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15 octobre 2014

488e soirée des lettres – 15 octobre 2014

Anna Gold, La réussite au féminin, éditions Vitamines. Présentation par Joëlle Van Hee.

Pour cette séance, première de la saison 2014-2015, qui succède à la rentrée littéraire, les trois auteurs du jour illustreront le genre de l’essai, de la poésie et du roman.

Anna GOLD, présentée par Joëlle VAN HEE, ouvre le bal avec son ouvrage La réussite au féminin, publié aux Editions Vitamines. C’est à un regard positif sur les femmes et à une reconnaissance de leur apport dans la société que s’attelle Anna Gold dans cet essai, où elle estime qu’il faut rendre justice à ces femmes oubliées qui ont contribué à l’histoire de l’humanité dans le domaine des arts et de la pensée, mais aussi en politique, en écologie, en biodiversité…
Elle pense que le terme « féministe » a une connotation négative et que celui de « femmes réussissantes » est plus positif. Elles sont devenues un atout, on a besoin d’elles et de leur spécificité. Toutefois, subsiste encore ce qu’Anna Gold nomme une « taxe femme », qui  « oblige » les femmes à travailler plus avant d’être reconnues ou appréciées, considérées comme crédibles ou compétentes. Il faut que ce concept disparaisse. Il faut en arriver à concilier emploi et maternité, sans pénalisation salariale, pour éviter le « burn-out » qui en découle souvent. Les hommes sont considérés comme des alliés dans cette marche en avant.  
Cela signifie aussi une revalorisation de l’enseignement, l’éducation étant la priorité. Anna Gold consacre une bonne partie de son livre aux enfants. Il est essentiel de transmettre à la jeunesse un monde égalitaire ; il faut donc faire entendre la voix des femmes, leurs opinions, la souffrance des filles, des jeunes, des enfants. Elle écrit des articles à ce sujet dans le Huffington Post et dans le magazine M… Belgique, pour souligner les avancées, inciter à la vigilance, dénoncer les reculs…
La réussite au féminin est un essai qui vise au progrès de la société. Il est écrit dans un style agréable, on y trouve des anecdotes, des histoires pour sourire, s’informer et se forger sa propre opinion. Il s’adresse à tout le monde, car hommes et femmes sont concernés. Chacun d’entre nous est l’artisan, ou, selon le mot qu’Anna Gold emploie finement, « l’ambassadeur » de la réussite au féminin. « Vouloir mettre en place un présent et un avenir de respect, de partage, d’entraide, de solidarité, d’égalité, d’humanité ne peut donc pas être considéré comme une utopie, mais bien comme une prise de conscience de valeurs à respecter et une envie, un besoin de vouloir sans cesse avancer, progresser. »

 

Claude Donnay, Chant pour un corps déserté, éditions L'Arbre à parloes. Présentation par Philippe Leuckx.

C’est à Philippe LEUCKX que Claude DONNAY a demandé de dialoguer autour de son récent recueil, publié par L’Arbre à paroles. Douze livres à l’actif de ce poète depuis 1994, un univers intimiste où la nature et la fraternité tissent l’essentiel d’une sensibilité et d’une écriture. Le dernier-né porte un beau titre grave : Chant pour un corps déserté. C’est une forme de récit dans lequel deux personnages nous racontent leur histoire. Le lecteur peut suivre le périple d’Abel et de Hannah ; avec eux, il prend conscience d’un amour qui naît, avant de s’épanouir. Tous deux vivent sous ses yeux avec intensité et tendresse :

Abel a chassé le vent et gardé les hirondelles dans l’angle de la cheminée.

Ils ne ferment pas la porte pour que leur bonheur puisse voler dans le ciel transparent.


Abel et Hannah ne sont pourtant pas à l’abri, car, sur leur chemin, la gravité, la peur, le silence guettent leur bonheur. Dès lors, « chaque rue est une impasse, chaque chemin un inutile détour qui ramène à l’insultante blancheur des murs. »
L’écriture de Claude Donnay, dit Philippe Leuckx, a pris de l’ampleur, elle a encore plus de densité pour cerner la vie au plus près de ce qu’elle propose. De bien belles images évoquent avec nudité la déperdition, « la pulsion sourde de terre enfouie », « ce voile bleu que d’aucuns nomment pureté et non absence ».
Le personnage d’Abel refuse cette vie flétrie, cette condition sans l’autre, il n’a plus pour lui que « le poing rageur qui brise l’ultime fenêtre ».
On sent combien le poète s’est nourri d’un chant qui vibre, qui sourd du fleuve et des chemins d’infortune et l’on éprouve une juste compassion, comme si les mots du poème s’adressaient directement à nous, puisque, nous le savons,

Il n’ose bouger de peur que le monde s’effondre

Tout au long de cet échange entre deux poètes de qualité, le public a pu se rendre compte de la complicité de pensée et de communion en poésie qui les anime. Leur partage de sentiments, de quotidienneté et d’engagement face à la beauté des choses, de la nature et des êtres est un moment de belle intensité, durant lequel l’émotion se traduit par un respect mutuel.


Philippe Cantraine, Une symphonie Or, éditions Luce Wilquin. Présentation par Joseph Bodson.

Philippe CANTRAINE clôture la soirée avec la présentation de son roman Une Symphonie Or, publié aux éditions Luce Wilquin. Le présentateur est Joseph BODSON. Au moment de la débâcle de 1940, une grande partie de l’or de la Banque Nationale de Belgique se retrouve à Dakar , en compagnie de l’or français. Les transactions entre Pétain, puis Laval, avec les Allemands, aboutissent à un accord d’acheminement de l’or belge vers l’Afrique du Nord, sous le prétexte de  mieux le protéger, en réalité pour le livrer aux Allemands. Les péripéties commencent, depuis l’arrivée à Dakar d’un hydravion nazi, jusqu’au retour du personnage principal, Cartuyvels, qui joue surtout un rôle de diversion…
Le précédent roman de Philippe Cantraine, Le gouverneur des coquillages, était marqué par le goût de l’histoire, et même de l’érudition, mais aussi par les valeurs de liberté, de démocratie et de respect de l’autre. Une Symphonie Or bénéficie des mêmes caractéristiques, avec davantage d’action. Celle-ci est en tout cas plus rapide. Le lecteur est captivé par le sens de la dramaturgie, dans laquelle le paysage du désert tient une place éminente. L’intrigue est menée avec rigueur. Les personnages secondaires sont décrits et mis en scène avec soin. Quel que soit le lieu où l’action se déroule, le mélange est harmonieux entre les événements historiques et les détails de la vie quotidienne. Joseph Bodson s’entretient avec Philippe Cantraine sur le voyageur qu’est ce dernier, fin connaisseur des endroits qu’il décrit, et aussi sur sa connaissance poussée de l’histoire. Cantraine donne à ses descriptions, aux dialogues, un relief particulier. Le roman d’espionnage n’est pas loin, et le récit va bon train, sur un rythme rapide. La maîtrise de l’auteur dans ce genre de roman où le destin d’un personnage vient se mêler aux péripéties de l’histoire du monde s’affirme d’œuvre en œuvre ; le lecteur en sort plus riche, car il a pénétré dans les arcanes des décisions et des événements qui ont conditionné le monde actuel.

 

Jean Lacroix

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