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15 Juin 2011

459e Soirée des lettres – Mercredi 15 juin 2011


ISABELLE BIELECKI, Petite musique pour cent interprètes ou comment devenir poète et Le labyrinthe de papier, poésie. Présentation par Michel Joiret.

Isabelle Bielecki commence par lire un texte de Boris Cyrulnik, qui a mis des mots sur la souffrance de bien des gens. La souffrance vient de la famille, des parents le plus souvent. Un équilibre dérangé provoque une impulsion à la créativité, surtout dans les familles d’artistes. C’est ainsi que l’on trouve trois fois plus de troubles mentaux dans les familles d’écrivains que dans les autres. Tel a été son cas, du fait notamment que son père et sa mère ont séjourné dans les camps de concentration.

Michel Joiret : Tout est dans sa poésie, il n’y a pas moyen de faire autrement. Un livre déchirant et déchiré, avait écrit un critique à propos de son roman, Lettres de Russie. La famille est arrivée en Belgique en 1948, elle est devenue belge en 1963, et a fait une licence en traduction, avant de faire carrière dans une firme japonaise d’assurances. Elle a hésité à entrer en écriture…

Isabelle Bielecki : Cela a commencé à l’adolescence. Je me suis heurtée à ma mère, qui ne voulait pas que j’écrive. Il y avait trop de choses à oublier…Mon père, lui, voulait que je sois son porte-parole. C’était un ancien officier soviétique. Et cela fut un élément important de leur discorde…car tous deux ont fini par se suicider.

J’ai construit ma galaxie, à présent l’interdit est brisé : un roman, trois pièces de théâtre, un recueil, et puis je suis passée à d’autres thèmes.

Michel Joiret : Il y a chez toi un sens de la dramatisation, un besoin de mettre en scène…

Isabelle Bielecki : Les autres traversent aussi des interdits, et la légèreté est elle aussi un interdit transgressé…

Michel Joiret : Tu n’uses presque jamais du même registre. Actuellement, c’est plus léger, plus coloré…C’est ton vécu qui entraîne les mots…Et certains d’entre eux, comme un état de guerre, les gardes atour de la tour d’ivoire, font effectivement songer à un puzzle, un prisme déformé à l’infini. Une personnalité éclatée qui cherche à se recomposer.

Isabelle Bielecki : Ce que j’écris correspond à une réalité que la conscience refuse.

Michel Joiret : Un mal-être profond. Un goût de cendre sur les doigts. Et le labyrinthe, effectivement, peut servir de fil rouge.

Isabelle Bielecki : Les poèmes surgissent de nous à notre insu. Je n’ai pas réfléchi, j’ai pris les plus significatifs. Un profond traumatisme ne peut se raconter, je ne rencontrais au début que des sentiments négatifs.

Michel Joiret : Ne s’agit-il pas toujours de retrouver la petite fille, même si c’est douloureux ? Il y a chez toi comme une systématique de l’apnée.

Isabelle Bielecki : Mon livre peut concerner beaucoup de personnes. Ce livre m’a permis de prendre mes distances.

Michel Joiret : Passons à l’autre recueil, Comment devenir poète. Ici, les textes sont associés à la musique. Ici, l’humour existe, il y a une légèreté, c’est proche de l’enfance. Des pièces de cinq lignes…

Isabelle Bielecki : Ce ne sont pas des haï-kaï, j’ai voulu faire quelque chose d’européen, des stichous, d’après un terme russe, des moralités, en quelque sorte.

Michel Joiret : Tu as été touchée par les livres pour enfants, et tu passes des moments graves à des poèmes plus sautillants…

Isabelle Bielecki : C’est sans doute le tempérament slave…Ou bien des inspirations correspondant à des périodes différentes.

Et Isabelle conclut en répétant, à plusieurs reprises, que la jeunesse est éternelle…

 


 


GÉRARD ADAM, Le Saint et l’autoroute,
roman, éditions MEO. Présentation par Daniel Simon.

