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19 novembre 2014

489e soirée des lettres – 19 novembre 2014

Ghislaine Jermé, Je ne suis pas un monstre, éditions Edilivre. Présentation par José Brouwers.

Une séance aux contenus contrastés : d’un roman truffé de violences et de rebondissements à un récit fortement autobiographique, en passant par des méditations en petites touches de sagesse et de surréalisme, il y avait pour nos auditeurs une palette originale de sensations. Lectures par Angelo Bison.

Gros volume sorti chez Edilivre, Je ne suis pas un monstre est le deuxième roman de notre consœur Ghislaine Jermé, venue de Liège pour faire son entrée dans nos Soirées. Son présentateur, José Brouwers, salue une œuvre forte, pleine de rebondissements, comme écrite pour le cinéma. Mariée de force à un homme brutal et grossier, l’héroïne assume, après l’avoir longtemps inavouée, une homosexualité qui la porte vers Vicky. La première est médecin, pratiquant le violon comme hobby, la seconde est artiste-peintre et va épauler sa nouvelle amie dans les épreuves insoutenables que lui fait subir le mari, dont la nature de gangster sera bientôt mise à jour. Nombreux personnages très différents, conflits juridiques, filatures, enquêtes, homicides… S’il y a du thriller dans cet ouvrage, son auteure insiste plutôt sur l’abomination de la violence conjugale qu’elle a tenu à dénoncer vigoureusement,  en s’inspirant de cas vécus, et en utilisant à dessein un langage cru, ce que l’extrait choisi par elle et déclamé avec netteté par Angelo Bison, démontre sans ambages.


Monique Thomassettie, Intuition, éditions MonÉveil. Présentation par Michel Joiret.

Monique Thomassettie occupe une place à part dans nos lettres : avec discrétion mais ténacité, cette rédactrice prolifique produit tantôt des plaquettes, tantôt de plus épais ouvrages, où elle nous communique ses observations, réflexions, sensations et méditations, comme saisies au vol mais reliées au quotidien qui se présente ; souvent accompagnée de peintures, cette prose parfois étrange tient du journal, intime mais en oblation délibérée, où certaines pages renvoient à d’autres parfois bien plus anciennes, la pensée se corrigeant, s’affinant, se confortant puis faisant le lit de sa propre subversion, d’une  sorte d’effilochage. Dans ce monde des idées cher à Platon, l’intelligence humaine ferait-elle, si l’on ose dire, son shopping, captant l’une par chance, ratant l’autre, associant les meilleures perles ? Si encore seule l’intelligence consciente était à l’œuvre ! Mais le rêve, les affects, l’expérience sensorielle, l’émotion esthétique ajoutent beaucoup de complexité à l’affaire. D’où ce titre pertinent : Intuition (éditions Monéveil, 2 volumes), qui fait démarrer la passionnante conversation entre notre écrivaine et le non moins écrivain Michel Joiret, conversation dont la synthèse ici relèverait de la mission impossible (je me permets de renvoyer à l’article du même Joiret dans le numéro de janvier 2013 de sa revue Le Non-Dit). Peu à peu, l’assemblée est prise dans un début d’envoûtement, entrant dans un univers courageusement personnel, autodidacte dans le bon sens du mot, nourri de questions et d’images invitant le paranormal, où la pensée tâtonne mais gagne en profondeur, où l’extrême sensibilité ouvre de petites portes dérobées, où des conjonctions insolites provoquent de modestes déclics éclairants. On ressent la littérature emmenée dans les parages de la gnose ou d’un chamanisme calme, on bascule doucement sous le charme d’une gentille pythie sobre qui, mezzo voce, n’aurait jamais dit son dernier mot. Ambiance intimiste troublante.

Annemarie Trekker, Un père cerf-volant, éditions Traces de vie. Présentation par Renaud Denuit.

Un père cerf-volant
nous sort de l’hypnose qui nous guettait, mettant du vent dans les voiles. Annemarie Trekker tient les cordes d’un nouveau livre de vie, porté par l’Harmattan. Nous ne sommes plus dans la situation d’un penseur seul face au monde, mais dans l’espace prégnant où la Famille démontre son emprise sur l’existence et les facultés réflexives de tout individu. Camper Annemarie, c’est d’abord rappeler son parcours de sociologue, de féministe, de maman, de rédactrice en chef de l’hebdomadaire 4 Millions 4, qui faisait la part belle aux auteurs de nos deux régions : de ces petits dossiers hebdomadaires qui furent autant de joyaux, Trekker et son mari feront un ouvrage de référence, une merveille de lisibilité. Plus tard, ils fonderont une maison d’édition attachante : Traces de vie. Sans oublier les tables d’écriture où les plumes s’entrecroisent et des subjectivités se donnent. Dans ce parcours si riche, où était le Père ? Pas là… Pas traité. Le voici enfin dans un beau livre, écrit à deux niveaux – première et troisième personnes – alternant l’urgence et la patience. Un ouvrage précisément rendu possible par l’absence définitive du père. Certes, il était déjà parti depuis de longues années, singulièrement à la Vlaamse Kust (pour l’amoureuse de la France qui s’est fixée au cœur des Ardennes, c’est à l’étranger) près des plages qu’il adorait survoler dans le petit avion d’un ami, jadis, quand elle était enfant. Mais cette fois, l’homme âgé a disparu de son domicile, les recherches se déclenchent, les souvenirs reviennent… Quid de l’amour entre père et fille ? L’assemblée partage une douleur, une intensité dans la recherche du sens, une célébration de la vie qui, par la chaîne  générationnelle, finit par triompher, et la chance que l’écriture puisse formuler tout cela. D’une perte physique, Annemarie a gagné son nouveau pari spirituel.

Trois voix de femmes donc, ce soir-là, différentes et complémentaires, auxquelles a répondu celle, magistralement virile et mélodieuse, d’Angelo Bison, servant les textes exactement comme ceux-ci le méritaient.

 

Renaud Denuit

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