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21 décembre 2011

463e soirée des lettres – 21 décembre 2011

MARTINE CADIÈRE, Encore un jour sans Giroud, roman, éd. Dricot. Présentation par Anne-Michèle Hamesse.


© Pierre Moreau

C’est sous de bien tristes auspices que s’ouvre cette séance : nous venons d’apprendre le décès d’Émile Kesteman. Émile était l’esprit de ce lieu, avec sa présence forte, son étonnante mémoire, sa capacité d’accueil. Chacun des intervenants, après l’annonce du président et les poèmes lus par Isabelle Bielecki, se plut à rappeler en quelques mots tout ce qu’Émile représentait pour lui.

Martine Cadière habite Waterloo, mais séjourne très souvent dans le Périgord noir, d’où est originaire une de ses grands-mères. Infirmière, passionnée par l’écriture, elle aime les intrigues policières, les figures de femmes qui ont marqué leur époque : George Sand, Joséphine Baker, Sarah Bernhardt ; elle a publié plusieurs romans et de nombreuses nouvelles.

Anne-Michèle Hamesse : Mais d’où lui vient cet amour du polar ?
MC : Une façon de réfléchir un peu particulière. Des personnages forts, des dialogues qui font mouche. Cela doit être intéressant, drôle, magique…
AMH : Mais cela sert aussi de prétexte à des sujets plus profonds… Ici, cela se passe à la rédaction d’un magazine culturel, dont la patronne est fascinée par Françoise Giroud. Une jeune journaliste belge a disparu.
MC : Je me suis prise de passion pour George Sand, au point d’en devenir mélomane et d’écouter Chopin en boucle. Autre figure féminine dont je souhaite m’inspirer : Françoise Sagan. Elles ne sont pas toutes féministes, mais elles ont voulu bousculer certaines barrières.
AMH : On se sent tout de suite chez soi, de par le cadre : Waterloo, le cinéma Wellington, une famille qui paraît très vraie…
MC : Moi aussi j’ai vécu dans un foyer joyeux.
AMH : Et puis votre style, simple, direct… Faites-vous un plan ?
MC : J’ai un plan, et je travaille tous les jours, par peur des erreurs. Mais souvent, je me laisse porter par mes personnages.
AMH : Il y a aussi ces réflexions sur le journalisme, en tête de chapitre.
MC : Et puis aussi les collections d’art J’ai fréquenté les salles de vente, suivi des cours. J’ai visité une rédaction… Françoise Giroud, c’est l’icône des journalistes, une femme combattante, partie d’un simple diplôme de dactylo.
AMH : Vous avez voulu prolonger ces femmes, prolonger leur vie… Mais le milieu a évolué ?
MC : Bien sûr, l’Express avait été fondé pour soutenir Mendès, lutter contre la guerre d’Algérie
Anne-Michèle évoque encore le cadre, l’inspiration du lieu, et le personnage du capitaine Mattei. Mais pourquoi écrire, et quelle est, de Martine Cadière, l’activité préférée : les conférences, le théâtre (elle a en préparation une pièce sur le racisme), l’écriture romanesque ?
Martine Cadière : J’aime également les trois. Et l’écriture me donne une impression de plaisir, de plénitude…
Un plaisir qu’Anne-Michèle Hamesse a fort bien pressenti, et qu’elle nous a fait partager. Un auteur heureux et chaleureux, souriant : la soirée s’éclaire.




 

 

ISABELLE BARY, La Prophétie du jaguar, roman, éd. Luce Wilquin. Présentation par Thierry-Pierre Clément.


© Pierre Moreau

Isabelle Bary, elle, habite Maransart. Ingénieur commercial, elle est partie en 1994, sac au dos, avec son futur époux, pour découvrir le monde ; elle eut l’envie de raconter cette expérience, et ce fut la naissance d’un livre, Globe Story, suivi de deux romans, Le cadeau de Léa, et Baruffa. Récemment, elle a présenté lors d’une de nos soirées L’Amie slovène, de Françoise Houdart.
Quant à Thierry-Pierre Clément, il a lui aussi beaucoup voyagé, poursuivant une quête intérieure. Influencé par Thoreau, Rimbaud et les poètes de la beat generation, il a publié plusieurs recueils de poésie.