Emile Kesteman comence par rappeler que Gérard Adam a été entre autres, médecin-chef de l’Ecole Royale Militaire, avant d’être médecin sans frontières notamment en Bosnie. Il a aussi traduit des poètes croates. Une vie riche et pleine…

Un drôle de titre, pour ce livre, commence Daniel Simon…Et de citer : Tout a été dans mon écriture, représentation fantasmagorique qui peut être ma quête. Pourquoi ce chemin dans sa vie ? Une sorte de faux régionalisme. Un représentant de commerce dans une campagne balayée par le vent. Un hôtel, qui aurait dû être un grand hôtel, mais qui se trouve vide. Il y reste, le temps d’une quête, d’une rencontre avec soi-même.

Gérard Adam évoque le lieu, son village d’origine, Onhaye, près de Dinant.

Daniel Simon : En fait, tout est complexe, fin et drôle. Il nous avait habitués à des romans de voyage, épais, des romans-sommes, avec toutes les grandes questions, les grands problèmes. Ici, nous sommes en présence d’un faux polar, mais d’un vrai roman. Un saint, produit de légende. Un mixte de Toine Culot et de Pagnol, pourrait-on croire, mais c’est faux. Le bien et le mal, c’est un rapport avec soi-même. Il regarde dansle rétroviseur.

Gérard Adam : Je ne suis pas un philosophe. Dans un livre, on ne regarde pas en avant, ou en arrière. Il me faut une situation de départ, sans quoi je peux vivre vingt ans avec un livre. En fait, ici, cela a débuté après mon premier roman, par une conversation avec un historien, Albert Wayens. Il m’a parlé de saint Walhère, le saint de mon église paroissiale, qui, en fait, n’a jamais existé, bien que son culte fût reconnu par l’Eglise. En réalité, il avait été inventé, pour des raisons commerciales, par les moines de Waulsort. Et puis, j’avais écritun recueil de trois nouvelles, dont l’une évoquait une sainte de village, dont la procession a lieu tous les sept ans. J’ai traîné, finalement, le sujet pendant vingt ans.

Vient s’y mêler, également, une autre source d’inspiration : la passion qu’avait sa mère pour les opérettes, qu’elle allait écouter au casino de Dinant. Elle aurait voulu les réentendre. Lui-même les a écoutées, et a eu l’idée de travailler là-dessus.

C’est ainsi qu’en sortant d’un gros livre, en trois ou quatre mois il a écrit celui-ci, qui l’a amusé.

Voulant écrire quelque chose qui le ramène à son village (avec lequel il n’a pas beaucoup d’affinités), il est allé y passer une semaine. C’est aussi le seul village où s’achève une autoroute, un embranchement de l’autoroute des Ardennes qui n’est pas allé plus loin que la Meuse.

Daniel Simon : Le comble de la métaphysique…

Gérard Adam : Et puis, il y a aussi un prêtre défroqué qui a créé le temple d’une nouvelle religion. Et un personnage qui disparaît…Tout cela n’était pas prémédité. Une source possible : Gérard Adam a un frère qui est commissaire divisionnaire.

Daniel Simon : Une dimension biaisée, masquée. Des personnages démasqués par une sorte de simplicité, de bêtise humaine.

Gérard Adam : Un personnage qui aurait voulu devenir chanteur, un commissaire d’origine haïtienne…

Daniel Simon : On est aussi au bout du monde, sur le territoire d’une enfance.

Gérard Adam : Le nœud de l’intrigue : un réseau de prostituées, dont l’une arrive à s’enfuir…Des gens en quête d’un nouveau départ.

Daniel Simon : La question du bien et du mal. La prennent-ils donc de face ?

Gérard Adam : C’est une notion toujours relative. Les gens sont à la fois bien et moches. Un personnage, c’est une chambre à air qui fuit…

 


 


JEAN-BAPTISTE BARONIAN,  Dans les miroirs de Rosalie, roman, éditions de Fallois/L’Age d’homme. Présentation par Joseph Bodson.

