Dernières parutions :

Auteur : Laurence HESSE

Titre : TEMPS DE FEMMES

Editeur : ÉDITIONS MEMORY

Genre : nouvelles

Date de parution : 2014

 

Temps de femmes

Deux ans après son premier livre, Math à mort, Laurence Hesse, fidèle à son éditeur Memory (B-6970 Tenneville), publie chez lui Temps de femmes, recueil qui, comme le précédent, groupe cinq nouvelles. Celles-ci sont très brèves. La plus longue, Le Noël de Merveille Plume, ne compte que dix pages. Elle est d’ailleurs la seule à proposer véritablement une intrigue. Les autres apparaissent plutôt comme des arrêts à partir ou autour desquels se développent la réflexion, la mémoire, une prise de conscience.

Math à mort touchait aux domaines de la philosophie et des mathématiques. Les thèmes et les questions de Temps de femmes apparaissent dès le titre. Les personnages centraux appartiennent tous au sexe féminin, de l’enfant pas encore née à la centenaire. Le temps, la perception – aigüe ou imparfaite – que l’on a de son mouvement, de son déroulement implacable, occupent une place majeure dans chacun des récits.

« Tournée vers l’action et la suggestion, la nouvelle me permet de varier les styles et les contextes », écrivait Laurence Hesse pour répondre à la question « Nouvelle ou roman ? » posée à cinq prosatrices par la revue Nos Lettres de décembre 2013. La variété des tons est peut-être moins flagrante ici que dans Math à mort mais les sujets retenus par l’auteure diffèrent nettement les uns des autres.

Couronnée par le Prix Crépuscule 2014 l’automne dernier,  Le Noël de Merveille Plume conjugue le blanc et le noir, le mystère et le drame sous un intitulé aux mots féeriques. Les questions que pose à sa mère la jeune Pauline – pourquoi leur père les a-t-il quittées ? pourquoi sa sœur Clarisse a-t-elle un comportement si étrange ? – ne recevront de réponse que trente ans plus tard. Quand le temps s’en mêle illustre « la trinité du temps qui passe » : le passé « trop souvent gaspillé », le présent qui n’est qu’un « leurre » puisqu’il passe aussitôt, le temps à venir, qui s’offre goutte à goutte. « L’éternité existe dans la fugacité de ces instants » qu’il importe de savourer sans attendre davantage. L’originalité du sujet de Monozygotes nous a séduite : bien au chaud dans le ventre de sa mère, le fœtus découvre successivement le gout, le toucher, l’ouïe, puis prend conscience de la présence d’un(e) autre dans « cette chambre obscure ». Cette troisième nouvelle ne connait pas non plus de dénouement heureux. Par contre, Simone, le lait, au ton sardonique voire féroce, s’achève de façon tonique. Après cinquante ans d’un mariage raté, Simone prend son destin à bras-le-corps, retourne à l’université, renoue avec sa jeunesse. Dans Vitaline et Alfred, Charline, dix ans, se trouve avec toute sa famille dans la maison de retraite où l’on célèbre les cent ans de son arrière-grand-mère Vitaline. Celle-ci ne parle plus avec personne. « Son âme s’est envolée », dit la fillette. Restée seule avec l’aïeule, elle lui rappelle qui elle est, qui elle a été : émouvant raccourci de vie dans ce renversement de rôles où c’est l’enfant, la détentrice de mémoire.

La deuxième et la quatrième nouvelles racontent à la troisième personne mais les trois autres ont pour narratrices Pauline, Charline, le bébé à naitre, ce qui nous les rend très proches. Nous avions été frappée par l’emploi du « je » pour les cinq nouvelles de Math à mort.

Si les pages de Laurence Hesse soulignent le passage du temps, évoquent la présence ou la perspective de la mort, elles disent aussi, avec pudeur, l’amour, la tendresse, l’émotion partagée faisant de Temps de femmes un livre frémissant et sensible.

 

Claire Anne Magnès

Ce texte applique les rectifications orthographiques de 1990.

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