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21 mars 2012

466e soirée des lettres – 21 mars 2012


PIERRE SCHROVEN, Dans ce qui nous danse, Éditions L'Arbre à Paroles, Amay. Présentation par Michel Voiturier.

Michel Voiturier évoque tout d’abord le rapport entre l’art et le corps, ce qui nous révèle à travers notre enveloppe charnelle ; et le mot, base de toute poésie. Ce mot qui ouvre à l’infini l’angle d’une vision. Il n’est pas de mot sans corps, et nous voilà dans le domaine de la danse. Michel évoque à ce moment des spectacles de danse modernes qui se rapprochent de la poésie, du silence, de l’éternité.

Il trouve chez Pierre Schroven des parcelles empruntées aux mystiques, le créateur entre la présence et l’absence, entre le temps et l’éternité, et évoque à ce propos Hildegarde von Bingen. Selon Pierre, ce qui est premier chez lui, c’est la relation avec le monde, le prochain. Il se refuse à nommer la transcendance. Après quelques lectures, il note l’importance des perceptions liées à l’enfance, et à une perception nouvelle de la vie, passant par cette enfance. Michel Voiturier retrace son évolution à travers ses derniers recueils : l’écriture, vecteur par où passe l’expérience du concret et du spirituel. L’écriture disperse les ombres. Et, dans le présent recueil, le culte de l’émerveillement quotidien. Le poème est un espace de liberté où la vie est réinventée.

Chaque recueil, nous dit Pierre, a été inspiré par un peintre. Notre vision du monde repose sur des a priori. Le peintre, lui, ajoute du visible à du visible. Et il cite un de ses professeurs, Marcel Paquet : Il est important d’être au monde. Le sens de l’existence, c’est de persévérer dans son être, et d’aller à l’œuvre des autres.

Il insiste aussi sur le rôle, qui va dans le même sens, des ateliers d’écriture, qui permettent de sortir du conventionnel. La vraie vie n’est pas fixe, elle est comme l’eau, comme le feu.

Refuser une vue uniforme du monde, conclut Michel Voiturier, en insistant sur les rapports entre le mot et l’œil.

 


 

MARCEL DETIÈGE, Le juge pénitent, roman, La Table Ronde. Présentation par Elisa Muylaert.

La présentatrice évoque tout d’abord le style précieux, voire démodé de l’auteur. C’est un amateur de beau langage, mais il aborde des thèmes très modernes. Ici, le thème de la procréation.

Marcel Detiège : On disait à Barbey d’Aurevilly : Vous êtes démodé. Il répondit : Je l’espère bien. Pour ma part, je suis un artisan, je produis peu. C’est Joubert qui disait : l’écrivain parfait est l’écrivain qui n’écrit pas. Il y a d’un côté ceux qui écrivent des histoires, de l’autre, les écrivains de style. Selon mon maître Raoul Ruttiens (Léon Marsant), le style a autant d’importance que l’histoire, et selon les maîtres de la NRF, plus d’importance. Je suis obligé d’écrire, nous dit-il, pour attester que je ne suis pas dupe. Mais les démocraties ont des tabous…

Ici, il s’attaque au tabou des tabous, la vie. Nous venons au monde pour mourir…

Lisa Leyla (pseudonyme de la présentatrice) résume alors cette histoire à trois personnages, l’amant, Cédric, l’amante, Cécile, et Chérie la petite chienne. Une liaison qui ne durera guère que trois mois : Cécile veut un enfant de Cédric, aussi intelligent que lui, Cédric n’en veut pas. Cécile devient jalouse de Chérie, va essayer de la tuer et… c’est elle qui finira en victime.

Dans la Chute, de Camus, nous dit l’auteur, le juge finit en pénitent. Les juges devraient avoir eu une expérience de la vie concrète, avoir commis des erreurs. Pour Cédric, donner la vie, c’est donner la mort. Il préfère la vie rêvée à la réalité, et finit pas se sentir indigne d’exercer son métier, à tel point que ses collègues le mépriseront, l’appelleront le Juge pénitent.

Liza Leyla : c’est le thème d’Éros et Thanatos. L’amour, poésie ou amour physique ?

Marcel Detiège : Y a-il de la poésie ? Elle cherche à instrumenter Cédric.

LL : L’écriture, substitut de l’amour ?

Et l’on terminera par l’évocation de Stendhal, des différentes formes de l’amour… Le débat reste ouvert.

 


 

EVELYNE GUZY, Dans le sang, roman, Bruxelles, Bernard Gilson Éditeur, 2009

Bruxelles-les-Eaux, histoire urbaine, Bruxelles, Maelström, 2010. Présentation par Joseph Bodson.

Diplômée en journalisme et communication de l’ULB, Evelyne Guzy y a dirigé un groupe d’études pour l’étude de la violence dans le cadre de l’Intifada.

En ce qui concerne Dans le sang, on peut se demander s’il s’agit vraiment d’un roman. L’auteure s’est servie des éléments recueillis par son groupe d’études et les a intégrés dans une intrigue assez ténue. Il s’agit en fait d’histoire-fiction, une histoire située vers 2060. C’est évidemment un genre à risques, le déroulement de l’histoire risquant fort de démentir les prévisions. Un exemple de prévision exacte : le Meilleur des mondes, d’Aldous Huxley

Ici, bien sûr, comme le but était de faire ressortir les atrocités du terrorisme, il était difficile d’envisager l’hypothèse d’une solution pacifique, aussi bien que celle d’un état juif qui aurait annexé l’ensemble de la Palestine. L’auteure a donc choisi l’hypothèse d’un départ massif des Juifs, en s’inspirant d’un roman de Philip Roth. Dès ce moment, restent en présence deux états arabes, celui du nord, modéré, étant en butte aux attentats préparés dans des camps d’entraînement au Sud.

L’auteure lit un passage qui décrit la sélection des terroristes, dès l’état d’embryon.

L’histoire comportera des passages optimistes, surtout lorsqu’elle dépeint les tentatives de réinsertion des jeunes terroristes, mais la fin viendra tout anéantir.

Bruxelles-les-Eaux est d’une texture toute différente, beaucoup plus apaisée. L’ouvrage fait partie d’une collection qui met en valeur différents quartiers de Bruxelles, ici, le Bois de la Cambre, et surtout l’étang, l’île et le Chalet Robinson. Le héros, couvé dans son enfance par une mère surprotectrice, haï par son père maître-nageur, se plaît dans la compagnie des canards, obtient un emploi de guide sur le bateau qui assure le passage vers l’île, et ce sera la catastrophe quand le Chalet brûlera. Il trouvera refuge dans les caves, en compagnie d’une petite fille, mais le rêve est défait et ne se recomposera plus.

Ici, l’humour tient une grande place ; notons aussi la tendance de l’auteure à s’identifier à des personnages masculins, qu’elle reconnaît volontiers, tout en notant que dans son prochain roman, ce sont trois femmes qui auront la vedette.

Un don réel pour la construction d’une intrigue, l’art de la narration, le sens de l’humour… Nous attendrons la suite avec plaisir.

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