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19 mars 2014

484e soirée des lettres – 19 mars 2014

Quelques mots d’introduction, tout d’abord, de Jean Lacroix, notre nouveau président, qui annonce :

Anne-Michèle Hamesse, Les années Victoire, éditions Novelas. Présentation par Michel Joiret.


Michel Joiret rappelle les deux romans précédents d’Anne-Michèle, à l’organisation serrée : Villa Théodore et le Voleur. Anne-Michèle commence par nous lire un passage de Proust, qui oriente son roman ; nous n’arrivons pas à changer les choses, il faut arriver à l’indifférence, mettre sa vie à plat. Peu de fiction ici : elle s’abrite derrière Victoire.
M.J. : comme le disait Jean Muno, à un moment donné, il faut arrêter d’écrire pour parler de soi. Mais il y fallait, pour elle, beaucoup de culot. Il y a là une drôlerie totale, de la provocation.
A-M. : A condition de rire aussi de soi, de s’entarter soi-même.
M.J. : Mais ce n’est pas si simpliste, c’est faussement désinvolte. (suit une lecture). Et puis, il y a les jules. Tu as souvent été une prédatrice.
A.-M. : …mais pas du tout anti-hommes.
M.J. : On a le sentiment d’un règlement de comptes joyeux et pathétique. Une générosité d’être, mais aussi une tendresse trahie. Et puis, cette Belgique qui disparaît…
A.-M. : J’ai fini par l’aimer, alors qu’auparavant je rêvais de devenir Française.
M.J. : Un père aristocrate qui a de bonnes manières, très absent. Un parrain qui vient de mourir, un mari parti avec une gynécologue, de qui elle finira par se rapprocher…Elle parle de plusieurs vies qui se mettent en place dans le roman, il y a tout de même un ordre.
A.-M. : Mes personnages prennent le dessus. Mais il y a Clarisse, c’est la première fois que j’en tue un…Elle revient parfois…
M.J. : Un chahut désespéré dans le monde des lettres.
(Suit la lecture d’un passage mettant en scène le monde de l’A.E.B. : ils se surveillent, ils se sentent incompris, relisent leur nom en gras…)
Ne pas avoir de style, c’est déjà un style…
A.-M. : Très spontané.

Jean-Luc Wauthier, les Tablettes d’Oxford, éditions  MEO. Présentation par Lucien Noullez.


Ici, comme pour la présentation suivante, c’est Anne-Michèle qui va introduire les deux poètes.
Lucien Noullez : Un écrivain, c’est une oreille qui refuse de parler la langue comme un uniforme. La modestie de l’oreille première. Le risque du sens, de l’allier à la jouissance sonore. Le sens brille au fond du risque (Michel de Certeau)
Un roman tissé de nuits en abîme. Le roman historique a des obligations. Mais il faut souligner l’extraordinaire qualité de cette prose. (suit une lecture par Marie-Françoise, l’épouse de Lucien).
On passe d’un monde à un autre. Notre temps et son temps ?
Jean-Luc Wauthier : J’ai toujours été fasciné par la fin d’une ère, et aussi par l’empire romain.
C’est un adolescent énigmatique parvenu au pouvoir à 15 ans, qui va disparaître l’année suivante. Mon professeur d’histoire, Léon-Émile Halkin, disait que l’histoire n’est pas un continuum, mais quelques petites lumières sur une ligne obscure. J’ai voulu montrer un personnage dominé. Et puis, ils ne savent pas qu’ils sont les derniers
L.N. : Comment un poète passe-t-il aux Romains ?
J.-L.W. : La poésie est une faille dans la satisfaction de soi. J’avais écrit des nouvelles, un roman. Simenon a dit qu’on ne devient un véritable écrivain qu’à quarante ans.
L.N. : Mais ton grand homme, c’est de Gaulle ?
J.-L.W. : Trop connu, et énigmatique. Augustule, c’est un vase brisé.
L.N. : Tu en as fait un poète ?
J.-L.W. : Un diariste, des rapports entre le pouvoir et le bonheur. J’ai eu beaucoup d’aide de ma femme et de mon éditeur.
L.N. : Quand on quitte le pouvoir, à un moment donné, n’est-ce pas un lieu pour l’intelligence du monde ?
J.-L.W. : Le pouvoir révèle l’aliénation du monde. Le pouvoir est déshumanisant, le pouvoir isole.
L.N. : On croit que l’amour vaincra le deuil, et la perte du pouvoir.
J.-L.W. : Pour en revenir au style, le français est une langue redoutable, une langue qui énonce.
Et la présentation va se terminer sur une lecture.

Jean Baudet, Histoire de la cuisine et Les grands philosophes, éditions Jourdan. Présentation par Joseph Bodson.


Juxtaposition étrange, semble-t-il, de deux sujets pas très proches l’un de l’autre. Et pourtant…commençons par la philosophie, même s’il est dit Primum edere, dein philosophari.
Ce n’est pas la première fois que Jean Baudet brosse une histoire de la philosophie, et il le fait, selon son habitude, avec une remarquable clarté et un sens remarquable de la vulgarisation intelligente.
Comme d’habitude, Pythagore est tenu à l’écart : plutôt fondateur de religion, avec son rejet des fèves. Ce sont d’ailleurs plutôt ses disciples qui ont fait progresser la géométrie.
Le philosophe qu’il met en exergue, c’est plutôt Démocrite, le fondateur de l’atomisme, dont les écrits seront mis à l’écart du fait de Platon et d’Aristote. Mais ils nous sont connus grâce à Lucrèce, et les principes de base sont bien ceux de l’atomisme moderne, et du matérialisme.
Peu à dire du Moyen-Age, un véritable désert pour la philosophie. Il faudra attendre Descartes pour qu’elle fasse de réels progrès, avec notamment son animal-machine, qui deviendra, chez La Mettrie, l’homme-machine. Viendront ensuite les penseurs qui, à la suite Hume et Condillac, vont mettre l’accent sur les sensations physiques, et puis les grandes écoles allemandes, Kant, Hegel.
Il faut remarquer que, pour l’époque moderne, Jean Baudet nous donne au moins une teinture d’auteurs qui mériteraient d’être plus connus du grand public, comme Jaspers, Carnap, à côté d’autres, Hüsserl, Heidegger, qui le sont davantage.

L’Histoire de la cuisine, à présent : et là, nous ne sommes pas au bout de nos surprises ; à côté des maîtres-queux romains, Lucullus, Apicius, voici en effet les Huns qui nous apportent la choucroute sous la selle de leur cheval. Le Moyen-Age, s’il fut pauvre en philosophes, était riche en fromages : munster, maroilles, et en livres de cuisine, les réceptaires. Les moines y furent d’ailleurs pour quelque chose.
La Renaissance, âge des découvertes, apporta en foule les fruits nouveaux : ananas, piment,, maïs, tomates,, sans oublier le chocolat, la pomme de terre et le calvados. Et puis, la sauce béchamel, produit du Grand Siècle, et péché mignon de Jean Baudet. Au 18e, les fraises, le cognac, et le baba au rhum…il y a de quoi s’y noyer. Au 19e, le bœuf Stroganov – autre délice de Jean Baudet – mais aussi la mousse au chocolat, la religieuse et la crêpe Suzette. Si les plats pouvaient parler, cela ferait une bonne fable de La Fontaine Et puis, au 20e, ce n’est pas fini, viendront les pralines, la tarte Tatin et le carpaccio.
N’oublions pas de dire que Jean Baudet a tout de même une solide formation de botaniste, ce qui n’est pas négligeable pour faire un gourmet.

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