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Ode à Joiret - 11 janvier 2018





C’est un moment important qui nous attendait en cette soirée des lettres du 11 janvier 2018. On ignorait toujours pourquoi la présentation de l’œuvre d’un de nos piliers de l’AEB, Michel Joiret en l’occurrence, s’intitulait « Ode à Joiret ». Bien vite, Renaud Denuit, l’orchestrateur cette soirée, nous révèle que le nom même de notre invité, qui comprend le mot Joie, l’avait inspiré. Et de façon très imaginative, au son de l’Ode à la Joie de Beethoven, les deux récitants Gilberte Eulaerts, Alain Miniot et Renaud Denuit lui-même ont fait défiler dans l’assistance les livres de Joiret : le parcours de toute une vie dédiée à l’écriture. Cela a pris un certain temps… il y en plus de trente ; mais la musique de Ludwig a transfiguré cette séance en un moment grandiose.

Michel Joiret que l’on sentait très ému, lui dont on connaît la retenue, a pu enfin prendre place auprès de son ami et présentateur.

Le hasard n’existe pas, c’est bien connu. Lorsque notre auteur s’est vu demandé de choisir à l’aveugle (et vraiment, on lui avait bandé les yeux à ce moment) un livre parmi ceux qui couvraient la table, par on ne sait quel miracle, il a sorti du lot « Leila », son premier roman. Nul autre livre n’aurait pu mieux introduire cette soirée.

Le premier roman est toujours difficile, nous dira Joiret. Et lorsque l’éditeur Jacques Antoine se propose de l’éditer, il lui impose également une relecture, quelques corrections et le choix du titre, qui, soit dit en passant veut dire : les douceurs de la nuit. On imagine la réaction quelque peu froissée du jeune auteur ; mais très vite il se rendra compte du professionnalisme de ces exigences.

On n’imagine plus aujourd’hui à quel point dans ce passé pourtant proche la sortie d’un livre pouvait être une fête. Leila, où Joiret nous parle de son expérience de vie en Tunisie, connut un accueil par la presse et les médias télévisuels extrêmement positif. Ce fut, nous dit Michel Joiret, avec beaucoup d’humour, la première leçon de vie. Cette leçon était : le succès est éphémère. Les futures éditions ne seront donc pas une suite de fêtes sublimes. Dans toute la maturité et la conscience que l’on connaît à notre auteur, il a pu nous dire que la chute fut rude mais qu’elle permet de tirer des conclusions constructives.

Renaud Denuit a ensuite aiguillé ses questions sur la vie familiale de Michel Joiret, qui a ainsi évoqué les souvenirs de son père, Rupert, peintre du dimanche, et de sa mère dont les seuls instants de bonheur ne se vivaient qu’au moment où elle jouait du piano. Le rapport avec l’art et la beauté a prit naturellement une grande place dans le parcours de l’écrivain. N’avait-il pas noté sur un mur de sa chambre ce mot de Camus : « Je ne peux pas vivre sans la beauté, c’est ce qui me rend faible par rapport à d’autres ».

« L’écriture est ma respiration ». Ces mots ne peuvent faire preuve de plus d’engagement. Pourtant le parcours d’une vie ne se cantonne pas à la création artistique. Michel Joiret qui a serré dans son enfance la main de Michel de Ghelderode—et ce n’est pas anodin de naître dans un environnement qui permet cela—nous rappelle que le théâtre fut son premier contact avec le monde créatif ; mais il nous rappelle aussi que nous ne sommes que de simples humains en proie aux vicissitudes de nos tempéraments. Nous avons donc pu nous passionner à la description des disputes, et en fin de compte de la brouille, entre le père de Michel Joiret, auteur dramatique amateur, et Michel de Ghelderode. Ce dernier avait plus de talent, cela explique l’animosité de mon géniteur, rira notre invité.

Ainsi, parallèlement à son goût croissant pour la poésie, une rébellion envers son environnement familial va s’installer. Il faut savoir que sa mère va se remarier et qu’un conflit inévitable avec le beau-père, un militaire de carrière qui le rendra franchement antimilitariste, s’instaurera : « La première image que j’ai reçu du monde est une image de désordre ! Mon père hurlait, ma mère pleurait ! C’était abominable ! ». Un curieux mensonge aussi est à signaler ; on expliquera à l’enfant—futur écrivain, on va comprendre pourquoi—que les bruits qu’il entend la nuit, en fait des bombardements sur Bruxelles, sont des feux d’artifice. Comment, dans de telles circonstances, ne pas se construire une révolte et un imaginaire propice à la création ? Les belles œuvres doivent-elle donc se construire sur des drames et des dissimulations ? Il est bien terrible de devoir répondre que oui.

Michel Joiret va donc souhaiter être autonome financièrement et enseignera bien vite. Il écrira aussi ses premiers poèmes et côtoiera les milieux lettrés de la capitale, notamment Le Grenier aux Chansons où il rencontrera des êtres animés des mêmes aspirations que lui ; nous ne citerons que deux noms : Pascal Vrebos et Jacques De Decker. Parmi les anecdotes touchantes, nous pouvons évoquer celle de Maurice Carême qui un jour a sonné à sa porte en lui disant : « Je viens d’écrire un poème dans un parc Astrid, je suis venu te le lire ». Et là, sur le pas de la porte, Joiret a écouté avec la plus grande attention, alors que les gens allaient et venaient, un très beau poème de Carême tout fraichement écrit. Nous le disions, comment rêver meilleur environnement ?

Michel Joiret va abandonner après quelques recueils les vers réguliers en faveur du vers libre ; mais il nous dira que si formellement il s’est éloigné de l’emphase de ses premiers écrits, les thèmes liés à un certain romantisme sont encore présents. D’ailleurs, avec le temps, la problématique du genre s’est effacée. La poésie se trouve dans tout écrit intense ; dans le théâtre, dans le roman ; les dernières lignes du Voyage au Bout de la Nuit de Céline le prouvent. L’écriture est passionnante, pourquoi faire des distinguos ?

Si à 18 ans on se prend pour Rimbaud, la vie, elle, avec ses nombreuses expériences, suit son cours. Le choc culturel du départ vers la Tunisie n’est pas des moindres. La perception du temps, en particulier, est toute différente dans le nord de l’Afrique ; surtout quand cette confrontation est vécue par un jeune Bruxellois de la petite bourgeoisie ; le mot Urgent n’existait pas. Cette longue initiation tunisienne imprimera une profonde marque sur le parcours du jeune écrivain.

La véritable vie c’est la littérature, a dit Proust. Michel Joiret ne peut que faire sienne cette déclaration. Après ses premiers poèmes, son premier roman, l’initiation tunisienne, une vie entière, en plus de trente livres, allait s’écouler. Nous ne pouvons que vous engager à vous plonger dans cette œuvre riche.

Comme il est difficile d’en citer un seul extrait, voici la première strophe, du premier texte, du premier livre de Michel Joiret :

Je me sens bien plus vieux que toutes les légendes,

Assagi comme l'aigle aux portes de l'histoire,

A tous ceux qui demain ouvriront ma mémoire,

Ce n'est qu'un sang trop mûr que je laisse en offrande.

Carino Bucciarelli

 

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