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16 mai 2012

468e soirée des lettres – 16 mai 2012


MICHEL DUCOBU, Sable seul, poèmes. Présentation par Frans Vallée. Lectures par Éveline Legrand.

Une présentation, presque, à demi-mots, tant on a le sentiment d’une complicité entre présentateur et présenté. Questions et réponses se déroulent d’un seul tenant, d’une seule coulée. Il est vrai que Michel Ducobu et Frans Vallée, romanistes, se sont rencontrés à l’ULB, il y a bien longtemps déjà.

Le présentateur relève l’emploi des 1e, 2e et 3e personnes. On n’est pas loin, parfois de la narrativité. La 2e personne s’adresse au marcheur, la 3e.

M.D. : Beaucoup de choses se font par hasard ; pour ne pas être trop solennel, je passe parfois à la deuxième personne, plus familière. À la première, c’est plus ému, plus direct. Ici, la syntaxe est plus libre qu’en prose, ce qui compte, c’est l’intimité.
F.V. :
Mais il y a une recherche, en direction du plaisir.
M.D. : La poésie est une exigence. Il faut suggérer, avec une certaine discipline, recréer une certaine harmonie, alors que nous vivons dans un désordre sonore permanent.
F.V. :
Le recueil est composé de 52 sixains. En relisant, j’ai noté une grande économie de moyens.
M.D. :
Je les ai écrits comme des variations, c’est parti d’une passion pour la marche, sur le sentier côtier Hollande-Bretagne. La marche porte à la réflexion, à une reconnaissance envers la mer et le sable.
F.V. : Le lecteur n’a jamais le sentiment d’une répétition.
M.D. :
J’ai beaucoup d’admiration pour Monet, son côté instinctif. Mais la philosophie finit toujours par surgir.

Vient alors la lecture de quelques textes, elle aussi toute en impressions, en fluctuations légères, par Éveline Legrand.

Pourquoi le sable seul ? reprend le présentateur.

M.D. : Les deux mots me sont venus ensemble, et je les ai acceptés. Un sentiment de solitude… Et puis, l’allitération. On a parfois besoin d’être seul, d’une musique solitaire.
F.V. :
Le marcheur, un guetteur d’être ?
M.D. Les marées sont comme un passage du temps. On se sent très petit devant une grandeur absolue. La marche lui rend une dimension humaine.
F.V. :
Le marcheur serait-il un frère du Meursault de Camus ?
M.D. :
Le marcheur tente de s’entourer d’indifférence, pour résister. Meursault est donc un compagnon précieux.
F.V. :
La recherche, peut-être, d’un havre de délivrance.
M.D. :
La dernière strophe a été écrite au Havre, où nous rejoignons Monet.
F.V. :
L’ombre ?
M.D. :
Tout voyageur se promène avec son ombre, ses doutes. La couverture, œuvre d’un peintre grec, Costa Lefkochir, rend bien cette dualité ombre-lumière.

 

 


 

DOMINIQUE MASSAUT, Monsieur Tapecte (Éd. Maelström RéEvolution, 2011). Présentation par Antoine Janvier.

Rappel, pour ceux qui l’auraient oublié ou l’ignoreraient : le slam est une forme de poésie qui se veut ouverte, lors des séances, chacun peut venir dire ses textes, en un temps limité, et c’est aussi dans une certaine mesure une expression corporelle.

Dominique Massaut, né à Liège et y demeurant, est animateur culturel, notamment de slam et de tables d’écriture.

Antoine Janvier, son neveu; licencié en philosophie, va  consacrer à son oncle un véritable morceau de bravoure. Une non-présentation, nous dira-t-il. Il ne lit jamais de poésie, il n’y comprend rien, même à celle de Dominique, son oncle utérin. Mais on ne peut faire comme si cela n’existait pas.

Quant à Monsieur Tapecte, continue-t-il, j’ai bien ri à sa lecture, mais je n’ai rien compris. On y met la philosophie sur le même pied que la boulangerie. M. Tapecte est un jumeau de mon oncle, mais asymétrique. C’est aussi un passeur de livres, il laisse des livres là où il passe. Si ça ne dérange pas, la poésie, à quoi ça sert ? La poésie est d’abord, elle aussi, une affaire d’oralité, mais il n’est rien de plus bruyant que les silences du cogito. Mais écrit-on pour être lu, ou entendu ?

