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21 mai 2014

486e soirée des lettres – 21 mai 2014 - La voix des poètes

Jean-Marie Corbusier, Dans le jour soulevé, éditions Le Taillis Pré.

Cinq poètes (des voix, des chambres d’échos, des plaintes et des poussées jubilatoires). Un véritable orchestre d’intentions et de captations qui souligne l’infinie richesse des voies poétiques. Et qui relève une période parmi les plus inspirées de notre littérature. Cinq capteurs d’essentiel  ou d’essences rares, qui ramènent à nous, lecteurs, des valeurs ou saveurs insoupçonnées  Cinq traceurs occupent la page (ou la fécondent)  avec prudence ou rage, dans l’explicite ou le symbole, dans la suggestion ou le propos soutenu. Dans le jour soulevé (Le taillis Pré) repose sur un trilogue. Jean-Marie Corbusier y loge trois instances essentielles : la poésie, le mot, la langue. Silence et méfiance balisent le chemin du créateur car « le poème est sans fond, sans raison, il atteint en plein centre et en même temps, il est expulsé de lui-même ». Le livre sera tout à la fois le chemin et l’histoire de ce chemin, une sorte de parole en suspension problématique et peut-être illusoire car «le lieu habitable » serait peut-être «en dehors des mots ? »

Philippe Jones, D’espace en domaines, éditions Le Taillis Pré et Parenthèses, éditions Le Cormier.

D’espace en domaines (Le taillis Pré) et Parenthèses (Le Cormier). Des taches d’écriture réflexives (quelques lignes), une veille, une patience, une attente de tous les instants, une ébauche de dialogue avec la nature, une lente et parfois douloureuse prise en charge du temps, tel paraît être le credo de Philippe Jones. Le dépouillement garantit la sûreté de la prise de vue alors que la  lunette de l’oeil précise la capture et son devenir. S’engage alors un  dialogue muet entre la nature et l’homme : « l’homme et le bois grandissent selon leurs gènes propres, grandissent côte à côte en dépit de leur taille ».  Pour le poète, « il faut une écriture et se nommer un monde ». Celle qu’il propose nous touche d’autant plus que le passage de l’homme et des saisons se fonde sur une véritable réciprocité : « le nœud du bois témoin de force bâtit la branche en devenir ».

Thierry-Pierre Clément, Ta seule fontaine est la mer, éditions A bouche perdue.

Pour Thierry-Pierre Clément, la réalité poétique est connotée différemment.  Dans sa remarquable préface à Ta seule fontaine est la mer, (éd. A bouche perdue) , Pierre Dhainaut parle du souffle, évoque un « tremblé » qui se personnifie dans l’oiseau et plus précisément dans  le héron.  Mais la métaphore renversée ramène le lecteur à la vigilance car les apparences peuvent être trompeuses : « L’absence est un oiseau/qui traverse le ciel ».  La réalité, fût-elle réalité poétique, reste une entrave et le poète se montre profondément fidèle à l’aubier même de sa démarche : fluidité, immobilité, silence sont les postures sensibles initiales. Le reste n’est « qu’une pose de mots » comme on dispose les ardoises sur la charpente d’un toit.  « Comment se rendre libre ? » est le credo d’une poétique qui se mesure à la mobilité des éléments ambiants (le vent, la lumière, le sable, la houle, la lueur).

Philippe Mathy, Sous la robe des saisons, éditions L’Herbe qui tremble.

Philippe Mathy vient d’obtenir le Prix littéraire 2013 du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, pour son très beau recueil de poèmes intitulé Sous la robe des saisons, paru aux éditions L’Herbe qui tremble, à Paris. Outre les accords sensibles qui se multiplient entre l’homme et son environnement, le livre interpelle par l’intensité de la méditation et le seuil d’exigence qui fondent l’écriture : « Il faut se méfier des effets de nombre, des effets de masse dont notre époque est si friande ; la vérité est ailleurs. » Telle est « la porte étroite » d’un auteur dont la poésie est par ailleurs émaillée de superbes troiuvailles : « Je suis allé sur ta tombe pour y déposer mon ombre. Elle est restée là, muette, refusant de rentrer avec moi. »

Michel Stavaux, L’air et le bond, éditions d'Hez.

Dans L’air et le bond (éditions d’Hez), Michel Stavaux rappelle à qui l’aurait oublié, que son œuvre révèle un parcours poétique de premier plan et se fonde sur un engagement inamovible : prêter du sens aux jours qui lui ont fait escorte. La méthode est dynamique, le jeu lexical particulièrement significatif : « la volonté du feu/d’enflammer le vent. ». Tente-t-il de retrouver ses propres traits dans l’image que lui renvoie le présent ?  S’efforce-t-il de mesurer la distance parcourue à l’aune de sa propre réalité ? Le poème ne répond pas (telle n’est pas sa fonction), mais il multiplie les déclarations d’intention et dresse un inventaire des glanes, des captures et des souvenirs qui y sont liés : « Comme des saumons les blessures/remontent vers la source. » Le poète multiplie les définitions des parts éparses de son identité, ou plutôt, il fait l’inventaire de ses postures de vivant. Il s’agit d’un livre puissant, riche en figures diverses et pertinentes, clairement déterminé, assorti d’emprunts aux éléments (l’eau, le feu, le vent) et retranché dans quelque posture de vigile (ou d’inquiéteur, c’est selon) : « penché sur l’étang/il cherche son image/sur cette cuirasse d’eau/au milieu des reflets ». Une saine et implacable colère, au-delà même de la dérision, atteste l’authenticité, du choc reçu, répercuté, et projeté dans un champ sémantique (champ de ruines et champ de signes) exposé et efficace. La récolte est somptueuse et les voix poétiques innombrables. Puissent-elles retentir dans des lieux et des temps où la poésie tourne encore les pages de nos précieux imaginaires.

 

Michel Joiret

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