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16 Mars 2011

456e Soirée des lettres –Mercredi16 février 2011

VINCENT DUJARDIN, Nouvelle Histoire de Belgique, éd. Complexe. Présentation par France Bastia.

En présentant Vincent Dujardin, France Bastia insiste sur sa présence médiatique : même son coiffeur l’apprécie, lors de ses apparitions à la télévision…

Le présent ouvrage fait partie d’une série de neuf livres, consacrés à l’histoire de Belgique de 1830 à nos jours.

La série, nous dit Vincent Dujardin, a été composée par douze historiens de diverses universités, tant Flamandes que francophones. La coordination de la collection résulte d’une collaboration entre lui-même, Mark Van den Wijngaert, Emmanuel Gérard et Michel Dumoulin. Presque toutes les universités sont représentées dans ce comité.

France Bastia lui demande alors comment le travail a été réparti.

En ce qui concerne l’ouvrage La Belgique sans roi, ma propre contribution, reprend l’auteur, concerne la régence. Il faut noter que chaque historien a bénéficié d’une liberté totale dans la réalisation de son travail. Mais la collection est conçue comme histoire politique, économique et sociale, ne traitant des problèmes culturels que quand ils revêtaient une importance sur le plan politique.

France Bastia : la réaction de la reine Elisabeth et de la princesse Lilian face au Testament politique est bien mise en valeur, alors qu’il était peu connu…

Vincent Dujardin : Le Testament politique du roi a joué un rôle capital dans son abdication. Il a été rédigé alors qu’il craignait d’être déporté ; il était destiné à servir de guide au monde politique pendant son absence. Selon ce texte, les ministres de Londres devraient d’abord présenter leurs excuses avant de pouvoir exercer de nouvelles fonctions. D’autre part, il prenait ses distances quant à la livraison de l’uranium du Congo aux Américains. Cela sonna le glas de la sollicitude du président américain envers la famille royale belge alors qu’il avait proposé avant la guerre d’accueillir les enfants royaux à la Maison blanche. Léopold III devint pour les Américains un homme à écarter.

Elisabeth et Lilian s’inquiétaient aussi de ce texte. Elles envoyèrent la jeune princesse Joséphine-Charlotte en brûler un exemplaire et la reine Elisabeth dira au comte Capelle, secrétaire du roi, que ce texte, probablement inspiré par le général Van Overstraeten, avait été écrit au sabre. Il est à signaler, d’autre part, que les carnets de guerre du roi n’ont jamais été publiés.

A propos du second livre L’union fait-elle toujours la force, rédigé avec Michel Dumoulin, Vincent Dujardin revient sur les causes des problèmes communautaires.  Il relève notamment que la maladie du fédéralisme belge était est antérieure à la première réforme de l’Etat. La scission progressive des partis politiques, à partir du Walen buiten, selon des critères linguistiques, a favorisé la création de deux opinions publiques distinctes, au nord et au sud. Le fédéralisme qui s’est mis en place était un véritable fédéralisme de séparation, sans que puissent jouer des forces centripètes, mais avec multiplication des élections. Le nationalisme flamand est devenu sur le plan politique plus fort que jamais, la dispersion de  la Volksunie entre les différents partis lors de sa disparition en 2001 n’a fait que le renforcer davantage encore.

Les comparaisons avec la Tchécoslovaquie ne sont pas pertinentes. Un fédéralisme à deux, c’est plus compliqué qu’à quatre ou cinq. Bruxelles, quatre fois capitale est devenu cauchemar des unitaristes, mais aussi des séparatistes. L’Europe a sa place dans nos préoccupations, et le sort de la Belgique concerne aussi l’Europe.

Un exposé très clair, très fouillé : Vincent Dujardin joint au souci du détail, à la précision dans la recherche des sources, à une grande ampleur de vue sur toute la période actuelle, sans qu’il se perde pour autant dans des considérations trop générales. Et son diagnostic ne paraît, hélas, que trop réaliste. France Bastia a bien su mettre en lumière ces qualités de l’auteur.

 


 

ANNE BONHOMME, Exercices, poèmes, éd. Le Coudrier. Présentation par Joseph Bodson.

Anne Bonhomme a reçu le prix Nicole Houssa à Liège ; de plus, elle a été lauréate du prix Emma Martin de l’A.E.B. voici deux ans.

Nous entrons directement dans le vif du sujet avec la lecture de la seconde partie du recueil, intitulée Des mots, par Anne Bonhomme elle-même. Une voix posée, égale, mettant remarquablement le texte en valeur ; l’émotion est sous-jacente, mais elle affleure partout.

Le présentateur note la présence constante, en ce recueil, comme dans Ici là-bas, publié il y a deux ans, de peuples dits « primitifs » : les indigènes des îles Andaman dans Ici Là-bas, ceux de Patagonie, des Philippines ou des îles Aléoutiennes dans le présent recueil. Présence aussi de nos ancêtres, les premiers hommes. Présence enfin, en nous, au plus secret, de la poésie, qui est apparentée à ces mondes-là. C’est le sens profond de ces quelques vers révélateurs, sous le titre
D’un immense amour perdu :
les mots sont nés
d’un immense amour perdu
et de la douleur
du pouvoir magique
de la fiction

(Anne Bonhomme a perdu son époux voici trois ans).

