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Les livres - avril 2011

Corinne Hoex Juin, poésie
Editions Le Cormier, 2011


Des ombres anciennes poursuivent Corinne Hoex, pourchassant en écriture les moindres recoins de son âme, mais ici point de présence lancinante, point de papillons épinglés sur papier glacé, ici le souvenir prend ses distances avec la cruauté, il se veut délice, gourmandise, jubilation.

Une présence première devient l’adorée, la perdue qui revient, recouverte de mots de tendresse, prêtant ses formes et ses couleurs aux images les plus belles, les plus touchantes, les plus fortes.

c’est toujours juin
quand tu es là
une minute de juin
un instant d’existence
absolue
juin
et avec toi
les cerises luisantes
et sous l’arbre ton rire

Hoex ressuscite avec délice et ferveur ces instants arrêtés, instantanés d’émotion pure, et avec quelle sincérité, quel ressenti elle nous les donne à goûter :

dans l’herbe
ton journal ouvert
sur le ventre
fait la sieste
un bruit de papier froissé
la chatte aux pattes blanches 

Nous nous promenons ensemble et humons ses images d’éternité.

Parc Astrid
un banc dans une allée
une odeur de bois peint
chauffé au soleil 

L’aimée est là, tout au long de ces pages de ferveur, belle, réinventée, éclatante, on entendrait presque son rire heureux et reconnaissant.

devant ton jeu de cartes
tu fais des réussites
toujours des réussites 

Ce recueil est sans doute le plus beau, à ce jour, le plus touchant et le plus vrai du poète, il est joie d’enfance, émotion pure, il chante une chère présence disparue.

Le talent de Corinne Hoex n’a jamais été aussi éclatant             

 

Anne-Michèle Hamesse

 


 

Anne Bonhomme,  Exercices, poèmes,
éd. Le Coudrier, Mont Saint Guibert 2011


D’emblée, Anne Bonhomme nous prévient : Je me suis décidée/mais ai-je décidé/de sombrer dans/ce tableau/ « Longue Bleue coulée de Loire »/ d’Olivier Debré. Conquête de l’arbre, de l’espace, par le fleuve en longue coulée : fusion, plutôt, peinture dans laquelle on sombre, on coule soi-même, on se perd. Une eau lourde, douce, changeante. Une sorte d’oubli, de perte de soi ? Mais pour retrouver les rythmes essentiels.

Seulement se laisser couler, rouler au profond ventre de la terre. Question de patience. Non pas un chemin que l’on se trouve : il s’agit seulement de retrouver le chemin suivi par le peintre, et de s’y fondre. Avec le relai des dessins, cette longue coulée, même. Retrouver le grand cœur qui bat, ses pulsions, ses pulsations. Une « plénitude surgie/avec le ciel ».

C’est que le peintre/en nous/rencontre le désir. Si bien que le tableau est en nous/nous sommes le/tableau l’eau/sans source ni fin/elle. Non pas une sorte de panthéisme, simplement la sensation, plus que le sentiment, d’être part, d’être pareille. Une fine cloison qui permet le passage, l’osmose. Et la plénitude, le vide en nous qui devient le plein, il n’y a plus ni dedans ni dehors. Ce que peuvent dire, avec leurs pauvres moyens, nos peu de mots.

Vient ensuite un poème, Patience, Tapiès arrive… paru dans un précédent recueil, Triptyque. Nous y retrouvons la ligne, la trace, mais ici, effet du hasard, du graffiti, de la pluie, et non plus force du fleuve alliée à celle du peintre. Allusion très claire : la grande croix du fascisme. Et puis, en plein midi, cette vision des « femmes avec de grands landaus/…blanches sous le ciel clair/et les perles ouvertes d’un/pays frais et mystérieux/dans leurs yeux/les objets du désir/en silence dérivent…Les couleurs, ici aussi, jouent un rôle très important : blancheur du plein midi, bleu d’un pays idéal. Et nous retrouvons cette idée, que notre monde n’est pas le monde réel, que notre vrai pays est à découvrir, et que nous y accédons de temps à autre par la grâce de l’art. ton cœur ébloui largue/ses amarres/ tu pars.  

