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20 Avril 2011

457e Soirée des lettres –Mercredi 20 avril 2011

JEAN BOTQUIN, Bréviaire du quotidien, poésie, éd. du Cygne. Présentation par Daniel Berditchevsky.

 

 

 

 

 

 

 

 




© Pierre Moreau

Rappelons tout d’abord que Daniel Berditchevsky a été aide-pasteur dans la région du Borinage où Vincent Van Gogh exerça son ministère. C’est aussi un fervent bibliophile.

Il propose, en épigraphe à cette présentation, un texte tiré de la revue Le Ciel bleu qui parut de février à avril 1945, et à laquelle collaborèrent Colinet, Dotremont, Mairën, Scutenaire, Magritte. Il s’agit d’un texte de Kafka, qui dit notamment : Il n’est pas nécessaire que vous sortiez de la maison. Demeurez à votre table et écoutez (…) Le monde s’offrira à vous pour être mis à nu.

De même, au Japon, chez Basho, Ryokan, dans leurs poèmes, règne une philosophie de l’instant, du Carpe diem, cueillir le jour. Et Fénelon, dans sa forêt de Colfontaine, parlait du moment présent, petite éternité pour nous.

Dans un livre précédent de Jean Botquin, Ténéré, on relève la fascination du désert, de Théodore Monod, mais aussi, dans la seconde partie du livre, de l’Insoumise, Fatma, une Kabyle opposée  à l’invasion française : Elle s’arrêta pour écouter les vibrations du monde, que la plupart n’entendent pas.

Une première question à l’auteur : pratiquer cette forme de poésie, n’est-ce pas une gageure pour un Occidental ?

Jean Botquin : C’est beaucoup plus difficile que ce que l’on pense. Mais je ne me suis pas posé la question avant de commencer. C’était il y a deux ans, suite à une rencontre à l’ambassade du Japon. Et à présent, j’adore en écrire…

DB : Et qu’en est-il de votre vocation littéraire ? On trouve parmi les écrivains beaucoup de professeurs, mais peu de banquiers…

JB : Il y a tout de même Supervielle…Il y a effectivement parmi les banquiers des musiciens, des peintres, des sculpteurs, mais peu d’écrivains. Y aurait-il contradiction ? Je n’en ai pas fait état au cours de ma carrière, mais ce monde m’a beaucoup inspiré, pour des romans, des récits.

Mais la poésie me tentait dès mes humanités. On peut en faire n’importe où…J’ai commencé à publier au cours de l’avant-dernière année de ma carrière.

DB : Vous avez publié quatorze ouvrages ?

JB : Surtout de la poésie.

Daniel Berditchevsky passe alors aux appréciations des critiques : Michel Joiret, qui parle d’une attitude philosophique cohérente, d’une perception presque miraculeuse de l’instant. Michel Ducobu évoque, lui, ses versets parfois énigmatiques.

Quant à lui, le présentateur songe à Angelus Silesius, ce mystique du 17e siècle, à son Pèlerin chérubinesque : La rose est sans pourquoi/Elle fleurit parce qu’elle fleurit.

Daniel Berditchevsky lit ensuite quelques poèmes de la section L’amour en automne, fortement marqués d’érotisme. Jean Botquin enchaîne en lisant d’autres textes.

Pour répondre à une question du présentateur, il note que la seconde partie offre des textes plus longs, opposant ainsi divers genres de poésie pour en marquer les contrastes. Le haïku est devenu pour lui une sorte de drogue. La marche, dont il est un fervent, prépare l’écriture. Il évoque ainsi une promenade à Lombise, une drève de hêtres rouges qui mène au cimetière. Son texte s’enrichit de photos, qu’il présente sur Facebook.

Et Daniel Berditchevsky terminera par une lecture de Joubert, pour rester dans la note.

Un égal amour de la poésie, mieux que jamais lieu de rencontre entre gens venus de lieux, d’horizons très différents, un amour engagé ici en des sentiers qui viennent de très loin et peuvent mener très loin…Cet étonnant paradoxe, la concordance du proche et du lointain, par cet après-midi d’avril où le printemps ressemble déjà à l’été, ce qui n’a pas empêché un public très nombreux de nous rejoindre.

 


 

ADOLPHE NYSENHOLC, L’enfant terrible de la littérature, études, éd. Didier Devillez.


© Pierre Moreau

Thomas Gergely, qui devait se charger de la présentation, est malheureusement absent ; c’est Jean-Loup Seban qui prendra la relève, au pied levé, et il le fera fort bien.

Il commence par évoquer le phénomène du génocide, dont la femme et l’enfant sont les premières victimes. Mais quelle est la raison de la présente étude ?

AN : Ma propre autobiographie, Bubelè, l’enfant à l’ombre, m’a poussé à m’intéresser à celle des autres. Il ne faut pas confondre autobiographie et récit de vie. Dans l’autobiographie, des écrivains, comme Georges Perec, cherchent une forme pour parler de ce qu’ils ont vécu. Et j’ai trouvé pas mal de romans qui traitent du sujet.…Friedlander avait quatorze ans au moment des faits. Son autobiographie parle à la fois du passé et du présent, en récit alterné. Perec, lui, dans W ou le souvenir d’enfance, avait six ans. Il est resté dans le silence pendant cinquante ans, marqué par la nécessité d’être dérobé à la vue de la Gestapo. Boris Cyrulnik a écrit à septante-deux ans, refoulant la séparation d’avec ses parents. Un silence extrêmement lourd, comme s’il était resté caché toute sa vie.

