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Titre : UNE LITTÉRATURE BELGE DE MÉMOIRE INTIME

 


Une littérature belge de mémoire intime

Plusieurs romancier(e)s belges de ces derniers temps jouent de la mémoire, du temps, des souvenirs, des traces comme d'un filtre romanesque.

Françoise LALANDE, Françoise HOUDART, Michel JOIRET, Caroline LAMARCHE, Françoise PIRART. Certes, dans des livres, qui brillent par leur spécificité, mais qui engrangent des pépites de temps, susceptibles de faire rêver le lecteur. Et de les hisser à un imaginaire, tout de mémoire et de temps.

"Le Carré d'or" de Joiret (MEO, 2015) consacre des pages de toute beauté à l'enfant qui se niche encore sous la peau, sous le front d'un avocat dépassé par les événements, éreinté, veuf d'une passion. Devant une ancienne école, l'enfant d'autrefois réapparaît et parle au présent à cet adulte prématurément usé par la vie dans une ville, dans une vie, dans un monde en déglingue.

"Chicoutimi n'est plus si loin" de Françoise Pirart (Luce Wilquin, 2014) joue sans cesse des temps intimes : 1996, aujourd'hui pour asseoir ses personnages et sa fiction, dans un Canada sauvage. Ce n'est pas seulement la narration qui l'impose, mais une volonté d'inscrire l'intime dans le parcours réel des personnages. La place de la mémoire de l'être choyé, perdu quand tout est appel à l'ému, à l'émotion. Et que tout semble dériver.

"La mémoire de l'air" de Caroline Lamarche (Gallimard, 2014) s'inscrit en totale correspondance avec l'intime rameuté par la passion, la rencontre, l'étreinte, le souvenir de l'amant dans ce contexte clos d'une chambre sensuelle et d'amour.

"Les profonds chemins" de Françoise Houdart (Luce Wilquin, 2014, Prix Plisnier roman 2014), nourri d'histoire intime (le talentueux et méconnu Victor Regnart, 1886-1964, et sa belle Marie), de peinture intimiste, de l'histoire tout court, celle des usages, des courettes boraines entre misère, pudeur, dignité, histoire d'un art difficile (peindre hors de la mode, sans la mode, à côté de la mode du temps, comme le suggérait Mounin, parlant du grand Saba de Gorizia), est un très beau roman de mémoire vive, où chacun peut retrouver ses bribes de mémoire d'enfance. Même si l'époque évoquée (les années du Prix de Rome 1907 aux grandes grèves minières de 1932) semble assez éloignée, elle nous touche de près comme le gris des courettes si souvent peintes par notre Regnart d'Elouges, comme l'air du temps et des sentiments, de cette relation du peintre avec son seul modèle, sa femme Marie, comme l'air du temps des voyages en train qui aèrent l'univers si reclus de Regnart, lui qui n'aime pas quitter son Elouges, sa Marie, son atelier, sa mère Célénie, qui n'aime pas les lampes "qui saignent" de Montparnasse (Aragon), et ses fausses gloires. Regnart, l'exact contemporain de l'ombrageux Anto Carte, de Louis Buisseret, l'ami d'Arsène Detry, préfèrera toujours rester en pays borain, ne pas connaître cette gloire parisienne, que son grand talent eût pu souhaiter. De Paris, il gardera toutefois le souvenir prégnant d'une certaine Kiki..

"Pourquoi cette puissance...Germain Nouveau" de Françoise Lalande (Luce Wilquin, 2015) convoque les années et les ambiances symbolistes fin de siècle pour construire en vrai le portrait d'un génial poète lui aussi méconnu, Germain Nouveau (1850-1920). La mémoire des uns, des témoins du temps, des autres, de jeunes fans en quête de leur idole, érige un tableau vraisemblable et poignant d'un personnage prompt à la dérive comme aux voyages et aux refus cinglants (se faire publier, par exemple). Le Pourrières natal (village varois) surgit avec ses miasmes. Le livre de Lalande, sans être nostalgique ni volontairement mélancolique, instille un bel air du temps, où se souvenir, où rameuter des traces vives.

Philippe Leuckx

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