La seconde partie, Des mots, débute précisément par une évocation de la Patagonie. Les mots nés dans une île, une concrétion du cerveau entre les deux yeux : une origine un peu parallèle à celle des couleurs : ils sont nés à la fois d’un pays lointain et sauvage, et de la plus secrète intimité. Il y a un lien entre les deux, réel, mais qui n’est pas perceptible à première vue. La suite évoque leur légèreté, et les relie à tout un contexte de folklore, de coutumes primitives. Ce ne sont pas des abstractions, mais bien des êtres vivants ; mais ils sont eux aussi chorégraphie de l’éphémère : pour les mots comme pour les couleurs, on se heurte à la barrière de notre condition temporelle. Et dans nos rêves/éveillés/danseurs fragiles : insistance encore une fois sur leur légèreté, leur fragilité, et aussi leur parenté avec le rêve, un monde moins conscient, où les obstacles disparaissent. Avec une sorte de parenthèse, le poème sur le silence, dédié à Lucien Noullez.

Nous sommes ici dans le monde des mythes, dans les tentatives d’explication du plus grand des mystères, qui hante notre esprit comme celui des primitifs : la douleur, la mort, la conjuration. Tout grand poète est, lui aussi, dans une mesure plus ou moins grande, mythographe, interprète d’un langage caché. Et c’est explicité plus longuement dans le texte suivant : ils lisent lentement/le corps. Et elle nous dit, p.55 : c’est le seul moment où/ je ne suis pas inquiète…les mots me recomposent/m’induisent me/façonnent/je suis là. L’écriture est ce qui nous rassemble, en un monde mouvant où tout fuit et s’enchevêtre. L’inquiétude née de la perte, les mots, miraculeusement, la font entrer dans un ordre.

La langue du poète, comme la langue des primitifs, crée les mythes, explique le monde, sa beauté, son vide, la souffrance qui en naît, le bonheur d’exister, qui vient nous saisir à l’improviste, quand nous prenons part à la création.

Il resterait à dire bien sûr beaucoup de choses, à propos des images, de leur récurrence, du rythme et de la mélodie de ces textes, faits de brusques arrêts, de repentirs, de retours en arrière : ceux d’une pensée qui se cherche, bute parfois sur un mot, demande le temps de réfléchir. Ou bien met en exergue un mot isolé. Tout cela lié à ce que nous avons dit précédemment, concrétisant ce mouvement de flux et de reflux, de souffrance et de bonheur, de vide et d’espérance.

 

Joseph Bodson   

 


 

 

Anne Richter  La Grande Pitié de la Famille Zintram
éditions L’Age d’Homme, collection La Petite Belgique, Lausanne 2011


Le rayonnement de ce livre avait pâti des déboires d’un éditeur belge en fin du siècle précédent. Cette fois la maison d’éditions helvétique a donné à cet ouvrage une nouvelle naissance au cœur d’un plan plus large qui comprendra la fiction complète d’Anne Richter. Dans cette entreprise citons déjà Le fantastique féminin : un art sauvage (essai).

Mais venons-en à ce recueil de quinze nouvelles qui se trouve sur notre table de travail.

Je regrette de ne plus me trouver dans un cours de français ou de littérature pour initier les élèves ou les étudiants à l’œuvre de notre consœur, fille de Roger Bodart.

Etudier ce style fantastique d’Anne Richter, ancienne présidente des Midis de la Poésie, vaut vraiment la peine. Il suffirait de citer à ce propos Jacques De Decker, secrétaire perpétuel de l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises.

