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Auteur : Martine ROUHART

Titre : SÉPARATIONS

Éditeur : ÉDITIONS DRICOT

Genre : roman

Date de parution : 2015

 

Séparations

L’écriture d’un roman dans la croyance populaire vaut schibboleth, ce qui à notre époque où l’enseignement est obligatoire, prouve pour la survivance dans l’inconscient collectif de la souveraineté du conteur.  Que si quelque romancier n’ayant point percé devenait quelqu’un en vue dans un autre domaine, on ne laisserait point de rappeler qu’il est l’auteur d’un roman qui bien que passé inaperçu augure de ses capacités.  Voilà qui est un peu bien arbitraire. Mais le conteur est un prince.   Quoiqu’il conte et de quelque façon, il fascine les peuples avides de légendes.  Cependant, le roman n’est pas un sonnet : il ne comporte pas de règles si ce n’est la règle de ne point ennuyer.  C’est ce qu’a très bien compris Martine Rouhart.  Aussi son roman est une réussite sur ce point.  Ce n’est pas le seul qui  plaide en sa faveur.  La construction en est très originale : douze chapitres qui se suffisent à eux-mêmes, tellement qu’on pourrait les prendre pour une succession de nouvelles, si elles n’étaient reliées entre elles par les personnages principaux, que l’on retrouve et perd de chapitre en chapitre, pour laisser s’avancer d’autres personnages qui deviendront centraux à leur tour.  N’en va-t-il pas de même dans la vie ?  Cependant, il y faut pour l’écrivain une grande maîtrise du récit.  Il s’agit de jeux de miroirs disjoints qu’il faut remettre ensemble pour obtenir une vue générale.  Cela dit, il y a de la rupture dans l’air. L’auteur s’en explique : « La vie n’est rien d’autre qu’une suite de séparations et de ruptures, et, ce qui revient au même, de nouveaux départs. Toutes nous séparent de quelqu’un ou de quelque chose, toutes nous renversent et laissent une trace.  Les liens qui se défont, les étapes naturelles de la vie, la maladie, la mort, sans compter les mutations dans le domaine de l’esprit sont autant de coupures ouvertes ».  Voilà pour la forme.  Pour le fond, chaque lecteur, comme toujours, s’appuyant de sa propre expérience personnelle, y verra ce qu’il veut voir.  Pour nous, nous y avons vu le reflet de ce que nous sommes : personnages errants jetés sans raison à la surface du monde et tâchant à se tirer du mieux qu’il est en soi de cette aventure.   Dans le courant des jours, nous sommes semblables à l’homme saoul de Montaigne qui se jette d’un côté à l’autre du chemin.
Au vrai, nous ne sommes responsables de rien : nous nous plions aux contingences, rendons aux caprices des autres, cédons à nos propres humeurs.  Nous sommes incessamment ballottés d’un antécédent à son conséquent.  Bien présomptueux qui prétend tenir la dragée haute au destin.  Mais cet argument n’est pas recevable pour les juristes dont Jean Giraudoux disait plaisamment qu’ils étaient plus poètes dans leur partie que les poètes en aveu dans la leur.  En conclusion, voici un très beau livre, d’un agencement original, traitant de sujets tirés de la réalité concrète, bien écrit, et qui par-dessus le marché donne à penser.

Marcel Detiège

 

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