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19 octobre 2011

461e soirée des lettres – 19 octobre 2011

JOSEPH BOLY, Teilhard de Chardin, ou La mort paroxysme de vie, Mont Sainte-Odile, Hannut 2011. , Il serait si doux d’aimer, Hommage à Georges Rouault (Journal en vers tome 5) chez l’auteur, 1, rue de Crehen, 4280 Hannut. Présentation par Jean-Pierre Dopagne.

Jean-Pierre Dopagne insiste sur le fait que l’œuvre du P.Boly est très ample, 43 ouvrages en tout : spiritualité, littérature…On pourrait la résumer en parlant de l’Un et du multiple. L’Un : le noyau, l’auteur lui-même, qui absorbe le monde comme une éponge. Le Multiple : les autres, qui requièrent une attention spirituelle. Et puis, cette fidélité : envers Claudel, Teilhard, de Gaulle. Ou bien encore : l’Un, Dieu, le multiple : les contradictions du monde.

A propos de Teilhard, avec qui il se trouve comme en osmose : la Mort, paroxysme de vie. Imprégner le monde de spiritualité, expirer les choses par le langage et l’écriture. Diviniser, c’est l’œuvre de Dieu qui se sert des hommes. Amoriser, mettre de l’amour dans le monde, en faisant aussi appel à l’art et à la science.
A cette question : Sommes-nous tous participants de la création ?, le P.Boly répond en insistant sur le rôle de la femme : On ne fait rien de grand si ce n’est sous le regard d’une femme, et il évoque à ce propos Dominique de Wespin,, qui a joué un grand rôle fans la vie de Teilhard, et avec laquelle lui-même a beaucoup correspondu, notamment à propos des archives qui lui viennent de Teilhard, et qui après lui iront à un Fonds Boly, à la Bibliothèque publique de Hannut.
Il évoque aussi le fait que Teilhard fut longtemps frappé par Rome d’une défense d’éditer ; lui-même d’ailleurs, à cette époque, marqué par cette décision, s’abstint de toute publication pendant vingt ans.
Nous sommes adorateurs de Dieu, mais aussi de la Terre, l’oméga aspire toutes les étapes jusqu’à lui, ce qui a valu au P.Teilhard l’accusation de panthéisme.

A propos de son journal, il nous dira que pour lui, Noël, c’est l’écriture.
D’où lui est venue l’idée de ce journal ?, lui demande le présentateur.
C’est une manière de mémoriser ce que l’on vit. Et le vers classique est une manière de synthétiser.
Le monde moderne qui l’entoure, et notamment la télévision, y tiennent une grande place.
Suit alors la lecture d’un poème intitulé Nielles, dédié au P.Luc Moës. Et pour terminer, le P.Boly évoquera ce problème majeur de l’Eglise d’aujourd’hui que constituent le célibat des prêtres et ses séquelles, en émettant l’espoir que le Vatican y apporte une solution, en évoquant aussi le dernier livre de Gabriel Ringlet..

 


 

PHILIPPE CANTRAINE, Cuentos des cœurs compliqués, nouvelles, éd. Luce Wilquin. Présentation par Joseph Bodson.

Le présentateur insiste tout d’abord sur la place que tiennent l’érudition, l’humanisme dans l’œuvre de Philippe Cantraine, dans ses poèmes, comme dans son roman Le Gouverneur des coquillages.
Dans sa réponse, l’auteur insiste sur le sens à donner au mot cuentos, qui en espagnol recouvre aussi bien la nouvelle que la fable.

Il souligne également la différence entre le réalisme magique, tel que nous l’entendons chez nous, et le climat qu’il a voulu faire régner dans son livre, le réel merveilleux, tel qu’on le trouve chez Borges, Saramago, Cortazar.

Evoquant Un roi sans divertissement, de Giono (citation de Pascal, bien sûr), et le personnage du vieux juge, profond connaisseur du cœur humain, le présentateur se demande si ce n’est pas là, dans ce divertissement, qu’il faut chercher le sens même de la littérature, et si l’auteur – notamment celui de ce livre – n’est pas lui aussi, d’abord un profond connaisseur du cœur humain. Un remède efficace à l’ennui, un remède, justement, pour les cœurs compliqués.
L’auteur souligne par ailleurs combien l’habitude de la marche peut aider dans cette réflexion, en enrichissant notre connaissance du monde.

On évoquera ensuite ces personnages qui portent un nom d’écrivain, Cocteau, Fowles ; cette belle expression, le cœur unique, et ces évocations de l’enfance, par les soldats de plomb, par cette nouvelle où l’on voit le héros suivre un Indien à la piste, tandis que celui-ci s’efforce d’effacer ses traces, et finit par prendre la forme d’un oiseau pour s’envoler, rejoignant ainsi la mythologie et les contes.

