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Auteur : Michel JOIRET


Titre : LE CARRÉ D'OR


Editeur : ÉDITIONS M.E.O.

Genre : roman

Date de parution : 2015

Le carré d'or

Poète, essayiste, commentateur de Proust, Michel Joiret livre ici un roman de mémoire et de vie. Son antihéros, Maxime Dubreuil, depuis la mort de son épouse Hélène, commence à voir sa vie stable filer un mauvais coton. Sa charge d’avocat, le souci de ses grands enfants, Louis et Sabine, qui ont leurs préoccupations, sa relation avec Lam, maigre consolation loin de valoir sa tendre Hélène, tout prend soudain une drôle de patine. C’est l’heure où refluent, avec une densité d’écolier devant son école et tous les souvenirs qui vont avec, les traces de son « Carré d’or », espace chéri entre Place Poelaert, Avenue Louise, Porte de Namur, en compagnie de son père Stéphane, ou de son grand-père Emile, dont il lit avec nostalgie le journal, refuge devant ce qui devient l’inanité de sa vie, entre Aberlour, dont il fait un usage intensif pour oublier ou mieux se rappeler ce temps béni d’Hélène.
On a du mal à le reconnaître, lui le fameux avocat. Il peine, déçoit ses clients, est montré du doigt. Il n’attend qu’un moment, celui de rentrer chez lui, pour boire, pour prendre quelques nouvelles de ses enfants. Louis est au Mexique. Raymonde, qui travaille pour le couple depuis longtemps, passe faire le ménage et occupe un peu les pensées du veuf chagrin.
Le délitement d’une vie, d’une carrière, d’un temps : Maxime sent de plus en plus l’emprise de l’avant, de ce passé avec Hélène, de leurs voyages, de leur amour.
Qu’est-ce que le présent lui offre ? Le corps cède. Le temps est à la catastrophe, aux pluies incessantes, aux nouvelles désastreuses provenant de tous les coins du monde.
En trois parties, le roman désigne et dessine une expérience qui chute. Hélène, le Palais, le mémorial. Autant de clés pour saisir un destin, tout à la fois lié à Bruxelles, à son évolution, et à celle de personnages d’une famille que l’on suit, au présent et au passé subjectif d’un journal du grand-père, écrin de mémoire.
La beauté du roman tient, d’abord, dans une écriture précise qui souligne très bien l’ancrage dans la ville, les soucis lourds de Maxime, ses progressions urbaines, ses lieux de vie, ses amours, présentes, anciennes. Barbara, Antinéa, Hélène, Lam ne sont pas seulement des relations, mais des figures de l’existence, et les nœuds filiaux ajoutent à l’intérêt psychologique du roman, entre destin professionnel et exploration de soi et de son « petit monde », ce « carré des proches », quatre femmes, ce « carré des pères et fils » (Emile, Stéphane, Maxime, Louis). Ce jeu de symétries, loin d’être artificiel, densifie l’histoire, montre avec prégnance l’impact du passé et la douleur de vivre dans une époque où les eaux montent, comme la peur, la déglingue, peut-être même la fin d’un monde.
D’un style qui laisse peu de place à l’approximation, d’une langue riche et féconde, le roman recèle nombre de séquences poignantes. Dès l’entame, pris dans un vertige entre présent et passé scolaire, Maxime reste hébété, presque fantomatique, devant les murs d’une école déjà peuplée de ses souvenirs. Il se sent se briser tout doucement, comme si l’effraction du présent par le passé lui nouait le cœur, l’emportait vers sa fin.
De même, à la fin du livre, combien de scènes mettent Maxime sur le fil ténu des réminiscences.
On sent combien Joiret, dans cette fiction assez apocalyptique (montée des eaux, déliquescence des structures), a donné beaucoup de lui-même, par l’examen attentif des strates d’une vie livrée à cette bascule des émotions et des autres.
Les relations filiales, les annotations historiques autour d’un Bruxelles ancien, les références mythologiques à Orphée/Eurydice signant de parfaites correspondances avec le couple Maxime/Hélène : autant d’ouvertures offertes par ce roman subtil, plus complexe qu’il n’y paraît, tant l’écriture aérienne et stylée allège son côté sombre. La légèreté procède aussi d’un beau découpage en chapitres, en trois parties mesurant exactement la progression dramatique d’une vie, de la naissance à la vieillesse annoncée.
Un bien beau livre, proustien à plus d’un titre. Joiret a traité Bruxelles et son Carré d’or comme Proust pose Illiers/Combray comme révélateur social et psychologique.

 

Philippe Leuckx

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