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Auteur : Rose-Marie FRANÇOIS

Titre : COURSE LENTE AVANT L'AURORE

Editeur : ÉDITONS MAELSTRÖM


Genre : récits

Date de parution : 2015

 


Course lente avant l'aurore

Révélée en 1985 par le beau récit d’enfance de guerre, « La Cendre » (Jacques Antoine), l’écrivaine hainuyère, aujourd’hui installée en province de Liège, traductrice de l’allemand, du letton, de l’italien, entre autres langues apprises, romancière, propose aujourd’hui, après une trentaine de livres de poésie et  romans, un ensemble de récits, écrits sous la bannière de la baguenaude, du voyage, de la découverte du monde. Depuis les années 1960 jusqu’aux dernières années (2011-2014), nombre de séjours à l’étranger ont nourri la plume de l’écrivaine belge.

Trente-huit récits de longueur variable font voyager le lecteur de la Belgique aux trois couleurs à la France proche, en passant par la Courlande aimée (et déjà mise à l’honneur dans d’autres livres), le Kurdistan, la Chine des années de rééducation forcée en terre paysanne, la Livonie, la Suède, les Pays-Bas…

La narration, parfois assumée par l’auteure, parfois par des personnages imaginaires sur base de faits réels ou réinventés, varie ses effets et donne lieu à des dialogues, à des échanges épistolaires, à des récits de voyages, à des anecdotes amplifiées, à des notes prises quasi sur le vif, à des séquences enregistrées lors de déplacements ferroviaires, à des histoires de rencontres, d’attentes, de visites, bref, des récits pour tous les goûts, avec un dénominateur commun, comment tirer parti de ces mots : voyages et compagnons de routes.

Dans le droit fil des « bourlingueurs magiques » (c’est moi qui propose cette appellation), que sont Cendrars, Lacarrière, Sansot (que l’auteur ne cite pas), Rose-Marie François tisse les mouvements d’une initiation culturelle, linguistique et conviviale, au fil des années de formation, à l’heure où les GSM, les portables n’avaient pas cours ni les compagnies low-cost, quand on partait sac au dos, quand on s’adonnait au stop, aux rencontres fortuites et aux aléas qui allaient parfois avec. Ce texte des voyages profonds, cette trame tissue de passé proche ou plus lointain (parfois l’image d’un grand-père ressurgi), cette leçon de choses vues au sens des philosophes anciens (à l’instar de Montaigne, à l’image des grands voyageurs observateurs du réel) sert de  véritable initiation, comme une clé approchée de la serrure, comme une façon de se glisser dans la grande Histoire en la maillant des toutes petites : ainsi, chaque silhouette, chaque scène vue, vécue, chaque mot de la langue de l’autre retenu, tout fait farine au moulin de l’écriture, précise, maîtrisée, parfois émaillée des « petites gloires », coquetteries de celle qui a lu, vu, su, connu avant les autres, comme ce passage où un poème annonce la Chute du Mur. Nous pardonnerons à l’auteure ces légères vanités.

Car  l’intérêt est ailleurs : l’écrivaine réussit à faire de ce livre la trace nourrie de rencontres, de cultures diverses, de langues nouvelles. Le lecteur apprend, sourit, s’émeut, s’interroge.

Bien sûr, certains épisodes, soit qu’ils relatent avec émotion des événements partageables, soit qu’ils recouvrent une part de passé auquel le lecteur peut adhérer, retiennent davantage. Ainsi,

le récit au Kurdistan, tout chaud de sensations, de culture en immersion, attise notre soif d’orient. D’autres, comme la longue relation avec Mons au coeur tisse vraiment les échanges de la romancière avec sa généalogie (sa grand-mère à la fin du XIXe) et sa passion de la traduction (l’écrivain autrichien Gerhard Fritsch en 1943 dans la cité du Doudou). Ou sa ferveur pour les échanges fortuits et nourriciers, dans les trains ou ailleurs.

En outre, la romancière avoue faire de sa vie une foison d’amitiés, qui ont laissé limon et souvenirs, dans un parcours riche, documenté, intellectuel, dans le réseau des langues et des paysages.

On recommandera ce livre classique – au bon sens du terme, écrit avec lisibilité, avec sa dose de culture et d’éthique – aux amateurs de voyages, bien sûr, mais aussi à tous ceux qui croient que l’amour des livres, des rencontres et du monde est une avancée majeure, « un don des morts »  (Sallenave) et des vivants à d’autres vivants, qui se nourriront d’eux, avec un plaisir infini, et l’âme de vive  reconnaissance.

 

Philippe Leuckx

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