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18 Mai 2011

458e Soirée des lettres – Mercredi 18 mai 2011

JACQUES GOYENS, L’insondable énigme, Memory Press. Présentation par Yves Caldor.


© Pierre Moreau

Jacques Goyens, romaniste spécialisé en italien, qui a fait carrière dans l’enseignement. n’en est pas à son coup d’essai : il a publié déjà deux recueils de poésie et deux romans. Quant à Yves Caldor, d’origine hongroise par son père, il est notamment l’auteur du roman Venu de la Puszta.

Ce recueil de nouvelles, nous dit l’auteur, nous présente la femme d’un point de vue masculin, et la problématique des relations entre femmes et hommes.

Yves Caldor : C’est un recueil thématique en deux parties.

Jacques Goyens : deux groupes de trois nouvelles chacun. La première de ces nouvelles traite des incertitudes amoureuses, et comporte en même temps des portraits.

Yves Caldor : en ce qui concerne Annabelle, ses lettres comportent des propos amoureux, mais ils sont suivis suivis de mises en garde, de reculs : elle veut que leur relation reste secrète. Est-ce un à côté ou une sorte de supplément ? Nous n’aurons pas la réponse, c’est son jardin secret. La seconde figure, la seconde nouvelle donc, Charlotte, déçue par un premier amour, a vécu un divorce pénible. Elle va  se donner et se reprendre, mélanger un peu rêve et réalité, souffler le chaud et le froid.

Jacques Goyens : oui, elle est pleine de contradictions, elle est mal dans sa peau.. Quant à la troisième, Erinye, elle n’est pas commode du tout…

Jacques Goyens : Elle le critique en tout, se montre très agressive. Yves Caldor rafraîchira d’ailleurs à ce propos nos connaissances en mythologie, en nous rappelant que l’Erynie est une déesse de la colère, de la vengeance

S’agirait-il, demande le présentateur, d’un catalogue un peu misogyne ?

Non, répond l’auteur, aucune misogynie : pour moi, homme et femme sont différents et complémentaires. Je me suis voulu observateur lucide, et j’ai aussi voulu, en même temps, rendre un hommage à la femme. Catalogue, livre de recettes ? Non, plutôt une galerie de portraits, parfois amusants. Mais avec un ton général, c’est celui de la  gravité.

On se dirige donc, reprend Yves Caldor, vers une carte du Tendre ?

Oui, il y aura ainsi, dans la seconde partie, Chiara, rencontrée au restaurant, belle figure de mère. L’histoire est basée sur des faits réels, continue l’auteur, j’étais au restaurant, je fus intrigué par une jolie femme, qui avait l’air un peu anxieux.
A un moment, je la vis se lever et sortir…Quand je suis parti à mon tour, une voiture était là, stationnée, et elle y nourrissait son enfant.

Et puis la sphinge, car en fait, le sphinx était une femme…Et Jacques Goyens de citer la critique de Michel Joiret consacrée à son livre : selon Michel Joiret, on peut multiplier les questions à l’infini.

La seconde nouvelle de la deuxième partie, reprend Yves Caldor, a un sujet mythologique, mettant en scène Pasimnaé, une torera, qui va enfanter avec le taureau blanc un être bizarre, androgyne. Ici, l’auteur a pris beaucoup de libertés avec la mythologie.  Et enfin, dans la dernière, Salomé, celle du récit biblique, transformée ici en marchande de chaussures.

Abordant enfin la question du style, Yves Caldor y voit une sorte d’impressionnisme, de pointillisme, ce qui est confirmé par l’auteur ; c’est d’ailleurs en accord avec le sujet.

Une présentation très vivante, pour un livre très varié, nous nous rangerons à l’avis de Michel Joiret…

 


 

ISABELLE FABLE, Femmes en souffrance, éditions du Coudrier. Présentation par Dominique Aguessy.


© Pierre Moreau

Dominique Aguessy commence par interroger Isabelle Fable à propos de la genèse de ce recueil.

En fait, il a été écrit en deux fois ; comme souvent, Isabelle Fable a été motivée par un concours ; elle voulait écrire sur l’amour, mais, l’inspiration ne venant pas, elle a décidé de prendre le contrepied de ce thème…

Suit la lecture d’un poème, La vieille. La femme, nous dit l’auteure, plus que l’homme, est poussière et elle le sait. Son corps se détériore plus vite ; sa force, c’est de le savoir. Pour sa part, elle ne croit pas en une fin définitive, l’âme, comme le corps vers la matière, retourne dans un psychisme collectif.

Un autre poème, très dur, Framboise écrasée, évoque une femme battue par son mari, en présence de ses enfants, ce qui est la négation totale de la femme, aussi en tant que mère. Un poème très dramatique, avec cette façon, bien dans la manière d’Isabelle Fable, d’aller au fond des problèmes.

La présentatrice souligne le fait qu’elle parcourt souvent des thèmes proches avec des touches différentes. Ainsi, le thème du temps qui court, avec une pointe d’autodérision. C’est un recueil de la compassion et de la protestation. Oui, enchaîne Isabelle, je ressens fort ce que les autres vivent. L’animal, la plante même, peuvent souffrir, comme les humains. Une seule règle : le respect pour la vie, sous toutes ses formes. Il ne s’agit ni de revendications, ni de vengeances.