Importance aussi, dans cette perspective, du poème sur le silence, dédié à Lucien Noullez. Le présentateur évoque, à ce propos, le trajet souterrain des rivières, et les résurgences, que l’on peut comparer à cet acheminement des images, pour que naissent les mots, le poème.

On en vient alors à la première partie du livre, Des peintres, dans laquelle sont évoqués trois peintres : Olivier Debré, Antoni Tapiès, Sam Francis. C’est surtout de Tapiès qu’il sera question ici, qui marquait son opposition au fascisme en recueillant, au pied du mur où les fusillés avaient été exécutés, les traces menues, sang et poussière, de leur passage. Ici aussi, c’est bien de surmonter la mort et l’oubli qu’il s’agit, Du point tendre du cœur. Quant à Olivier Debré, c’est la Loire qu’il évoque, ce large  fleuve dont les berges se perdent quand les eaux sont hautes, et sa peinture ne va pas sans évoquer ce vaste courant, cette coulure bleue, dans laquelle nous nous perdons et nous trouvons à la fois.

On terminera en évoquant les beaux dessins de Cathy Devylder, parfaitement adaptés au texte, et la remarquable présentation que leur a consacrée Adolphe Nysenholc.

 


FRANÇOISE HOUDART, L’Amie slovène, roman, éd.Luce Wilquin. Présentation par Isabelle Bary.

Son treizième roman, annonce Isabelle Bary ; un roman qui lui a mis les larmes aux yeux lors d’une présentation qu’elles ont faite ensemble…[i]

Une quête de vie, une quête d’amour dans un pays en voie de révolution. Laura veut partir en Slovénie pour y rejoindre Ivan qu’elle aime, qu’elle veut épouser. Elle va essayer d’oublier son ancienne vie, et, de Laura, deviendra Lara. Mais elle gardera le contact avec son amie Sarah.

Suit la lecture, par Françoise, du passage sur les Retrouvailles.

Isabelle Bary signale au passage que Françoise a réellement vécu ces retrouvailles. Elle a attendu 35 ans pour les livrer à l’écriture, tant ce qui compte, en écriture, c’est l’espace et le temps.

Le roman d’une vie, enchaîne Françoise Houdart, les personnages sont inspirés par la vie de deux personnes, Françoise  et Laura. C’était le temps – en 1976, quand elle est partie – de Peace and Love, les années de licence, les jeunes filles libérées. Partir pour quitter l’Occident…Mais dans la Yougoslavie de Tito, elle, de père italien, va se sentir loin de l’imaginaire de sa vie. Il n’empêche que le lien est resté constant.

Elle évoque à ce propos la dédicace qu’elle vient d’écrire pour Jean Dumortier : Qu’est-ce qu’un lien ? Il suffit d’une voix au téléphone pour que ce lien se ravive. Même en se téléphonant tous les six mois : Que faisais-tu hier ?...A demain.

Et puis le moment vient où quelque chose se fait plus urgent, où l’une des deux tire plus fort sur le lien. Je la vois, mais je me vois. Je me reconnais dans son visage.

Isabelle Barry : Sarah lui dit : Tu fuis. Laura répond : Je me sauve. Je sauve ma vie.

Françoise Houdart : Mon premier roman, La vie couleur saison, c’était le thème du départ. J’en ai repris cette phrase, qui m’est toujours restée.

Il s’agit en fait d’un amour impossible, d’une mère qui ne peut pas l’aimer. Elle veut devenir une autre personne, et part sur les traces de sa mère.

Isabelle : La langue est importante, essentielle dans l’apprentissage d’une culture.

Françoise : La patrie, c’est la langue. Une langue pour aimer. C’est par la langue que ce peuple a développé l’esprit d’indépendance. C’est ainsi que l’exécution de l’hymne national slovène, un texte de Frans Prešeren, a soulevé une intense émotion lors de la proclamation de l’indépendance : à minuit, en 1991, tout le monde le chantait, lors du départ de l’armée serbe de Ljubljana.

Words…words…words : bien sûr, Hamlet avait raison. Qu’il s’agisse des mots d’un roi, en des circonstances difficiles, qu’il s’agisse des mots du deuil  ou du retour à la vie, des mots de la séparation ou des retrouvailles, nous en sommes tous là, portant dans notre tablier, comme le Semeur d’autrefois sur la couverture de nos cahiers, les germes étranges de ces étranges semailles. Nous en sommes responsables, comme on est responsable d’un enfant qui va naître.

 


 

[i] Pour ceux qui attribueraient encore les larmes à la faiblesse de l’âme féminine, rappelons la belle citation de Germaine Beaumont : Les vrais hommes sont ceux qui pleurent parfois et qui aiment les sucreries.

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