À une première question, Isabelle Bary répond qu’elle a fait des études de mathématiques, tout en ayant déjà en elle la passion de l’écriture. Plus tard, ce naturel est revenu au galop…
TPC : C’est ici l’histoire d’une prophétie, le télescopage de quatre destins, un journaliste, un maître d’équitation, un clochard, une jeune femme trop forte. Ils vont ainsi trouver un sens à leur existence. Le jaguar est le messager, dans la mythologie maya.
Isabelle Bary entrecroise les séquences, les points de vue, chaque chapitre porte le nom d’un personnage, le récit progresse par résonances, les chapitres se font écho.
De la lecture qui suit, ressort le récit d’une sorte d’envoûtement amoureux, un regard indécent et chaste à la fois – Elle a ri, j’ai aimé son rire.
TPC : Tu établis une structure préalable ?
IB : Il y a toujours un squelette, et puis, moi aussi, je me laisse emporter. Mais j’aime aussi beaucoup la recherche préalable, j’ai passé deux mois à lire sur l’état de Chiapas, que j’ai traversé.
TPC a aimé dans ce livre, l’humour et la tendresse. Ainsi, ce personnage de Grâce, obèse, virtuose de l’autodérision.
TPC : Parler, c’est aller à la découverte de l’autre. Ainsi, ici, les Indiens du Chiapas. L’enquête journalistique se prolonge en quête humanitaire.
IB : En suivant son idéal, on se rencontre soi-même.
TPC insiste sur l’intérêt profond pour les personnages, chez Isabelle Bary.
Suit une évocation de Juste un regard, un ouvrage qu’elle a réalisé avec une amie photographe, Caroline Wolvesperges, et qui est consacré aux sans-abri de Bruxelles. Alors qu’elle attendait dans sa voiture l’heure de se rendre à un rendez-vous, elle se trouva stationner en face d’un SDF et de son chien. Elle se dit que c’était idiot de se regarder ainsi, au travers d’une vitre, et descendit pour lui parler. S’ensuivit un  projet éminemment sympathique, et une superbe réalisation, qui nous entraîne à un retour sur nous-mêmes, et sur nos rapports avec les autres.
Thierry-Pierre avait tout à fait raison, il a bien saisi, je crois, l’essentiel du propos d’Isabelle Bary : un certain regard posé sur le monde, qui nous en fait partie agissante. Une littérature qui est un chemin vers l’autre.




 

 

JEAN-MICHEL AUBEVERT, Les Utilités du rêve, poèmes, éd. Le Coudrier, dessins de Catherine Berael. Présentation par Joëlle Billy.


© Pierre Moreau

Jean-Michel Aubevert est un familier et un amoureux des jardins. Quant à Joëlle Billy, son épouse, elle dirige les éditions du Coudrier, qu’elle a fondées en 2001.

Des rêveries en prose, 45 textes indépendants, nous dit Joëlle Billy. Un projet pluridisciplinaire, puisqu’au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, et au Printemps des Poètes, il a fait l’objet d’une présentation avec l’illustratrice et Piet Lincken au piano. Joëlle cite différentes critiques de l’ouvrage, notamment Michel Ducobu et Joseph Bodson.
Jean-Michel Aubevert arpente les saisons, dans les pas de Rousseau, plus en poète qu’en philosophe, pour célébrer la richesse végétale qui nous entoure. Il y a aussi un côté érudit…

JM : Une façon de fréquenter la nature qui est double, la rêverie + le regard. Rousseau herborisait aussi…
J : La poésie peut naître de quelque chose de scientifique…
JM : Un rapport au temps, une forme d’attention, qui repousse plus loin la rêverie. Il nous faut réapprendre à regarder, recouvrer une capacité d’étonnement.  Le livre couvre une année entière, du solstice d’hiver jusqu’au-delà du solstice d’été.
J. rappelle une phrase de Gauguin : Ne copiez pas la nature, rêvez devant elle.
JM : Il faut travailler avec les mots, avec le regard. Une autre façon d’appréhender le temps, une forme méditative de rêverie et d’observation...
J : Une empathie ?
JM : Mais aussi le vouloir-vivre, l’élan vital de Schopenhauer. Nous ne sommes que des créatures de la vie, et l’élan vital traverse les générations. Ce n’est pas une croissance linéaire, mais une succession de bonds en avant et de retours en arrière.
Joëlle évoque alors l’adolescence.
JM : Il y a dans le printemps une certaine brusquerie.
J : On peut toucher l’âme végétale, ainsi les iris de Van Gogh.
JM : Ils sont plus vrais que réels, Van Gogh les a saisis dans leur mouvement propre, il y a là une sorte de système nerveux, une empathie avec un mouvement intérieur.
Joëlle : Le vivant nous prête l’air que nous respirons.
JM : Dans notre société, la valeur d’échange l’emporte sur la valeur d’usage, on ne voit plus ce qui est donné. Ainsi, pour les abeilles, on ne voit que le miel, on ne voit plus la pollinisation.
Joëlle : On peut se poser des questions sur l’utilité de la poésie.
JM : Si la langue n’est plus travaillée par l’écrivain, elle se perd. Et puis, il y a la sonorité, la musique de la langue.
Les lectures alternées qui suivirent furent écoutées dans un silence non pas tant religieux que magique : il y a en effet une magie dans le silence, et c’est la trace du poète, comme les marques des pattes d’oiseaux dans la neige, cette neige que Jean-Michel Aubevert sait si bien recréer pour nous.
En dépit de tout, une belle soirée, noire et blanche, comme la nuit nervalienne, où l’on glissait doucement et sans heurt, d’un livre à l’autre…

 

 

Joseph Bodson

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