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18 mars 2015

493e soirée des lettres – 18 mars 2015

La soirée commence par l'évocation de Jean-Luc Wauthier, qui nous a quittés abruptement trois jours plus tôt.

« S'il fallait résumer Jean-Luc, dit Jean-Pierre Dopagne, ce serait peut-être par le titre d'une valse de Strauss : Aimer, boire et chanter. Jean-Luc aimait tant de choses : la littérature, la musique, la nature... La critique, aussi, souvent cinglante. Et, par-dessus tout, la vie ! Boire et manger ? Ce n'était un secret pour personne... Chanter ? Dans tous les sens du terme : pousser la chansonnette franco-wallonne ou faire chanter les mots, souvent du poème, quelquefois du roman... »

Plutôt que d'imposer à ce grand bavard de Jean-Luc une minute de silence qu'il n'aurait pas supportée, Jean-Pierre Dopagne lit les vers que, dans son Manteau de silence – oh ! ironie du titre –, le poète avait intitulé « Autoportrait », se décrivant – oh ! lucidité de l'auteur – comme un jaseur boréal.

Le silence m'a été désappris, écrivait-il. Pour terminer par ce qui le hantait depuis toujours :

J'attends
la nuit
enfin du grand silence.


Un silence qui rend ensuite la place aux mots. Pour parcourir les univers contrastés des trois auteurs invités, mis en lecture par deux jeunes comédiens.

Claire Anne Magnès, La maison des horloges, poèmes, éditions M.E.O., 2014. Présentation : Jean-Pierre Dopagne. Lectures : Céline Decastiau.

Publié après de longues années de silence, le recueil se présente comme cinq suites de poèmes en vers et en prose. D'emblée, le présentateur met l'accent sur la musique de l’écriture, omniprésente : le mot suite peut être pris dans le sens d’une suite de danses, à la manière de Bach ou Hændel. Cette interprétation est confirmée par la récurrence de mots (rythme, balanciers, chants...) ainsi que par la présence d’alexandrins dissimulés. Claire Anne Magnès confirme que la structure de chaque poème a fait l’objet d’une attention scrupuleuse.

Qui dit balanciers dit horloges. Mais ces horloges, qui donnent le titre au recueil, ont des aiguilles qui tournent vers la gauche. Nostalgie ? Regret du passé ? « Tout ce qui se trouve dans le recueil est vrai, dit Claire Anne, vécu : une maison, une personne, des voyages... Mais ce n’est pas de la nostalgie. »

En effet, à la musique viennent se joindre les saisons, avec le printemps et son renouveau. Une re-naissance qui passe par la mémoire et, lorsque celle-ci se fait menteuse, par les mots. Les mots, devenus aujourd’hui poésie, Claire Anne Magnès les a aimés et défendus toute sa vie, en tant que chroniqueuse, critique et professeure. Elle les a chéris comme des compagnons chargés de transmettre. C’est pourquoi, contrairement à d’autres poètes qui se disent « seuls lecteurs possibles de leurs textes », elle a souhaité faire lire ses poèmes par une jeune comédienne, aimant ainsi découvrir diverses interprétations de ses textes, en accord avec Patrick Modiano, qui affirme que, dès le dernier mot tracé, le livre quitte son auteur et qu’ensuite « le lecteur en sait plus long sur un livre que son auteur lui-même. »

Un très beau recueil, comme seuls en sont capables les poètes rares et réservés.

Jean-Marc Rigaux, Nouvelles d’Est, nouvelles, éditions Murmure des soirs, 2014. Présentation par Éric Lemmens. Lectures : Barnabé Henri.

Les neuf nouvelles qui composent le recueil ont chacune trait à une ville d’Allemagne, « pays fascinant », selon l’auteur, « qui nous dévoile une autre manière de vivre et qu’il ne faut pas réduire à la guerre 40-45 et au nazisme. »

Le présentateur cerne avec finesse les qualités du recueil : intrigues concises et charpentées, écriture solide et rythmée, approche distanciée des faits et de la morale. « Quand on parle de l’Allemagne et de son passé, précise Jean-Marc Rigaux, il est important de prendre du recul par rapport à son histoire et, surtout, de ne pas juger. La morale, le bien et le mal ne sont-ils pas, en effet, variables à travers le temps et l’espace ? »

Cette position de l’écrivain en retrait face à son sujet est particulièrement perceptible dans Le cerceau de feu, nouvelle qui raconte le bombardement de Dresde vu par les yeux d’un enfant. Loin de toute dramatisation, l’horreur devient subjective et semble cruellement s’éloigner du narrateur : Ma mère s’y consume. Je n’y pense pas. Subjugué par cette féerie qui ne laisse rien intact. Tout s’effondre. Je me construis.

L’auteur ne nie pas éprouver une certaine fascination pour le côté crépusculaire des choses, pour la défaite et l’exil, précisant que la douleur, quand elle est consentie, mène à une satisfaction plus intense. « Ce qui, conclut-il, correspond tout à fait à l’Allemagne. »

Jean-Marc Rigaux, juriste de son état, dépasse dans ce recueil une vision historique ou juridique de l’Allemagne, dont il brosse quelques portraits en une succession de récits variés, allant du réalisme à l’anticipation et même, parfois, au fantastique.

Laurence Bertels, La solitude du papillon, roman, éditions Luce Wilquin, 2013. Présentation par Maurice Lomré. Lectures : Céline Decastiau.

Laurence Bertels est connue comme critique et spécialiste de la littérature jeunesse, à laquelle elle consacre de nombreux articles dans La Libre Belgique. La solitude du papillon est son premier roman.

Au cœur de ce roman, deux femmes : Isabelle, 45 ans, qui traverse une crise existentielle et relit périodiquement Madame Bovary, et sa fille Clara, adolescente anéantie par la mort récente de sa meilleure amie, dont elle devra, à l’école, reprendre le rôle d’Iphigénie dans une pièce de théâtre.

Cette expérience imposée par l’imprévu de l’existence va permettre à la jeune fille de se révéler. « Clara, dit l’auteure, est le premier personnage qui m’est apparu. Peut-être parce que j’aime l’adolescence, cette période déterminante où l’on fait ses choix. » Telle Clara/Iphigénie, qui se révolte à l’idée qu’elle marche vers son destin avec docilité.

« Ce premier roman a été pour moi, poursuit Laurence Bertels, une vraie expérience d’écriture, à l’opposé de mon écriture habituelle. En journalisme, il me faut dire beaucoup en peu de mots ; le roman m’a appris à développer, à approfondir. Petit à petit, je me suis laissé guider par les personnages, qui prenaient le pouvoir. » Et le présentateur de souligner la densité du roman, qui déploie une narration à plusieurs voix, parlant de la vie avec force, tact et finesse.

« Ce premier roman, dit Maurice Lomré, affirme les capacités de Laurence Bertels à associer les contraires et à surprendre le lecteur par des coups de théâtre qui n’ont rien d’artificiel. »

Jean-Pierre Dopagne

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