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Auteur : Thierry-Pierre CLÉMENT

Titre : TA SEULE FONTAINE EST LA MER

Editeur : ÉDITONS À BOUCHE PERDUE

Genre : poésie

Date de parution : 2013

Ta seule fontaine est la mer

 

Pour Thierry-Pierre Clément, la réalité poétique est connotée différemment. Dans sa remarquable préface à Ta seule fontaine est la mer, Pierre Dhainaut parle du souffle, évoque un « tremblé » qui se personnifie dans l’oiseau et plus précisément dans  le héron.  Mais la métaphore renversée ramène le lecteur à la vigilance car les apparences peuvent être trompeuses : « L’absence est un oiseau/qui traverse le ciel ».  La réalité, fût-elle réalité poétique, reste une entrave et le poète se montre profondément sensible à l’aubier même de sa démarche : fluidité, immobilité, silence sont les postures sensibles initiales. Le reste n’est « qu’une pose de mots » comme on dispose les ardoises sur la charpente d’un toit.  « Comment se rendre libre ? » est le credo d’une poétique qui se mesure à la mobilité des éléments ambiants (le vent, la lumière, le sable, la houle, la lueur). Il convient par-dessus tout de préserver « le goût d’une lumière plus grande ». Porté par l’invisible certes, mais conscient des signes qui affleurent, qui montrent la voie car « Le chemin n’a pas de fin. » L’hyperesthésie garantit la qualité des captures ; sans elle, les glanes ne seraient qu’approximations.  C’est elle aussi qui permet de « tenir le fil de la lumière ». Toute représentation est variation (images, signes, traces confondus) et prédiction : « comme le chemin/dit la mer/que nous ne voyons/pas encore ». Thierry-Pierre Clément réfute la « certitude », assuré cependant que « …c’est ici/que s’écrit la/seule certitude ».  « Ici », c’est-à-dire maintenant, dans une occurrence singulière isolée du reste et cependant enclavé dans le tout. « Ici », c’est également le paysage que le poète interroge inlassablement : « Mais le moelleux du jour/s’ouvre et nous savons que toujours/la marche s’accomplit/et que rien n’a/changé. ». Pierre Dhainaut saisit pertinemment le désir et la soif comme les éléments vivants de la démarche. Voilà bien la courroie de transmission de la vis poetica qui coule et qui s’écoule…  Le désir et son miroir : le désir amoureux, la femme absente et présente qui génère l’autre désir : celui du monde, et la femme encore qui mesure la satiété, la soif du renouveau, qui allume ou éteint, pour rallumer ou éteindre à nouveau : « Elles ont donné la vie,/ livré passage,/ elles savent les gestes,/ les mains qui s’ouvrent,/ pour caresser,/ accueillir,/ offrir au monde./A nouveau elles ouvrent/le passage. Elles accompagnent, elles aident/à franchir. » Relevons dans la préface de Pierre Dhainaut : « La poésie telle que l’entend Thierry-Pierre Clément efface les limites où nous les confinons. » Voilà l’observation topique qui offre (et justifie) la plupart des débordements sensibles. Au-delà d’une transhumance bouddhique à bien des égards : « Devenir ce bosquet/de jeunes chênes/bercés par la houle », il y a chez Clément la navette à conduire entre le visible et l’invisible, le particulier et le tout, le proche et le lointain. Ce qui explique le caractère paradoxal de certains vers qui semblent faussement s’effilocher pour renaître un peu plus loin, plus tard, sur une autre ligne du temps. « Garder le doigt sur la temps/où bat le sang ». Le vigile ne fait pas mystère de sa précarité ni de la solitude qui l’habite, l’une et l’autre redevables de l’inconfort premier de notre existence. « Peut-être devrais-je/cesser d’attendre./Car la naissance/est déjà là./A chaque instant. » Accepter la capture de l’instant, le saisir et s’en dessaisir : autant de postures mentales qui pourraient donner le tournis au vigile ! Il n’en est rien dans ce grand livre d’être qui n’a besoin que de peu de mots pour exister. Un, deux, trois comme pour la comptine : l’écriture n’est pas seulement en mouvement, elle est le mouvement : « Silence/C’est de lui/que vendront/les mots. »  Un ouvrage immatériel et fluide dont on tourne les pages avec ravissement, pour y retourner bien  vite après lecture : « Un papillon effleure l’épaule : baiser de soie,/battement de cils/dans le jour obscur./Ouvre la fenêtre. »


Michel Joiret

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