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15 février 2012

465e soirée des lettres – 15 février 2012

BARBARA Y. FLAMAND,  Les Vertiges de l’innocence, nouvelles, éd. Chloé des Lys. Présentation par Joseph Bodson.


© Pierre Moreau

En ces nouvelles, dont nous frappe la grande diversité, Barbara Y. Flamand développe à la fois une inspiration et des techniques très variées. Il est cependant permis d’y trouver des thèmes récurrents, des tournures d’esprit qui la caractérisent et sont sa marque propre.

L’ensemble forme un plaidoyer pour la liberté en amour, c’est-à-dire pour un amour qui n’embrigade ni ne cloître, ce qui n’est pas la même chose que l’amour libre. Et tant pis si Cupidon est parfois distrait… Mais, ainsi p. 73, elle condamne la « littérature de cul ». La sexualité est souvent, chez elle, traitée sur le mode humoristique, ce qui la désamorce en quelque sorte.

Humour, nonsense (ainsi, p. 47, le dîner de famille pour les premières règles ; p. 53, Lili enferme son mari dans la chambre nuptiale). Tout y est : le vert paradis des amours enfantines, une certaine cruauté parfois, le désir de se fondre dans la nature, et, encore et partout, toujours, le désir, le besoin de liberté. Des nouvelles aux chutes très étudiées, des contes de fées qui auraient mal tourné…

Mais ce n’est pas l’amour seul qui est en jeu : certaines nouvelles abordent aussi la situation faite à la femme, ou des problèmes sociaux comme le sort réservé aux domestiques.

Bref, l’intérêt du lecteur ne faiblit pas, mais on aurait grand tort de ne voir dans ces nouvelles qu’un divertissement : il y a toute une morale qui est là, sous-jacente, non pas la morale puérile et honnête que l’on nous avait enseignée naguère, mais un bon usage de la liberté, une « substantifique moelle », aurait dit Rabelais…

 

 


 

HUGUETTE DE BROQUEVILLE, Les Indignations de la Bécasse, essai, éditions Michel de Maule, Paris. Présentation par Monique Dorsel.


© Pierre Moreau

Huguette de Broqueville, dès son premier roman s’est posée en révoltée contre une certaine bourgeoisie, en marge de la bienséance. Toutes ses œuvres seront liées à l’histoire, avec des connotations personnelles. On y trouvera aussi la trace de travaux de linguistique sur la littérature. Elle avait rêvé d’être reporter, et l’invitation de Jacques De Decker à collaborer, dans Marginales, à une série de textes partant d’évènements marquants de l’actualité, a quelque peu ravivé ce rêve. C’est ainsi qu’est né le personnage de la Bécasse, personnage ingénu qui laisse libre cours à ses sentiments, ses indignations, et lui permet ainsi de dire tout ce qu’elle pense… Elle est intemporelle, jeune comme Tintin.

Monique Dorsel lira, avec beaucoup d’émotion, le texte qui évoque la rencontre entre un jeune Juif et une Palestinienne, une sorte d’incantation, un chant d’amour devant le mur des Lamentations.

Le présent livre va de la chute des Twin Towers à la mort de Ben Laden, couvrant ainsi une dizaine d’années. De 2001 à 2011.

Il en ira de même du texte qui évoque le chagrin des mères, au moment de l’affaire Dutroux, avec tout le côté inhumain de notre justice, son formalisme face à l’émotion que tous ont ressentie, le refus de montrer aux parents le corps des victimes, le refus de leur donner accès aux dossiers.

Monique Dorsel, donnant vie et voix à la Bécasse, a profondément ému l’auditoire de cette séance.

 

 


 

L’Espace du pardon, Une lecture de Le Reniement de saint Pierre, vers 1610, du Pensionnaire de Saraceni, musée de La Chartreuse, Douai, par COLETTE NYS-MAZURE, et FRANÇOISE LISON-LEROY, Drölling, Intérieur de cuisine, parus tous deux chez Invenit.


© Pierre Moreau

L’éditeur, Dominique Tourte, présente tout d’abord la collection Ekphrasis où ont paru ces deux livres. Ekphrasis, déjà dans l’Iliade, avec la description du bouclier d’Achille. Pour chaque tableau, une description détaillée, d’une quarantaine de pages ; la présentation matérielle du livre, avec sa lucarne, permet d’avoir sous les yeux le tableau, ou une partie du tableau, tout au cours de la lecture. Habituellement, dans un musée, le visiteur ne s’arrête que dix secondes, environ, à un tableau. Ici, l’approche dure beaucoup plus longtemps. Toute latitude de s’exprimer a été laissée aux auteurs, qui peuvent aussi bien inventer un récit, que s’attacher aux gestes des personnages. Une vingtaine de titres ont paru, avec notamment la collaboration de Michel Butor, Sylvie Germain. L’exposition Danser sa vie au Centre Pompidou a aussi fourni le sujet d’un livre, et Arrabal traitera Dali.

Ce fut, nous dit Dominique Tourte, un très grand bonheur, et il a été lui-même étonné par la rapidité avec laquelle les choses se sont faites. La peinture est ici un « pré-texte », et la formule, une réponse à l’hyperconsommation culturelle.

L’Intérieur de cuisine se trouve au musée de Bailleul, et Françoise Lison-Leroy avait été frappée par l’atmosphère intimiste du tableau, par les objets, aussi, qui en constituaient le mobilier. Elle a laissé mûrir en elle ce tableau, s’est vraiment incorporé l’œuvre, et, partant d’un faire-part mortuaire daté de 1900 environ, a reconstitué ces existences quiètes. Une histoire en naîtra, un beau défi…

Pour Colette Nys-Mazure, ce fut un travail repris plusieurs fois. Elle a vécu à Douai, où se trouve le tableau dont elle s’est occupée, et a pu voir au cours d’un séjour à Rome un tableau du Caravage dont la thématique est proche de celui du Pensionnaire de Saraceni. Trois reniements correspondant aux trois promesses faires par saint Pierre, donnent l’occasion de parler du reniement : nous sommes sans cesse déçus et décevants. Écrire, s’emparer, restaurer, réflexion sur une expérience quotidienne.

Un bien beau défi, qui s’est inscrit dans la réalité.

Éditions Invenit, 19 rue du Bourg
F-59320 Ennetières-en-Weppes
Tél +33 3 20 82 12 18 ; Fax +33 3 20 75 34 15 ; E-mail : This e-mail address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it

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