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25 janvier 2012

464e soirée des lettres – 25 janvier 2012

FRANÇOISE LISON-LEROY, On s’appelle, poèmes, éd. Rougerie ; Les pages rouges, roman, éd. Luce Wilquin. Présentation par Colette Nys-Mazure.


© Pierre Moreau

Cela commence par un portrait, un portrait tout vif, à l’éclat printanier, sorti tout frais du pinceau de Colette : le portrait de Françoise. Un portrait où la finesse, la pénétration s’allient à l’amitié : sa démarche garçonnière, gaillarde, sa chaude sympathie. Vous nous croyez complices, et vous avez mille fois raison, conclut-elle.
Ces poèmes ? Une longue phrase en trois parties. Une idée d’appel, d’échange : pulsion, révélation. De sa solitude, son territoire propre, héler les autres. Il y a d’ailleurs un lien fort avec le roman. Elle avait publié déjà des nouvelles, mais d’où lui est venue l’idée d’un roman ?

F.L. : Le roman s’est imposé. J’ai été habitée par une rencontre. Dans le Courrier de l’Escaut , il m’arrive de publier des portraits, pas seulement littéraires, mais aussi celui d’un jardinier, d’une fermière. C’est ainsi que j’ai été amenée à rencontrer une vieille dame de Deux-Acren. Elle avait perdu sa mère à 13 ans ; avec son mari, ouvrier carrier, ils avaient fait sauter un train, pour la Résistance.
C.N. : Mais il y a d’autres personnages, comme l’homme des pages rouges, ces pages qui, dans la presse provinciale, sont réservées au sport. Mais tu es journaliste à temps plein…
F.L. : Oui, il m’est arrivé de suivre des courses, dans la voiture du journal.
C.N : Et puis cette vigile, infirmière de nuit…Tu as regroupé plusieurs personnages que tu connaissais.

(Suit une lecture où apparaît ce personnage de l’infirmière ) On croit qu’on va s’emparer des êtres, mais ils se dérobent constamment, à l’image de la taupe.

F.L. se souvient d’avoir dormi à la belle étoile, et il lui semblait entendre, sous elle, ce travail souterrain des taupes...
C.N. : C’est un roman de poète, avec beaucoup de phrases sans verbe, d’adjectifs décalés. Elle compose avec des mots comme avec des objets.

D’où l’idée de Colette, de lui demander de choisir trois objets-fétiches.
Premier objet : des capsules de bouteilles, qu’avec un cousin, elle posait sur les rails pour les faire aplatir par le train. Second objet : un mètre pliant, qu’elle tient de son père.

C.N. : Elle cherche toujours le mot juste, elle est d’une grande exigence dans le domaine de l’écriture.
F.L. : Il m’est arrivé de passer une journée complète sur quatre mots…

Le troisième objet est une lampe de poche. L’enfance, le père, la lumière…Quelle belle charade !

Colette évoque alors un autre personnage, Marthe Delhombre, et elle cite Bauchau : L’écriture travaille l’obscurité intérieure.

La lecture finale révèle le lien avec le recueil de poèmes : On s’appelle quand et où ?

Ancrée dans la terre qu’elle connaît, conclut- Colette Nys-Mazure, elle s’en sert pour donner sens à la vie quotidienne.
Et elle pose une dernière question, concernant la couverture. En fait, Françoise a choisi parmi les masques de George Warnant un masque en forme de pleine lune, qui évoquait fort bien Mme Delhombre…

 


 


ÉRIC BRUCHER
, Colombe, éd.Luce Wilquin. Présentation par France Bastia.


© Pierre Moreau

Éric Brucher et France Bastia ne se connaissaient pas avant cette présentation…C’est en voisin qu’il est venu à elle, car il n’y a pas loin de Hamme-Mille à Nethen, où il habite.

Et ce fut une rencontre heureuse : France a adoré ce livre, tant pour le fond que pour la forme. L’écriture est impeccable, le style, coulant et souple. Elle a d’ailleurs lu deux fois le livre, et trouve à l’auteur des points communs avec Daniel Charneux.
Il a commencé tard à écrire ?, demande-t-elle.

É.B. : Ce fut une maturation lente. J’avais ce désir en moi depuis toujours, mon épouse m’a encouragé à le réaliser. Il est vrai que l’enseignement prend beaucoup de temps…Mon premier roman m’a coûté beaucoup de temps, il m’en a fallu beaucoup moins pour celui-ci, ce qui m’a surpris.
F.B. :
C’est l’histoire d’une adolescente en terminale, à 18 ans, souffrant d’anorexie. Pourquoi ? Elle se cherche elle-même, refuse la platitude du monde. Il y a de l’Antigone en elle. Elle considère son âme comme une colombe dans une cage : Mon thorax est une cage qui renferme une colombe fragile…Elle est mon miroir véritable.

Mais quelle est l’origine du livre ?

