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Auteur : Rio DI MARIA

Titre : RACKETS DU TEMPS

Editeur : L'ARBRE À PAROLES

Genre : poésie

Date de parution : 2014

 


Rackets du temps

La violente métaphore du titre qui nous happe, après l’avoir fait de son auteur – poète belge, né en Sicile en 1946, arrivé en Belgique en 1957, auteur de sept recueils poétiques depuis 1973… — , est à coup sûr l’emblème d’une poésie lyrique, riche d’images, qui attaque en force cette érosion terrible par le temps de toutes les forces vives, jusqu’à éreinter les souvenirs et les figures parentales.

Et pourtant, derrière les coups de poing, de colère, que de douceur aussi, et de tendresse, dans ces vers groupés, enchâssés, comme tenus en laisses par la bonté du poète ! Distiques, tercets, quatrains, quintils, sizains, quitte à voir toutes ces formes rassemblées dans certaines pages (30/31..) !

Quatre sections ordonnent le livre copieux (Rackets du temps/ Simuler-Dissimuler/ Joue contre jour/ Instants géniteurs).

De « l’affolante solitude de maman » à « une passante…dans la lumière », le poète dresse le portrait de nombre de visages, brossés à renfort d’images, de métaphores et d’adjectifs qui puissent en laisser tomber quelque incidente.

Le temps, ce grand dévoreur, ne laisse rien en paix. Il érode lui-même ces images jaunies, ces coups de lumière sur des espaces et des périodes enf(o)uis.

Mais l’écriture veille, l’écriture résiste :

Comment traverser l’émouvante ligne

qui distingue tout ce qui nous sépare

Le chant que l’exil instille dans les textes est d’une vérité vibrante ; un « autre regard » s’est imposé à l’enfant, à celui qui signe, longtemps après, ces poèmes désenchantés et tout à la fois porteurs d’espérances.

Peut-être que les chemins blessés

les ont perdus !

Le père, la mère : hautes figures tutélaires, à la fois cernés dans leur « solitude », et dotés « du vin libre des mystères et du pain dur » ; la misère est passée par là, résiduelle dans ces poèmes d’aujourd’hui.

La langue signifiante porte trace des origines blessées : « briques malades », fenêtre d’où émigrent/ graines d’îles à corriger la surface de la mer » et je pourrais souligner la lecture incessante des espaces insulaires : belle Sicile d’hier, traces de toute une vie où « les valises sont prêtes   la maison soldée/ ici plus rien ne m’appartient », ou « Toute vie possible est restée derrière la fenêtre ». Déchirants fragments d’un départ et sources, beaucoup plus tard, d’une renaissance, au bleu de l’écriture, au clavier : « naissance dans l’autre », dit le poète justement, puisqu’il s’agit de trouver des raisons d’espérer, dans ces champs de l’exil.

Parfois, la réminiscence prend peau proustienne :

J’ai appris à lire

entre machine à coudre lettres interdites

et enclume clandestine à tous les coups

de promesses abritées dans la déchirure des lèvres

des livres jamais lus.

On comprend dès lors que Au bout des doigts déchirés/ foisonnent les frissons de l’enfance/ Les fleurs du secret…

L’écriture allitérante assure à ces textes puisés au puits de l’enfance de n’être pas seulement des poinçons du passé mais surtout un chant fluide, apaisant, retissant sans cesse pour nous lecteurs d’anciens usages du temps, quand aujourd’hui résonnent au ventre, au cœur du poète  « le temps/ dans le pays qui se disloque » ou « les dernières limites de l’indicible ».

Et puis, « tant de doutes habitent les lèvres » et « tout près de la main s’abat la fête des doigts fêlés » : langue nue s’il en est, déchirante.

Un beau livre de mémoire.

 

Philippe Leuckx

 

 

 

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