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15 janvier 2014

482e soirée des lettres – 15 janvier 2014

Anne-Michèle Hamesse, nouvelle vice-présidente, ouvre la séance en saluant Jean-Pierre Dopagne, président sortant, qui a su rénover l’association, notamment en ouvrant ses portes aux jeunes. Elle évoque aussi France Bastia, dont elle fut longtemps la secrétaire, dans un climat de joyeuse complicité, ainsi qu’Émile Kesteman, aux côtés de qui elle a longtemps travaillé. Elle souhaite que se poursuive l’ouverture à des jeunes, à des genres plus modernes, dans un climat de bonne entente et de confiance mutuelle qui peut seul en assurer le succès.

Dominique Aguessy, Les raisins de mer, L’Harmattan, présentation par Joseph Bodson.

Dominique Aguessy est un personnage aux facettes multiples : sociologue « rassembleuse » de contes africains, poète profondément spiritualiste, responsable dans le domaine du syndicalisme international : qu’est-ce qui unifie, qu’est-ce qui rassemble tout cela ? Selon elle, le souci de l’autre, le désir de venir en aide, notamment aux plus démunis. Et le progrès dans les domaines politiques et sociaux s’appuie aussi sur les traditions du passé.
Au niveau du style, comme chez Hemingway, on pourrait parler ici de tranches de vie, dans la construction des nouvelles. Il ne s’agit pas de récits moralisateurs, mais bien de faits à l’état brut : c’est au lecteur qu’il appartient de porter un jugement au départ de ces faits.
Ces nouvelles traitent assez souvent de problèmes afférents au syndicalisme international. Dominique Aguessy, de par la formation qu’elle avait reçue et son expérience, a été souvent appelée pour servir de médiatrice. Pour elle, le syndicalisme est important, car il constitue un rouage essentiel de notre culture politique, qui se veut basée sur la conciliation plutôt que sur la violence.
Assez souvent, cependant, les personnages des nouvelles sont des délégués, qui abusent de leur fonction pour s’enrichir, se faire décerner des honneurs.
Et dans la nouvelle Les raisins de mer, la situation devient kafkaïenne : le président donne l’ordre de tirer sur tout ce qui bouge, et il sera la première victime. Par la suite, malgré tout le mal qu’il a causé, il sera quasiment divinisé.
Dominique évoque aussi la première guerre mondiale, qui a causé, en France notamment, une véritable saignée parmi la population des villes  et des villages.
Les situations de tension sont très nombreuses dans ces nouvelles : tension entre l’ancien et le moderne au début des Raisins de mer, entre riches et pauvres, entre Européens et Africains…Dans Le Malentendu, ce sera entre une Noire d’origine malgache et sa servante, Noire elle aussi. Le racisme, l’autoritarisme se répandent comme une maladie contagieuse
Le présentateur insiste sur la modestie de Dominique Aguessy, qui ne fait nullement étalage de ses réalisations, de ses titres. Et celle-ci repose la question essentielle : Quel est le but de la littérature ? Si ce n’est pour « changer la vie », comme le disait Guéhenno, défendre les droits des plus faibles, la littérature ne serait qu’un vain divertissement.

 

Michel Cliquet, La Regardante, poèmes et photographies, édition de l'auteur, 2013. Carrés de Dame, poèmes et photographies, édition de l'auteur, 2013.En ravissance d'Elle, De Lys en Digitale, poèmes et photographies, édition de l'auteur, 2013.
Présentation par Jean C. Baudet.