Arrêtons-nous à quelques caractéristiques. Quelle rigueur dans la construction architecturale de chaque nouvelle ! Recherchée ? Non, pas du tout ! Plutôt une évidence qui s’impose, mais avec les détours qui séduisent. Puis il y a ce rayonnement invisible, authentique des vieilles habitations, des relations qu’on y a nouées et l’attachement au monde animal (la chatte blanche), le prestige des lieux de culture (Heidelberg, Florence, Paris, etc.). Cela équivaut, en général, à une spiritualisation de l’aspect matériel de ce monde où nous avons échoué sans le demander.

Et enfin, la femme en Anne Richter s’engage toujours personnellement.

Le lecteur est entraîné dans l’aventure évoquée.

 

Emile Kesteman

 


 

Marcel Bauwens  Les idées interdites, essai
éditions Nulles, Ostende 2011


Ce qui m’a toujours frappé chez ce journaliste hors pair, c’est cette passion pour la justice et pour ce qu’il considère comme la vérité. Disons plus exactement une orientation vers ce qui pourrait être réel.

Pas étonnant puisque pendant des années il a été l’ombudsman du journal Le Soir et professeur de journalisme aux Universités de Bruxelles et de Liège. Retiré sur la côte belge, il se consacre à la défense des droits qui reviennent aux francophones.

Il peut être radical dans ses jugements mais toujours soucieux d’équité.  Pour lui il n’existe qu’une démocratie boiteuse qui serait plutôt une oligarchie. Une oligarchie des puissants de ce monde.

Il est sensible au déplacement des pays qui exercent un pouvoir certain sur les conceptions de vie et sut l’économie. Il précise les dangers auxquels sont exposées nos sociétés occidentales. Il lutte continuellement contre l’intolérance et l’abus de pouvoir.

Malgré les beaux slogans de culture pour tous, on assiste à un recul de la civilisation et de l’art de vivre.

 

Emile Kesteman

 


 

Joseph Boly   Il serait si doux d’aimer, Hommage à Georges Rouault, Journal en vers, tome 5, Mont Sainte-Odile - Hannut, 2011


Le recueil s’ouvre sur une longue « Table des poèmes » qui met en appétit : 100 titres, où se croisent des prénoms, des noms d’hommes célèbres ou de pays, des dates historiques ou personnelles, ou encore des épisodes du Nouveau Testament…

C’est au fil d’événements quotidiens, de rencontres et d’expériences de vie, dans la constante communion avec Dieu, que Joseph Boly va tisser son journal, que le lecteur pourra suivre dans sa chronologie ou dans lequel il pourra s’égarer au hasard des pages. Toujours, il y rencontrera la densité du regard de l’auteur, présent dans un je qui se veut ouverture vers les autres. La première strophe du premier poème donne le ton :

Nous étions presque du même âge

Et tous les deux adolescents

Peut-on se connaître vraiment

Quand on reste dans son village ?

Ensuite se côtoient les âges de la vie que retrouve ou qu’attend le poète : les maîtresses des classes maternelles, la joie de vivre des jeunes, ivres de bonne humeur, ses 65 ans de vie religieuse, les 80 ans d’un ami, et l’éternité de Noël :

Pour moi, Noël, c’est l’écriture

Une façon de converser

Avec tant d’êtres, conviés

Dans des échanges qui perdurent.

Perdurer, n’est-ce pas cela le but d’un journal ? Offrir notre présence à ceux que nous aimons, quand nous ne serons plus ? « Proche et sûre est ma fin dernière », affirme avec sérénité Joseph Boly, rappelant au travers de figures dont la vie fut un don que, dans notre monde, « il serait plus doux de s’aimer ».

La force de ce journal tient aussi à sa forme poétique : chaque poème est écrit – je devrais dire : ciseler – en vers classiques. Quel rythme, quelle musique, pour nous faire cheminer ! En ces temps dits de modernité où une certaine pensée unique voudrait faire croire que « tout est littérature », le vers classique du père Boly nous rappelle à l’évidence que l’écriture, si elle veut être un don, se travaille comme une pâte à pain.

Un vrai pain de boulanger, évidemment.

 

 Jean-Pierre Dopagne

 

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