Dernières parutions :

 

Auteur : Jean LACROIX

Titre : VICTOR HUGO À VILLERS-LA-VILLE, 2 SIÈCLES D'ART ET DE CULTURE

Editeur : ÉDITIONS ABBAYE DE VILLERS-LA-VILLE ASBL

Genre : essai

Date de parution : 2015

 

 

Victor Hugo à Villers-la-Ville, 2 siècles d'art et de culture

L’abbaye cistercienne de Villers, jadis haut lieu de la piété chrétienne, est devenue par les traverses de l’Histoire un haut lieu de villégiature, la proie idéale des touristes en mal de culture. Quand l’ASBL, qui veille sur ces mélancoliques ruines, décida de mettre sur pied une exposition, elle fit un choix heureux : ne prit-elle pas pour commissaire un érudit discret, musicologue renommé, spécialiste du plus grand poète français du siècle napoléonien, ancien directeur de la Maison de la Culture la plus vivante du Brabant, et depuis peu Président de notre AEB chérie, le souriant et talentueux Jean Lacroix ?

J’avoue, sans vergogne, ne pas avoir visité l’exposition, dont on loua la haute qualité dans la presse écrite, radiophonique ou télévisuelle, tant je répugne à tout effort physique et encore plus à croiser ces cohortes bariolées à l’inévitable appareil photographique ! Nos musées, autrefois réservés aux amateurs et connaisseurs du beau monde, attirent aujourd’hui les masses auxquelles on se pique de donner ce vernis de modernité instruite qui fonde la sociabilité à la cantine du Ministère des Polycultures : « Je suis allé au Zoo, mon mari adore voir les grands singes ! » déclare une secrétaire à une directrice, sa voisine, qui lui répond : « j’ai laissé mon mari avec les enfants et je me suis offerte l’exposition sur Victor Hugo à Villers-la-Ville ; tu peux pas savoir quel bien ça m’a fait… j’avais adoré Les Misérables ! J’ai même acheté le catalogue, super, pas cher, pour la fête de tante Cunégonde. »

Je n’ai pas acheté le catalogue, ayant l’esprit parcimonieux des pensionnés ; on me l’offrit.  Générosité qui s’avéra une bénédiction. Cet agréable présent meubla le rituel de plusieurs de mes jours : il enchanta mes déjeuners et mes méridiennes, m’instruisit à l’heure du thé, se substitua après le souper au concert retransmis en différé et même m’accompagna au water-closet, lieu sacré où se médite la fugacité des plaisirs gourmands.

Le catalogue, digne d’un essai, auquel Jean Lacroix a consacré des mois de labeur, est un chef-d’œuvre du genre : sur papier glacé est imprimé, en deux colonnes, un texte au caractère bien lisible et constellé d’illustrations en noir et blanc et en couleurs. Deux siècles d’art et de culture à Villers-la-Ville promettaient d’être aussi barbifiants qu’une dissertation académique sur les bâtisseurs de cathédrales, dormitif à ingérer en dose homéopathique ! Eh bien non ! Et c’est là le génie de l’auteur : il a su apparier la vastité de son savoir historique et littéraire à la langue simple et épurée du vulgarisateur. De ce fait, Jean Lacroix est un grand biographe. Avec juste intuition, l’auteur agrémenta son texte, si richement documenté, de citations pertinentes et d’anecdotes fascinantes ! Ainsi ai-je appris que le grand Hugo, malheureux de voir tant de graffiti sur une muraille, s’arma d’un ciseau et grava à son tour une impérieuse réprobation des vandales. Non sans plaisir, j’ai également appris qu’un certain Adolphe Hamesse, peintre bruxellois et bisaïeul de notre adorable vice-présidente, avait illustré le Guide de l’excursionniste d’Eugène Van Bemmel, qui consacre une dizaine de pages à l’Abbaye.

Outre Victor Hugo, outre les têtes couronnées ou en voie de l’être, on découvre parmi les visiteurs des ruines des gens de plume, tels qu’Eugène Landoy, oncle de Colette ; Camille Lemonnier, dont le cabinet fait la gloire de notre Maison ; Jenny de Tallenay, la traductrice de Heine ; Victor Watteyne, José Camby et Charles Gheude. A côté des littérateurs figure une cohorte de dessinateurs, de peintres et de compositeurs qui ont glorifié ces illustres vestiges. Gabriel Fauré mit en musique le poème de Victor Hugo : Dans les Ruines d’une Abbaye. La pièce de Verhaeren, Le cloître, fut jouée à Villers-la-Ville en juillet 1910 ; une paraphrase des Moines, écrira Stéphan Zweig, qui avait goûté ses sonnets précis et nets de contour.

En refermant le catalogue, je n’ai plus regretté mon indécrottable sédentarité ; mieux vaut un livre bien fait, bien écrit et bien illustré que des vitrines, trop éclairées ou pas assez, qu’une cohue, parfois bruyante, souvent odoriférante, qui vous presse à bâbord et à tribord et vous donne le mal de mer.

 

 

 

Jean-Loup Seban

 

Actualité littéraire

Partenaires

Contactez-nous

Pour tout commentaire ou demande d'information...

bot-mail

Siège Social

Maison Camille Lemonnier
Maison des Écrivains
chaussée de Wavre, 150
1050 Bruxelles
Tél. : 02/512.36.57