En 1993, Michel Cliquet avait fondé une maison d’édition, les Editions de l’Acanthe, qui publièrent 75 livres avant de cesser leurs activités.
Ce n’est pas moins de quatre livres qui nous sont ici présentés, mais ils traitent tous quatre du même sujet : l’amour, la femme. Problème ou mystère ? Selon Gabriel Marcel, le problème, on est devant. Le mystère, on est dedans. Michel Cliquet est aussi sculpteur et photographe. Plasticien, il s’intéresse aux femmes. Il fera également des photographies de corps.
Une fort belle typographie, ajoute-t-il, et quatre préfaces, dont celle de Louis Mathoux, dont il nous lit un extrait. Mais pourquoi quatre livres ?
Michel Cliquet : L’ensemble forme un tout, La louve dévoilée, présenté en coffret. Mais le contenu est bien distinct.
Une poésie consistante, substantielle, ajoute Jean Baudet, on est loin de la poésie minimaliste. S’agit-il, dans son parcours, d’une nouvelle étape ?
M.C. : Un aboutissement, une écriture travaillée depuis longtemps. Le résultat d’un travail de vingt années sur un travail qui me parle.
Jean Baudet commente longuement deux vers assez explicites : Le creuset de son ventre/Harpe qui pleure une cire laiteuse. Mais, commente l’auteur, il serait un peu court de ramener l’ensemble des cinq ouvrages à ces deux vers. Il ne s’agit pas de littérature érotique, mais de symbolisme.
J.B. : Il y a là de la matière sensuelle.
M.C. : L’acte d’amour est une sublimation du ressenti de l’amour.
J.B. : Cette fois, nous sommes dans l’immatériel. Soit on résume la femme au plaisir vénérien, soit il y a abstraction.
M.C. : On peut parler d’émotion, il faut alors passer par le concret.
J.B. : Matérialisme ou spiritualisme, dans le second cas on fait de la femme une religion. Tu es un grand- prêtre. Le lien entre le spirituel et le matériel ne s’exprime pas facilement avec des mots.
M.C. : C’est un travail parallèle.
J.B. : La chronologie ?
M.C. : il n’y a pas de chronologie.

Brusque changement de ton : Jean Baudet avait mené cette présentation sous le signe de l’humour ; avant de terminer, Michel Cliquet nous lira quelques-uns de ses textes, que le public entendra, cette fois, avec beaucoup de recueillement.

 

Alain Berenboom, Monsieur optimiste, Genèse Édition, 2013. Présentation par Anne-Michèle Hamesse.

Anne-Michèle Hamesse se félicite tout d’abord d’avoir à présenter un auteur pour lequel elle a beaucoup d’admiration, et qui de plus a reçu le prix Rossel, ce qui n’est pas si fréquent à notre tribune. Alain Berenboom est un homme-orchestre qui a accompli, déjà, une carrière brillante, en tant que juriste, professeur, cinéphile aussi. Ce livre, dit-elle, l’a fait rire et pleurer. Monsieur Optimiste, en fait, raconte l’histoire – les histoires de sa famille, notamment de son père, pharmacien à Schaerbeek, sur base de documents qu’il a trouvés. La littérature redonne vie à ceux qui l’ont perdue… Alain Berenboom est notre Woody Allen belge, qui manie l’humour juif new-yorkais alors que Berenboom manie l’humour juif schaerbeekois, son père était grand lecteur de la Bible, mais athée. Suit une lecture très émouvante, du passage où l’auteur évoque Sarah, sa jeune tante qu’il n’a pas connue mais qu’il aurait tant aimée.
Alain Berenboom note qu’il a attendu longtemps pour écrire ces souvenirs, après beaucoup de fictions. Il ne savait pas très bien ce qu’il voulait, en fait savoir lui-même d’où il était, où il était. Ses parents avaient une identité floue, qui « collait » bien à la Belgique, venus qu’ils étaient de Pologne et de Lituanie, pays qui avait changé de mains à différentes reprises. La souche n’existe pas, ou plutôt elle n’existe que dans la manière dont nous vivons notre vie.
Il avait ramené une caisse de l’appartement de sa mère. Elle contenait des lettres en polonais – qu’il ne lit pas – en yiddish – qu’il ne lit pas non plus, et des documents administratifs en français, notamment l’inscription de ses parents au registre des Juifs – une belle imprudence. Et la formule : Le soussigné nous a requis de l’inscrire…, un comble d’hypocrisie. Un an et demi plus tard, ils allaient se retrouver à la caserne Dossin, comme tous les inscrits.
Second document, un récépissé, daté de Boulogne-sur-Mer. Partis en voyage de noces, ils s’y trouvèrent pris dans les bombardements, parvinrent à regagner Bruxelles par chemin de fer, et sa mère, obstinément et imprudemment, ne cessa de réclamer à l’administration sa valise perdue dans l’aventure.
Ils auront finalement la vie sauve grâce à un policier qui les hébergea chez lui, et leur procura d’autres refuges.
C’est Alain Berenboom qui nous lira d’autres textes encore, nous parlera du carnet de recettes, des manifestations contre la loi Collard, où l’on voyait les gendarmes charger sabre au clair…l’un d’eux pénétrant même, franc battant, dans la pharmacie paternelle. Le tout sous le voile de l’humour, qui cache bien des émotions. Oui, Anne-Michèle avait raison : un livre exceptionnel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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