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21 Septembre 2011

460e soirée des lettres – 21 septembre 2011

JEAN C. BAUDET, Curieuses histoires des dames de la science, éd. Jourdan, 2010 ; Curieuses histoires de la Pensée,  Jourdan, 2011. Présentation par Joseph Bodson.

Tout d’abord, et un peu en hors d’œuvre, pourrait-on dire, un ouvrage pour une part anecdotique, et qui recense, au fil des siècles, les femmes qui s’illustrèrent dans le domaine des sciences. Au début, rarissimes, au cours de l’Antiquité et du Moyen-Age, telles cette Aretê, qui dirigea l’école de philosophie de Cyrène, ou cette Marie l’Egyptienne, qui laissa son nom au bain-marie, inventé au service de l’alchimie, ou encore Hildegarde de Bingen, musicienne et herboriste. Ensuite, de plus en plus nombreuses, à mesure que le temps passe et que les préjugés s’effacent (mais il en reste toujours quelque chose…). Avec, nous dit l’auteur, une préférence marquée pour les travaux qui demandent du soin et de la précision. Pour en arriver à Marie Curie, et à notre époque, où il n’est pas rare de trouver des laboratoires dont le personnel est essentiellement féminin.

Mais c’est le second ouvrage qui va être surtout abordé, alors qu’il n’a, lui, rien d’anecdotique, contrairement à ce que le titre pourrait laisser entendre.

C’est bien sûr une entreprise ambitieuse que d’embrasser ainsi, en quelque 600 pages, l’histoire de la philosophie, des religions, avec des aperçus bien sûr sur la science, depuis la préhistoire jusqu’à l’époque du Christ. Mais c’est là aussi que réside l’originalité de l’ouvrage : trop souvent, l’on nous présente des histoires cloisonnées, comme si ces domaines n’exerçaient aucune influence l’un sur l’autre. C’est un peu la rançon de la spécialisation des études universitaires.

Il est certain en tout cas que ce compartimentage était étranger à la pensée des Anciens.

Nous passerons ainsi de la préhistoire, pour laquelle nos connaissances comportent une bonne part de conjectures, aux diverses religions des peuples du Moyen-Orient et de l’Inde, pour aboutir à l’apothéose de la pensée grecque. Une apothéose qui repose encore, toutefois, sur pas mal d’incertitudes : où situer par exemple, les spiritualistes et les rationalistes ? Anaxagore avec son Esprit qui gouverne le monde, Empédocle avec ses quatre éléments, auquel viendra s’ajouter un cinquième ? Et puis, n’oublions pas que nous ne disposons que d’une maigre part des écrits de ces philosophes : il ne nous reste presque rien de Démocrite, Aristote a été perdu, puis retrouvé en partie : nous n’avons que les notes de cours, non les ouvrages littéraires.

Mais cela n’empêche que toute l’histoire de notre société occidentale s’est construite en bonne partie sur ces données. La théorie des éléments est passée dans la médecine, caractérisant les différents tempéraments ; on la retrouve aussi en astronomie, et de là, en astrologie…Et, à une époque récente, les religions, les sagesses de l’Inde n’ont-elles pas connu un renouveau de faveur ?

Le présentateur terminera en rassurant Jean Baudet sur l’avenir de son œuvre, et en en relevant les remarquables qualités : le don de présenter clairement des choses compliquées, tout en évitant la simplification excessive, le don aussi, nous l’avons dit, d’embrasser de très vastes sujets en une synthèse cohérente. Ce qui suppose, bien sûr, une capacité de travail peu commune.

 

 


 

 

ARMEL JOB, Les Eaux amères, roman, Robert Laffont. Présentation par Jean Jauniaux

Armel Job, nous dit Jean Jauniaux, c’est l’humour, et l’esprit qui saute au-delà de la lettre. C’est aussi un raconteur d’histoires. Le romanesque confronte avec des réalités informulées, et permet de se sentir moins seul.

Le roman est aussi, enchaîne Armel Job, une manière d’appréhender le monde et les êtres humains. Un lieu d’interrogation, car le romancier pose des questions, alors que le philosophe formule les solutions. Le romancier interroge le lecteur, l’amène à réfléchir sur le mystère du monde.

Il a écrit beaucoup de romans. Est-il possible d’y déceler des tendances, des éléments qui sont des fils conducteurs ? Le fait d’être enseignant, par exemple, nourrit-il sa démarche ?
Bien sûr, en tant que directeur, j’ai pu observer l’évolution de la société. Mais j’ai travaillé de manière étanche, ce sont des domaines assez différents. Mes romans vont plutôt chercher leur origine dans mon enfance, en un milieu très modeste, dans des souvenirs très anciens. J’y ai trouvé des réponses plus pertinentes.

Vous avez côtoyé beaucoup de jeunes étudiants ?
Oui, mais je me base davantage sur ce que moi-même j’ai connu en tant qu’étudiant.

Il y a ce recours à l’ironie, qui est une façon de se distancer ?
Elle fait partie de mon tempérament  Elle crée aussi une connivence avec le lecteur. C’est une façon de saluer son intelligence.