É.B. : Un entrecroisement d’éléments…Ce n’est pas un document sur l’anorexie…Mais, au départ, un jour où j’étais en classe, et que le ciel était particulièrement limpide, comme un désir de vouloir boire cet air glacé…
F.B. :
La première phrase du livre : Parfois je voudrais boire le ciel entier.
É.B. :
Le désir aussi d’explorer cette énigme que l’on est soi-même… Et puis, en écoutant la musique d’Erik Satie, en regardant le ciel. Je me suis projeté dans un personnage féminin… L’une de mes élèves s’appelait Paola, par jeu, j’ai déformé son nom en Paloma..
F.B.
Il n’est pas un chapitre qui ne pose une question fondamentale, tous les grands thèmes sont abordés. Non par des leçons, juste une phrase au passage.
É.B. :
Le début est assez lent, puis on arrive à un tournant, elle reprend vie, elle aspire à une transcendance. Par excès de psychologie, on risque de médicaliser des phénomènes spirituels. Elle trouvera un père de substitution…
F.B.
évoque à ce propos la première fois où elle a vu la mer, et elle a cru qu’il n’y avait rien au-delà, à part l’Angleterre, dont elle se détournait. Et la première fois où elle a vu des photos de la Shoah.
É.B.
nous dit, de son côté qu’il a ressenti la même chose en voyant des photos d’enfants affamés.

Il évoquera encore la couverture, pour laquelle il a choisi une peinture abstraite de Nancy Seulen..

 

 


 

 

CHRISTIAN THYS et JEAN VAN DER HOEDEN Diable et diabolisation du Moyen Âge à nos jours, Éditions Racine, Bruxelles, 2011.


© Pierre Moreau

Christian Thys et Jean van der Hoeden ont tous deux été professeurs dans le secondaire, puis dans l’enseignement universitaire ou para-universitaire. Tous deux sont philosophes de formation ; ils se sont rencontrés à Louvain, étant étudiants, et ce fut le début d’une longue amitié. Christian Thys a publié un ouvrage intitulé Nazisme et philosophie, et Jean van der Hoeden, de son côté, a consacré un ouvrage à Beckett, un autre à Racine.  Christian Thys s’est chargé de la partie historique de cet ouvrage, tandis que Jean van der Hoeden en étudiait les implications psychologiques.

L’histoire offre des faits, nous dit Christian Thys, tandis que les individus sont très fragiles, impuissants contre les systèmes dans lesquels ils sont embarqués. Il évoque à ce propos les réactions des philosophes allemands en face du nazisme. La naissance du Diable s’est placée dans un environnement théologique. Il cite deux romans, L’œuvre au noir, de Marguerite Yourcenar, où évolue une colonie de personnages protestants à Munster, dans un univers égalitaire. Le Nom de la rose, d’Umberto Eco, met en scène deux inquisiteurs, Baskerville et Bernard Gui. Baskerville s’inspire de Roger Bacon et Guillaume d’Ockham, des empiriques qui font place à l’esprit d’observation. Gui, lui, veut seulement rétablir l’ordre. Il y a eu, surtout, cet ouvrage, la véritable Bible des inquisiteurs, le Malleus Maleficarum, ou Marteau des Sorcières, de Kramer et Sprenger, paru en 1486. L’argument d’autorité seul y importe, la réalité des faits n’est pas prise en considération. Il s'agit de conserver et imposer un monde surnaturel. Il y a là beaucoup de refoulement, tous les arguments, même les plus spécieux, sont utilisés.

Il est rédigé sous forme de questions et réponses, ainsi : Les maléfices procèdent-ils de l’imagination ? Réponse : Non, mais de l’action du démon. La misogynie y transparaît sans cesse. La femme est objet de péché, il y aura donc beaucoup plus de sorcières que de sorciers. La vieille histoire d’Adam…

Il y aura, par bonheur, des adversaires de ces thèses, comme Friedrich Spee von Langenfeld, qui fut confesseur de sorcières. Les sorcières, dira-t-il, servent d’excuse aux maux des temps. Mais l’autorité était toute-puissante sur les fonctionnaires ordinaires.

Jean van der Hoeden enchaîne en soulignant que l’individu porte en lui des forces de destruction, tout un mécanisme de pulsions, notamment sexuelles, qui sont refoulées par l’éducation. Malheur à l’individu qui porte en lui le péché, autrement dit le plaisir. Et il insiste, à bon droit, sur le sens premier du mot érection, image de l’homme qui se dresse contre les pouvoirs. Sans cette révolte, l’individu châtré par l’autre devient responsable de ce qui en lui et chez les autres est perverti. Les idées théologiques ont transformé en péché ce qui est de l’ordre de la nature. Et ce système de répression est à la fois intellectuel et politique. Confusion entre le politique et le religieux, qui mène tout droit à certains nationalismes dont nous souffrons aujourd’hui encore.

Que faire de notre violence, de notre capacité de détruire ? Faire une œuvre de création avec ce qui pourrait être une force de destruction, conclut-il. Et il nous racontera, pour terminer, les péripéties combien pittoresques de sa recherche d’une illustration pour la couverture du livre…Quand le diable s’en mêle…Mais là, c’était un bon diable.

 

 

 

 

Joseph Bodson

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