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Auteurs et autrices, le point final ?

Dans les discussions relatives aux aides dont pourra bénéficier le monde de la culture afin de compenser les dégâts immenses produits par le confinement, les auteurs et autrices et les projets artistiques réclament une attention nouvelle de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Laurent de Sutter et Caroline Lamarche font le point dans une lettre ouverte que Bela vous invite à cosigner.

 


Depuis plusieurs semaines, le monde du livre est totalement paralysé. Les librairies sont fermées, les maisons d’édition à l’arrêt, les distributeurs et les diffuseurs ont cessé toute activité. Ce qu’on appelle la « chaîne du livre » ne fonctionne plus. Cette situation inouïe dans l’histoire de la culture a d’ores et déjà provoqué des dégâts financiers considérables. D’immenses quantités de livres ont, du jour au lendemain, perdu toute chance d’exister, à l’intérieur d’une économie aussi importante que fragile – mettant ainsi en péril nombre de petites structures. On connaît les chiffres : les industries culturelles et créatives représentent à peu près 5% du PIB de la Belgique, et emploient quelque 250 000 personnes pour un chiffre d’affaires entre 40 et 50 milliards d’euros. Dans le seul secteur du livre belge francophone, les premières estimations des pertes s’élèvent déjà à 50 millions de chiffre d’affaires chez les éditeurs et 30 millions chez les libraires.

On l’a répété, aussi : la culture, aujourd’hui, pèse davantage dans l’économie que le secteur de la construction, que celui de l’automobile, que la totalité du sans but lucratif – et la « chaîne du livre » y est le premier acteur, devant le cinéma, la mode, le design, le théâtre. S’il est heureux que les pouvoirs publics aient pris conscience des dégâts que risque de supporter cette économie, capitale pour la richesse du pays, et cherchent des moyens d’en atténuer les effets pour la totalité de ses acteurs, libraires et éditeurs au premier chef, il y a une catégorie qui est en passe d’être ignorée, malgré les belles déclarations de principe : celle des auteurs et autrices professionnel·le·s.


Écrire est un travail

On l’oublie trop souvent : écrire est un travail. Même si de nombreux auteurs et autrices explorent leur passion pour l’écriture, le scénario ou le dessin à côté d’un emploi à temps plein, à temps partiel, ou tout en se trouvant au chômage, « fournir du contenu » à la « chaîne du livre » relève de l’activité professionnelle.
C’est encore plus vrai pour ceux et celles, plus nombreux·ses que ce qu’on imagine, qui gagnent intégralement leur vie comme auteur ou autrice – que ce soit de manière directe, par la vente de leurs ouvrages, ou, de manière plus large, par leur participation à la vie culturelle. Rencontres en bibliothèque, conférences, animations, festivals, salons, visites à l’école, mais aussi bourses, prix, adaptations pour d’autres médias, publications dans la presse, travaux éditoriaux divers sont pour la grande majorité ce qui permet de boucler les fins de mois. Depuis l’installation du confinement, les plus importantes de ces activités, celles concernant le public, ont été suspendues, plongeant de nombreux·ses auteurs et autrices dans une situation inextricable – puisque non seulement leurs livres ne se vendent plus, mais les possibilités de compléter leurs revenus se sont évanouies aussi.
Cela signifie, pour les auteurs et autrices professionnel·le·s, vivant pour l’essentiel de leurs droits d’auteur (lesquels, faut-il le rappeler, ne donnent pas accès au chômage ni à la pension), que leurs revenus ont été réduits à zéro – à rien, à pas un euro.


Loin des yeux, loin du cœur

Dans une société qui se flatte de soutenir avec plus ou moins d’énergie toutes les catégories de la population, et face à une situation d’urgence requérant le déploiement de moyens exceptionnels, les auteurs et autrices, sans lesquels il n’y aurait pas de livre du tout, ne voient rien venir. À l’instar de la plupart des « freelances » de la culture et des médias, ils ne bénéficient à ce jour d’aucun dispositif d’aide, au contraire de la France ou de l’Allemagne, où il en a été fait une priorité. Certes, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles dispose d’un fonds de crise de 50 millions d’euros, dont 8,4 ont déjà été affectés aux institutions culturelles et aux employeurs subventionnés (théâtres, centres culturels, producteurs, etc.). Il est prévu que les artistes qui en dépendent doivent être rémunéré·e·s par les subventions dont bénéficient ces institutions, augmentées le cas échéant des apports du fonds de crise. Cela est aussi juste que louable.