Mais venons-en plus particulièrement aux Eaux amères, et à la jalousie
Un quincailler anversois installé à Malmedy, qui se met à recevoir des lettres anonymes, à propos de son épouse Esther, signées : l’unique qui ait pitié de toi. Son humeur change, il se fâche avec les gens. Et, comme son père aurait fait avant lui, il va trouver un rabbin à Anvers. Celui-ci lui fait ouvrir la Torah, et pratiquer le rite des eaux amères. Il va administrer à son épouse un mélange d’eau et de papier brûlé où figurait un tétragramme…Si elle est coupable, elle se desséchera…

Et comment fait-on pour créer une ville ?
J’ai travaillé avec un plan de Malmedy, où je n’étais guère allé. Une véritable jubilation.

Et l’époque ? Août 1968, au moment du concile ?
Choisie un peu au hasard. Les personnages apparaissent selon les besoins de l’histoire….Mais 68, c’est aussi l’apparition de la pilule.

C’est donc le roman qui vous dirige ? Vous imaginez un personnage, et vous vous laissez porter ?
Oui. Chaque jour, je vis avec mes personnages, j’essaie de comprendre qui ils sont.

De bonnes réponses suite à de bonnes questions, un auteur poursuivi par ses personnages…une parfaite école du roman, permettant au lecteur de jeter un œil curieux dans les arcanes de la création…

 


 

PHILIPPE LEUCKX, Le beau livre des visages, Maelström, 2010 ; Le coeur se hausse jusqu'au fruit, Les déjeuners sur l'herbe, 2010 ; Rome à la place de ton nom, Bleu d'encre, 2011. Présentation par Marie-Ange Bernard.

C’est avec infiniment de délicatesse et d’intuition que Marie-Ange Bernard va nous introduire dans un autre monde, celui des poèmes de Philippe Leuckx. Originaire, lui aussi, du monde rural. Une quarantaine de recueils assez courts, il est poète avant tout, même s’il produit aussi des recensions, des dossiers. Une sorte d’urgence, d’amour désintéressé. Il a publié le premier à 38 ans, en 1994 : Une ombreuse solitude.

P.L. : J’écris depuis l’âge de 8-9 ans. A partir d’un certain moment, j’ai ressenti comme une urgence de publier…la première fois, dans une revue que dirigeait Eric De Jaeger, en 1993.
Puis, l’Arbre à paroles

M-A. B. : Il est né à Havay, à la frontière française, d’un père d’origine flamande, et a connu une enfance villageoise. Il est licencié en philologie romane, et excelle à faire goûter la poésie à ses élèves. Il a fait son mémoire sur Proust et la mémoire involontaire.

P.L. : J’ai été marqué surtout par les extrémités de l’œuvre, des passages étonnants sur les lieux de l’enfance. Je pouvais m’y retrouver, dans nos paysages…

M-A.B. : Les lieux, Rome notamment, sont très importants pour lui. Il a écrit beaucoup de recueils sur Rome. Luc Norin parle à ce propos du méconfort des rues.

P.L. : Rome, ça vient de loin. Les traces des chaussées romaines, dans mon village. Un livre de Danielle Sallenave. J’y ai vécu plusieurs mois, entre 2003 et 2007. Et puis, la Madone des Pèlerins de Caravage, à San Agostino. Mais aussi, effectivement, le côté des rues poussiéreuses, le néo-réalisme, ce chef d’œuvre qui s’appelle Le Voleur de bicyclettes. J’ai visité tous les lieux du tournage…

M-A.B. : Le cinéma intérieur, gloire des poètes, qui ouvre sur un univers extraordinaire. L’aire des transitions, la logique du cœur…
(Suivent des lectures, dont un texte sur l’enfance…La poésie me ressemble comme une sœur…La tendresse nette d’une petite main au cœur.)
Et puis, le ton si juste de ses adieux à son père, en 2006, Etymologie du cœur, avec ce cri : Reste à ta place, littérature.

P.L. : Quant à cet intérêt pour la filiation, il est vrai qu’on a davantage de balises à partir d’un certain âge. Ainsi, je me suis souvenu d’une image, mon père qui nous apportait, venant de l’arbre, un panier de cerises…Le côté sensitif de l’enfance.

M-A.B. : Il y a là des passages ravissants, dans ces quintils. Les objets. Le père qui disparaît, la main que l’on lâche.
Et, dans Le beau livre des visages, ces images peu communes, tenus au bord des larmes,…visage tenu au bord des cils…Ce lien entre tenir et le visage…

P.L. : On garde un visage disparu, ainsi pour Véronique et son voile…Les visages sont très volatils.
(Il se réfère à un roman d’Annie Ernaux, vient ensuite la lecture d’un texte, où s’insère la liste des initiales de ses admirations littéraires).

Une intuition, nous le disions, d’une délicatesse peu commune, pour un poète dont la sensibilité, elle aussi, est peu commune. Comme pour la présentation précédente, un accord parfait.

Découverte du monde, découverte des autres, au travers des personnages d’un roman, et le poète, puisatier de son enfance : nous aurons beau faire, je crois, tous et toujours, nous restons des écoliers.

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