Mais il y a aussi le Philippe Cantraine amateur de bonne chère et de bon vin ; et le narrateur qui sait accélérer le rythme dans les scènes d’action, le ralentir quand il le faut dans l’évocation d’un paysage – et il en est de très lugubres, - l’humoriste féru de nonsense, à la manière de Saki ou Marcel Aymé.

Il sait aussi jouer avec la mort, la cruauté, l’horreur, à la façon d’Edgar Poe. Les cœurs compliqués peuvent à l’occasion devenir des cœurs cruels, provoquant, comme chez les enfants, à la fois la frayeur et l’attirance.

Comme la seiche, il projette autour de la mort un nuage d’encre, une érudition certes considérable, mais qui nous laisse toujours démunis devant l’obstacle. Ce mur dans l’île, comme chez Böcklin, que nous ne franchirons jamais. Et jamais nous ne saurons ce qu’il y a, ou qui il y a, dans cette île. Peut-être le vide, le rien, peut-être le plaisir. Et ce tableau énigmatique, représentant le cimetière de Venise, pourrait fort bien servir d’enseigne à ce livre aux multiples facettes, œuvre d’un talent éprouvé, à l’image même de la vie, avec ce mixte d’érudition humaniste, de rêverie et de vagabondage romantique qui n’est pas sans nous rappeler certaines pages de Nerval.

 


 

ROSE NOLLEVAUX, Petite reine de Saba, roman, Memory Press. Présentation par Marie-Ange Bernard.

Marie-Ange Bernard signale tout d’abord que l’héroïne du roman est née dans la Grande Comore, et que la réalité de l’île va traverser tout le roman, sélectionné d’ailleurs pour le prix du roman métis de la Réunion. Rose Nollevaux avait auparavant reçu le prix Marguerite Van de Wiele de l’Association Charles Plisnier.

Rose Nollevaux attache beaucoup d’importance aux citations mises en exergue, ainsi celle d’Henri Cornélus, à propos du large, des îles, de la nostalgie.

Mais les Comores sont un des pays les plus pauvres du monde, et l’héroïne,  Maïmouna, après un voyage clandestin, finira par aboutir en Europe.

Rose Nollevaux attire l’attention sur ce passage où la barque grince contre la rive, image du tiraillement entre l’appel du large et le repli. Gilles Deleuze, lui, dans L’Ile déserte, distingue les îles océaniques, issues des bas-fonds, qui sont des îles essentielles, et les autres, accidentelles celles-là. Les Comores sont en fait constituées par quatre volcans éteints, et un, le Karthala, toujours en acftivité. Les îles par ailleurs sont fragiles, sujettes à la mousson, en proie aux alizés. Cette fragilité va conditionner la structure sociale de l’île : importance des anciens, idée de la mort toujours présente. Les cultures ? L’ylang-ylang, la girofle, la vanille.

Pourquoi les Comores ? Elle avait un fils médecin sans frontières, qui travaillait au Malawi. Mais c’est un pays triste. Elle a cherché vers la mer…Elle a recherché les Comoriens de Belgique, de Paris, elle est allée aux Comores, où elle a vécu dans un baraquement.

Elle a, elle aussi, beaucoup marché…Elle s’intéresse fort au métissage.

R.N. : Il y avait des prédispositions familiales. J’ai aussi visité l’île de Gorée, où je me suis sentie révoltée.

M-A.B. : La population des Comores est très métissée : des Bantous d’abord, puis au 9e siècle, des Arabes venus de Shiraz, puis, au 19e, une population indienne qui a remplacé les esclaves. Le père de l’héroïne est Indien, sa mère Bantoue. Ils vivent dans une culture de la soumission, que la colonisation a aggravée. L’Anda, la coutume qui vient des Arabes, et vise avant tout au prestige social, y joue un grand rôle, entraînant le mariage de filles jeunes à des vieillards.

R.N. : Il y a aussi la peur du tremblement de terre, de l’imprévisible. Des pensées métisses ou créoles. La créolisation, selon Glissant, c’est l’interculturalité, les rhizomes qui se mêlent. Chez Césaire et Senghor, c’est la verticalité, la souche première, la négritude.

M.-A.B. : L’héroïne finira par aboutir à Schaerbeek, où elle vivra avec son grand-père, Petite rue de l’Olivier, pour y travailler à son mémoire. Et de temps à autre, on y entendra des bribes de musique, venues de l’atelier proche d’un facteur de pianos, Marc Leuridan. Or, il se fait que cet atelier existe réellement, et que le facteur était de mes amis…Nous songeons à y organiser une manifestation…

Le goût du spirituel, le goût de l’aventure et des îles, le goût  du merveilleux, du métissage…l’Oméga serait-il une île ?

 

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