Elle allie compassion et justice : il faut les entendre à l’intérieur de nous-mêmes.

Elle évoque alors un passage de la préface de Michel Ducobu : Chacun s’en va avec ses questions.

Homme et femme sont des êtres complémentaires.

Pour Dominique, l’état du monde est une relation d’harmonie et de confrontation.

Mais l’homme a toujours tenu le haut du pavé, reprend Isabelle. Le mâle doit s’affirmer, le femme est prise dans la chaîne de l’enfantement, l’homme se retire du processus de procréation. Mais il ne peut pas être dominant partout. Pourquoi, d’ailleurs, faut-il absolument dominer ?

Le monde évolue, note Dominique. Quelle place restera-t-il pour le bonheur, l’amitié ? Il faut se garder d’affirmations souvent trop fortes. Le débat ne peut être clos. Elle souligne, dans l’expression d’Isabelle Fable, l’économie de mots et d’images. Il y a évolution dans le recueil, enchaîne l’auteure, du plus noir au plus serein. Et elle évoque Gabriel Ringlet, à propos de la souffrance partagée.

Une vision dramatique et doloriste du monde, traduite dans un langage immédiatement accessible, et dans laquelle la présentatrice a su pénétrer avec beaucoup d’empathie, tout en cherchant à la tempérer quelque peu…Mais si la souffrance est transmissible, l’apaisement l’est-il au même degré ?


 

ROSE-MARIE FRANÇOIS, Portrait de l’avenir en passant, l’Arbre à paroles. Présentation par Evelyne Wilwerth


© Pierre Moreau

Une présentation d’un livre de Rose-Marie François, c’est toujours un feu d’artifice, un feu roulant de questions et réponses, un spectacle animé, où les gestes, les mimiques, jouent – presque autant – que les paroles. Et quand elle trouve une partenaire à sa mesure, comme ici Evelyne Wilwerth, le plaisir en est doublé. Rappelons, ce qui éclaire un peu les choses, qu’elle est aussi actrice et récitante.

Suite à la présentation par Emile Kesteman, Rose-Marie François commence par rappeler qu’elle n’est pas Boraine :elle fait partie des manous, des pa-d’làyaus, qui habitent de l’autre côté de la Haine par rapport au Borinage.

Evelyne Wilwerth insiste sur son ouverture d’esprit, sa curiosité, son désir d’apprendre ; sur ses multiples activités, aussi, à Liège, Lund, Riga…Ses innombrables facettes, la peinture, le théâtre.

Modestement, l’auteure se réclame plutôt de l’esprit d’escalier (mais il doit s’agir d’un escalier roulant, et drôlement rapide)

Son recueil se divise en deux parties, la première, 42 textes autour d’un « je » prisonnier. Un thème récurrent. Faut-il remonter à des peurs ancestrales ? Effectivement, comme elle est née en 1939, il y a eu dans son enfance des peurs liées à la guerre, au fait que ses parents étaient membres de la Résistance, que son père vivait dans une angoisse perpétuelle.

Des textes, par ailleurs, extrêmement sonores, nous dit la présentatrice, où elle joue avec le langage. Il y a là un côté ludique, une libération. Suit la lecture d’un poème, Avec qui, et cette image extraordinaire : les morts, ces virtuoses de la présence. Il y a chez elle, nous dit la présentatrice, un besoin d’ouverture, vers la mythologie, l’histoire. Et puis, vu son activité de traductrice, une conscience très éveillée du rythme, de la musique.

Rose-Marie François se réfère à son goût pour les contes, spécialement ceux de Grimm. La présentatrice insiste sur l’importance que revêtent chez elle la nature, le rêve, l’humour, l’esprit d’enfance. Et puis, enchaîne l’auteure, il y a l’amour, plus fort que tout, et là, elle se réfère à René Char (elle a lu Fureur et mystère à l’âge de 14 ans, et cela l’a beaucoup impressionnée, même si elle ne comprenait pas tout). Elle nous parle du lierre, conçu comme une sorte de chaîne.

Libération par l’écriture ? A cinq ans, elle avait entrepris d’écrire un roman, croyant qu’il suffisait d’assembler des lettres.

Elle écoutait La petite fille aux allumettes. C’est vrai que l’écriture permet de survivre.

Il y a aussi chez elle, reprend la présentatrice, une grande liberté formelle. Et pourtant, répond l’auteure, je jette beaucoup. Mais j’ajoute aussi, suivant le conseil de Boileau : « Ajouter quelquefois et souvent effacer. »

La seconde partie de l’œuvre est un dialogue avec une écrivaine italienne. Celle-ci a séjourné chez elle, le matin, chacune écrivait dans sa langue, l’après-midi, elles se traduisaient. Des consignes ? il suffit de se référer aux titres des poèmes. Surtout une inénarrable joie de vivre. Une relation, pour chacune, à son pays, au feu, au rêve, au jeu.

L’aventure ? Comme le disait un poète bulgare, l’homme est vraiment humain quand il est en chemin.

La poésie, chez Rose-Marie François comme chez Isabelle Fable, au fond de l’être, au fond de la souffrance, de cet étrange sentiment de réclusion qui parfois nous pénètre et nous enserre. La poésie, une aventure de libération ?

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