Perec disait : Je n’ai pas de souvenirs d’enfance. Il a écrit un livre double, ce qui s’est passé pour lui, et la déportation. Il a inventé un récit à la Jules Verne, où ses héros aboutissent dans un camp de concentration, non loin de la Terre de feu. Une écriture blanche : il ne veut pas déranger les autres, et n’arrive pas à exprimer ses émotions.

Rester caché ou être dévoilé ? Telle est l’équation qui se pose pour la plupart des auteurs, et ils vont développer des stratégies diverses. L’auteur doit souscrire aux lois de la poétique et de la rhétorique, et l’écriture les protège, est leur cotte de mailles. Cela crée un masque, per-sona.

Ainsi, Raymond Federman, qui est un peu l’équivalent américain de Perec, était présent lors de l’arrestation de ses parents, qui l’ont poussé dans un cagibi. Il a écrit sa panique, qui ne passait pas. Un texte déjeté, où il joue aux dés avec les mots. Il l’a traduit lui-même en français. Goldschmidt, le traducteur de Kafka, a écrit un roman, La traversée des fleuves. Sa vie, il l’a écrite en allemand. Ethel Hannah était cachée dans une ferme. Jerzy Kozinski, lui, a écrit un roman à propos duquel on a longtemps cru que c’était une autobiographie, et qui lui valut des lettres de menaces. Renée Roth-Hano, dans Touchons du bois, raconte son séjour dans un institut catholique.

Et lui-même ? demande le présentateur.

Lecture d’un bref passage : Quant à moi, dans Bubelè, j’ai voulu rendre hommage à mes sauveurs, exorciser mes démons. J’ai aussi voulu écrire par amour de la langue française, pour me donner une langue naturelle. Pour me protéger d’une cotte de mailles. Pour vivre ma vie, pour être aimé.

De cette courte lecture, il ressort que l’auteur dont il avait oublié le nom, et qui avait parlé d’une cotte de mailles, c’était lui-même. Bubelè, l’enfant caché. Peut-être pourrait-on évoquer ici cet Enfant laboureur, dont parlait Gabriel Ringlet. Et cet enfant mystérieux que, dans la mythologie romaine, un laboureur découvre en creusant son sillon. Mais les faits parlent d’eux-mêmes, bien mieux que je ne pourrais le faire, et je laisserai là tout commentaire.


 

DANIEL SIMON, Dans le parc, textes brefs, éd. M.E.O. Présentation par Jean-Pierre Dopagne.


© Pierre Moreau

Daniel Simon, né à Charleroi, a habité Bruxelles, Liège…Journaliste, éditeur, écrivain de théâtre. Il a créé le théâtre Traverses…

DS : Oui, j’ai été un nomade entre l’Europe et l’Afrique. J’ai reçu le prix de la SACD, et puis, ayant été prof, on n’oublie pas l’Enseigneur…Lansman m’a envoyé mener des ateliers d’écriture au Portugal, en Afrique, confronter l’écriture à l’aporie. C’était lié chez moi à quelque chose de très intime : on est ancré ou on ne l’est pas. Pour ma part, je ne suis ancré que dans l’écriture.

Le présentateur évoque l’épigraphe de Jacques Réda, cette notion de passage, qui revient toujours chez lui. Un ancrage ?

La question du temps m’intéresse beaucoup. Comment éviter d’être ailleurs, dans le futur ou le passé ? On est toujours dans cette stupide différence. Et puis il a Brassens, sa chanson, Les Oiseaux de passage. Lire, c’est aussi faire ce passage. L’écriture.

Et la nature.

Je ressens une véritable sidération devant la nature. Ces grands arbres qui seront toujours là quand je serai mort. L’oscillation du déploiement de sa disparition, à la nature.

Des textes brefs par incapacité à en écrire de longs ? Mais la seconde partie est faite de textes plus longs.

J’adore Louis-René des Forêts. Le Bavard. Celui qui parle trop et ne sait plus écrire.

Dans la seconde partie, Etonnements, Marrakech, Coups de sang…comme si tu étais étonné d’être vivant. Et puis, il y a des coups de sang qui nous laissent ravis…

J’en éprouve devant la vulgarité, la confusion, la pudibonderie. Le discours démocratique qui masque la porosité. Nous vivons un temps qui inverse la proposition d’Aristote, où la vision de l’horreur nous éloigne de l’humain, au lieu de nous réconcilier.

Une forme très classique, pour des textes écrits entre 2000 et 2010.

L’épopée, qui m’a beaucoup marqué, n’a ni début ni fin.

Dans la seconde partie, l’oralité, la musique dans la vie…

Je me méfie de l’alexandrin.

Et pourtant, tu en fais souvent (suit la lecture d’un texte, qui, de fait, se découpe aisément en alexandrins). As-tu toujours la même écriture, ou bien uses-tu de plusieurs ?

Je retravaille pour l’instant trois pièces de théâtre. Et puis, il y a la poésie…pour ne pas vivre une journée en idiot.

Tu animes des ateliers. Est-ce que tout le monde peut devenir écrivain ?

Non, bien sûr, et les ateliers en Europe ne forment pas des écrivains.

De cet entretien à bâtons rompus, on retiendra une évidente complicité, entre un auteur possédé par la passion d’écrire, d’habiter toutes les maisons de l’écriture, et un présentateur pénétrant.

 

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