Le présentateur commence par évoquer une nouvelle de Henry James, Le dessin dans le tapis : dans un de ses romans, un auteur vieillissant aurait inséré une sorte d’énigme, de secret de fabrication, que deux jeunes auteurs vont s’efforcer en vain de retrouver. Or, voici quelque temps, Jean-Baptiste Baronian a évoqué lui aussi une sorte de point caché de ce roman, passé inaperçu des critiques…ce qui prête donc à une double quête: celle du coupable, et celle du secret…

Il est vrai qu’il y a dans ce roman – même s’il ne s’écarte pas des normes du polar, et s’il est construit de manière remarquablement cohérente, quelque chose de plus que dans un polar ordinaire…

Jean-Baptiste Baronian : Mais moi aussi, je découvre mon histoire à mesure que j’avance, je ne connais pas d’avance la solution, le coupable…

J.B. : Et cela réside surtout dans la personnalité du commissaire Bergman. Il y a en lui un malaise, une grisaille, un vague à l’âme, vis-à-vis de son métier, de lui-même, et finalement de l’humanité…Il est aux antipodes d’Hercule Poirot, et assez loin de Maigret…

Jean-Baptiste Baronian : Maigret ne se pose pas tant de questions, et pas de questions métaphysiques…

J.B. : Sauf quand il a la grippe…Et d’autre part, on dirait qu’il se produit une sorte de contamination, comme dans Un Roi sans divertissement, de Giono : comme si l’enquêteur était fasciné par le crime, par la personnalité du criminel. Et puis, il y a l’ennui, cette atmosphère de neige, de brouillard…

Jean-Baptiste Baronian : Ici, il ne s’ennuie pas…

J.B. : Non, c’est seulement chez Giono. Mais la contamination de l’un par l’autre est pareille, et on aboutit à quelque chose d’assez pascalien.

Et puis, il y a cette sorte de lassitude, de dégoût profond, à mesure qu’il avance dans la découverte de la misère humaine. Avec, en contraste, les forces de vie…

Jean-Baptiste Baronian : Oui, il y a ce jeune inspecteur en qui il trouve, en quelque sorte, le fils qu’il n’a pas eu…

J.B. : Et la sexualité saine…Avec, pourtant, ce phénomène étrange : au début,une scène érotique assez poussée avec son épouse, érotisme qui évoluera vers une simple contemplation, comme dans les Belles endormies, de Kawabata. Et cette épouse, devenue de plus en plus évanescente, finira par disparaître tout à fait…

Jean-Baptiste Baronian : Oui, c’est exact…

J.B. : Sans oublier le personnage de l’écrivain. On est dans une situation assez  proustienne, avec le narrateur, le personnage de l’inspecteur, et Denise disparue…

Jean-Baptiste Baronian : Tu me mets en parallèle avec des auteurs que j’apprécie fort…

J.B. : Et aussi, bien sûr, Alice elle-même. La plus intéressante des victimes, par laquelle il se trouve d’ailleurs fasciné. Un indice, encore : le carnet de Moleskine…

Jean-Baptiste Baronian : Oui, ce carnet où l’inspecteur note ses remarques. Moi aussi j’use d’un de ces carnets, je les aime d’ailleurs beaucoup…

J.B. : D’après ce que j’ai pu trouver sur internet, ce seraient surtout les écrivains qui les emploient, depuis Bruce Chatwin, ces carnets en peau de taupe noire…

Et ce parcours très littéraire s’achèvera sur un accord à propos de Graham Greene, dont les héros sont les plus proches de l’inspecteur Bergman, tiraillés par le doute, entre bien et mal, l’une des grandes admirations de Jean-Baptiste Baronian. Sans que, bien sûr, la fin de l’intrigue, ni son sens profond aient été dévoilés. Car cela, c’est le travail du lecteur, pour un polar qui nous mène très loin…

On l’aura peut-être noté, au passage, tandis que se déroulait l’écheveau de ces trois présentations : l’écriture en tant que transgression, l’écriture en tant que véraison, l’écriture en tant qu’énigme et interrogation…Décidément, nous n’en aurons jamais fini avec elle, multiple, ondoyante, perdue dans les brumes, étincelante au soleil du matin. Serait-elle donc le courant de ce grand fleuve qui nous emporte, sans que nous puissions toujours, ni souvent, le diriger, et nous y diriger ?

 

 

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