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Jean Dumortier

Né à Uccle le 21 février 1926, il décède le 8 juillet 2014

Jean, le poète, s’en est allé

 

« L’essentiel ne me paraît pas de penser les mêmes choses mais de les sentir »

 

« Appelez-moi Jean », disait-il, quand on lui présentait un inconnu…  Comme le faisait Jean Ferrat en son temps. Sa voix avait la sûreté du bois et la douceur de la soie…  Jean Dumortier aura donc privilégié la part d’authenticité qui couve ou affleure en chacun  de nous. Bien au-delà de lui les honneurs, les privilèges, les mondanités ! On le découvrait par le regard : « Observe toujours les yeux de ton interlocuteur », me répétait-il.  Les écrivains de ce plat pays lui doivent beaucoup.  Curieux du fond de l’être, il entrait en littérature par les canaux affectifs et sa profonde empathie développait chez les jeunes auteurs une formidable envie d’aller au bout de leur écriture : « La poésie a plus besoin d’humanité que de vocabulaire ». On ne compte plus celles et ceux qui ont bénéficié d’un tel soutien. L’inventaire serait long, très long !  Lui,  il  saluait d’une lecture impromptue la qualité d’un entretien. Non pour qu’on reconnaisse le remarquable poète qu’il était, mais pour qu’on sache que sa fonction de poète assurait son identité profonde. Elle seule. Jean Dumortier poète, partout, tout le temps, dans les gestes de sa vie quotidienne, dans son étourderie, dans sa manière de respirer les fleurs, dans les moments jubilatoires où il goûtait les plaisirs de la terre. Ceux qui le connaissaient mieux savent cependant qu’en cet homme délicieux se dissimulait une angoisse infinie. Sa poésie témoigne de sa fragilité et de ses fêlures. Depuis Les pains noirs (1960),  il se posait les questions essentielles auxquelles il n’a jamais trouvé la moindre réponse. L’homme était un écorché vif et son exploration sensible de la condition humaine développait chez lui un réel sentiment d’inquiétude…  Par ailleurs, les manigances politiques le mettaient en colère. Impertinent alors, il manifestait son mépris du pouvoir et l’autorité avec une drôlerie qui m’a permis de vivre des moments inoubliables et cocasses !  Jean le révolté mais aussi Jean le pacifiste, convaincu que le fond de l’homme est toujours à investir…  Après 50 ans d’amitié, il me confiait : « Hier, j’ai découvert une part de toi que j’ignorais… ». Poète de l’amour évidemment, et avec quelle chaleur ! Claire ou le goût du bonheur (2009) nous rend avec ferveur, le torrent d’émotions et de mots qui coule au plus intime de sa personne.  Jean et ses jardins, extérieurs et intérieurs, l’infinie griserie des espaces naturels, de l’été, du bourdonnement des abeilles, friand de confitures et de gâteaux ! Jean, profondément amoureux de sa famille proche et si respectueux de la vie qu’il a éveillée chez ses deux filles…  Le poète a tenu à préserver le caractère « artisanal » de ses éditions poétiques. Pas de grandes maisons, pas de diffusion pléthorique… Aux effets narcissiques du créateur, il préférait les veillées.  Au détour d’une conversation, il sortait un papier de sa poche : « Je vais te faire cadeau d’un poème… ». La notoriété, il s’en moquait ouvertement. Et cependant, l’incroyable qualité de ses poèmes : Baume des regards (2010) et Falaise de l’Eclair (2011) pour ne mentionner que ses derniers écrits, aurait dû traverser les cénacles.  Mais cette réalité-là, Jean ne la souhaitait pas. Il se préférait « jardinier », créateur d’impromptus, et la notoriété le faisait rire.  Aujourd’hui, l’œuvre de Jean Dumortier doit sortir de  l’armoire aux miracles où le poète lui-même  avait choisi de la ranger. J’oubliais le gamin qui surgissait de lui, malicieux et frondeur, l’enfant qui descendait d’un train, casquette sur la tête, un sifflet à la main. Ce train qu’il a pris toute sa vie « pour rendre visite à un ami en difficulté », à Liège ou à Bastogne, peu importe. Il y a deux semaines à peine, au Conseil d’administration du Non-Dit, Jean qui riait aux larmes lorsque je prenais volontairement un ton plus docte ou plus autoritaire (voire indigné),  pour le mettre en joie !  Un exercice convenu entre nous depuis toujours. Aujourd’hui, le fou rire a disparu. Me restent les larmes.

 

 

 

Michel JOIRET

 

 

 

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