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Auteur : Michel VAN DEN BOGAERDE

Titre : À voix basse

Editeur : éditions Le Coudrier

Genre : récit


Date de parution : décembre 2017

À voix basse

Demain, dans la petite voiture rapide, le paysage passera sans doute trop vite, tu n'auras pas envie de le regarder, tu n'aimes pas la vitesse, et ton appartement va s'éloigner de toi, et toi de lui, comme une armure que l'on quitte.   Ce qui sera difficile, c'est la distance qui va grandir entre ici et n'importe où, entre ce que tu connais et ce que tu n'as plus envie d'apprendre, parce que tu sais la vie, l'économie de la vie, l'économie du souffle, des mouvements.
Même les rêves, tu les conduis plus doucement, maintenant, en souplesse, avec le flux. Tu es content de t'être séparé de cette petite voiture, rapide comme les autres, qui te donnait mauvaise conscience à dormir dans le garage, que tu débridais encore de temps en temps, contre ton envie, en te souvenant plutôt de ton plaisir d'avant.
Avant, hors les murs, c'était du vrai bonheur de conduire la voiture. En vacances, par exemple, le sentiment d'allégresse commençait avec le premier tour de roue, tu aimais peut-être mieux le trajet que le but de ces escapades. Tu les multipliais, d'ailleurs, tu organisais volontiers des excursions d'une journée, tu faisais un peu pencher la balance de ce côté-là.
Mais à présent, tu ne conduis plus, tu ne sors plus, tout te paraît trop rapide.
La seule rapidité que tu supportes encore, c'est celle qui s'étale sur l'écran du téléviseur, réduite, limitée dans son champ, annulable à la demande, au moindre énervement.
Le médecin perd confiance, c'est sûr, elle ne sait plus quoi dire qui soit de l'ordre de la certitude, elle a besoin d'analyses pour affiner son diagnostic, les proches la comprennent, c'est évident, que faire aujourd'hui sans analyses, sans hôpitaux universitaires, sans endoscopies de toutes sortes ?
Et hier ? Quand la vitesse était encore un concept qu'on pouvait appréhender ? Et le doute ? Est-il encore des modes de pensée ? Ou doit-on le cacher comme une maladie honteuse, comme on cache aux vivants le corps de ceux qui ne le sont plus, comme une chose qu'il est préférable de ne pas voir, dont il est préférable de ne pas se souvenir, la contagion de la mort, peut-être ?
On a fait des progrès : quand tu étais enfant, pendant les vacances, tu jouais avec tes amis de la campagne, qui allaient pieds nus l'été, en sabots fourrés de paille l'hiver.
Mais la mémoire ne sert à rien de pratique. C'est la fin du vingtième siècle, il faut que tu passes par toutes les machines, c'est un espoir aussi vieux que l'homme, celui des rites qui retardent la mort, et leur évidence est manifeste dans ces lieux aseptisés pleins d'outils, pleins d'espoirs électromécaniques.
Pleins aussi de mourants en sursis, pleins de cette commisération, de cette philosophie  particulière qui aide à ne plus lutter, par quoi la mort, souveraine, reprend à senestre ce que lui confisque la dextre.

"Un dialogue poursuivi après le décès de mon père, quoi de plus normal!"

Sa voix même est dans la mémoire et nous avons discutté pendant plus de quarante ans".

De la longue conversation de vie entre un père et son fils complices, la mémoire prolonge ici le dialogue sensible et lucide. L'auteur revisite de vieilles photos des années 40 et 50 (il n'apparaît d'ailleurs dans cet album qu'à l'état de bambin) et dialogue avec ce père tant aimé et maintenant disparut. Cette plongée heureuse dans les souvenirs familiaux est émaillée d'apartés ("tu te souviens, papa?") où il se remémore des anecdotes vécues beaucoup plus tard. La deuxième partie du livre s'intitule "mourir est le dernier désir" et évoque la fin de vie du père, son transfert à l'hôpital, ses renoncements progressifs à ce qui faisait sa vie, sans pathos, juste une lassitude.

Un récit poignant

ISBN 978-2-9304-9885-0 *  * 22 €

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