intégrante du récit, bien plus qu’un simple décor. Et son style, pareillement, est net, sans bavures, sans fioritures. Le style même du dépouillement et de l’analyse.

 

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