En revanche, rien n’est prévu pour les secteurs et les situations où un créateur ou une créatrice travaille sans employeur. Certains calculent que le fédéral pourrait s’en charger, par le recours à une sorte de chômage ou de fonds « passerelle » ; la Flandre, elle, a préféré débloquer 200 millions d’euros pour régler la question elle-même. Telle est la situation des autrices et auteurs en Fédération Wallonie-Bruxelles : la logique des discussions en cours conduit à les placer « en bout de chaîne », alors qu’ils en sont le plus souvent les initiateurs et initiatrices – et aussi les acteurs et actrices les plus fragiles. Ce silence les laisse dans une situation d’expectative quant au fait de savoir si, purement et simplement, ils pourront manger dans quelques semaines, dans quelques jours.

Qu’on s’entende bien : les auteurs et autrices ne réclament pas l’aumône. On l’a dit plus haut : ils travaillent, et d’arrache-pied, à leur contribution, gigantesque, à la richesse nationale. La seule chose qu’ils demandent aujourd’hui, c’est que ce travail soit reconnu à sa juste valeur, et que, comme toutes les autres catégories professionnelles frappées de manière prioritaire par la crise, ils soient aussi traités de manière prioritaire.

 

Une carte blanche parue dans Le Soir +, à retrouver également sur le site de la Scam.

 

Premiers signataires

Laurent de Sutter, Caroline Lamarche, Adeline Dieudonné, Vincent Engel, Véronique Bergen, Isabelle Wéry, Thomas Gunzig, Renaud Maes, Myriam Leroy, Stéphane Lambert, Geneviève Damas, Yves Namur, Sara Doke, Nicolas Vadot, Anne Casterman, Xavier Löwenthal, Colette Nys-Mazure, Benoît Peeters, Nathalie Skowronek, François Schuiten, Yslaire, Cyril Elophe, Victoire de Changy, Yves Sente, Pascale Fonteneau, Gilles Dal, Emmanuèle Sandron, Didier Swysen, Paola Stevenne, Guy Servais, Françoise Wuilmart, Olivier Saive, Christine Van Acker, Bédu, Corinne Hoex, Luc Van Linthout, Serge Dehaes, Vincent Mathy, Jean-Yves Delitte, Eva Kavian, Miroslav Dragan, Marc Hardy, Bernard Frumer, Laurent Demoulin, Pascal Leclercq, Karel Logist, Noëlle Michel, Jean-Luc Outers, Laurence Vielle, Isabelle Rey, Emmanuelle Bonmariage, Johan De Moor, Jérôme Le Maire, Laurence Rosier, Didier Chardez, Geneviève Bergé, Marco Paulo Renier, Guy De Decker, Philippe Turck, Milady Renoir, Katia Lanero-Zamora, Céline de Bo, Nina Toussaint, Dany, Barbara Sylvain, Edgar Kosma, Stefan Liberski, Abel Carlier, Alain Cofino Gomez, Charline Lambert, Louis Sbille, Elsa Poisot, Fred Castadot, Olivier Magis, Elisabeth Debourse, Marie Wabbes, Pascale Toussaint, Ana Ayanoglou, Miguel Diaz Vizoso, Clotilde Delcommune, Patrick Delperdange, Catherine Meeùs, Philippe Bailly, Fabienne Blanchut, Titanne Simmons, Yves Depelsenaire, auteurs et autrices.

 

Et vous ?

Bela soutient la démarche de Laurent de Sutter et Caroline Lamarche, qui souhaitent obtenir le maximum de signatures, et appelle ainsi les auteurs et autrices à cosigner cette lettre ouverte.

Pour ce faire, merci de bien vouloir envoyer votre nom (ou nom de plume) avec la confirmation que vous souhaitez cosigner la lettre à l'adresse This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it .

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