Dominique Massaut enchaîne, en évoquant la publication à L’Arbre à paroles d’une anthologie du slam, avec notamment Nicolas Ancion et Luc Baba ; chez Maelström, les booklegs sont liés à une prestation orale, une performance poétique. Mais ici, ce livre, ce n’est pas cela, ce n’est pas non plus un roman. C’est l’expression d’une part de lui-même qu’il n’aime pas beaucoup, mais qu’il a fini par trouver très sympathique. Ce qui le conduit ? La continuité. Il cite  un poète suisse qui, sur une feuille A4 avait écrit, en grand, un seul mot : Poumon. Où se termine la poésie ? Elle se rapproche en tout cas d’une expression corporelle. La cérébralité ne doit pas s’éloigner des émotions du corps. Et puis, il y a le lien internet, ce terrain de rencontre. La qualité n’est pas l’objectif, mais bien la fête.

La poésie n’est pas quelque chose de figé, c’est une création en chaîne. Et, en terminant, Dominique Massaut insiste encore une fois sur cette notion de continuité, de contact avec le public.

 


 

 

FRANÇOISE HOUDART, La Danse de l’abeille, roman, éd. Luce Wilquin. Présentation par Joseph Bodson.

Françoise Houdart, de Boussu, a été enseignante (langues germaniques) ; elle est l’auteure d’un nombre respectable de romans, tous parus chez Luce Wilquin.

À propos de cette Danse de l’Abeille, le présentateur commence par évoquer Rimbaud et Gérard de Nerval. En effet, Rimbaud n’a-t-il pas écrit : Je est un autre, et Nerval, inscrit au bas d’une photo : Je suis l’autre ? Et Nerval n’’est-il pas fort proche de l’héroïne de ce roman, elle aussi en quête d’un inconnu, si ce n’est d’elle-même ?

C’est ainsi qu’elle s’embarque pour Florence, prise d’une intuition subite, et par le moyen le plus lent : le train. L’auteure précise qu’elle est une grande voyageuse en chambre, elle a consulté les indicateurs, les guides touristiques.

Mais à Florence, devant la Naissance de Vénus de Botticelli, ce sera l’échec, et puis la transgression : elle dépasse la ligne bleue qui protège le tableau, doit quitter le musée, et va reprendre le train. C’est alors que vont intervenir d’autres entités : l’Autre, et puis la Bête. Une Bête qui gratte et ensanglante, avec cette évocation – très belle – de la naissance douloureuse racontée par la mère de l’héroïne. Et cette célébration du mot mystérieux, quasi magique, qui se  chante et la hante comme une mélopée : Aménorrhée.

L’écriture, la vieillesse, la mort, la solitude, cette Bête qui vous griffe, vous herse la peau. L’écriture, le seul recours contre la solitude. Même si des mots comme rature, griffonnage, évoquent eux aussi la souffrance infligée par la Bête. L’écriture, notre seul salut, mais combien douloureux.

Le présentateur insiste encore sur l’usage qui est ici fait des temps et des modes : le présent, temps de la réalité. L’imparfait, celui de la longue durée dans le passé, celui aussi des contes de fées (des contes de fées qui parfois finissent mal), le futur et le conditionnel, temps et mode du rêve. Et aussi, sur ces formulations très belles qui parsèment le roman : un ciel à la gueule de bois, un engourdissement chaleureux, il y aurait un matin chiffonné et un soir amoureux.

Nous en arrivons, de lecture en lecture, à cette apothéose de la Danse de l’abeille. Abeille qui a déjà fait son apparition dans ce qui précède, celle qui pique, celle qui se cogne à la vitre, celle enfin de l’envol. Un livre qu’elle a adoré, lu à différentes reprises : La Vie des Abeilles, de Maeterlinck.

Du peu de réalité au retour à la réalité. Du peu que nous sommes et que nous vivons. Mais ce peu est en nous, cette trace que nous laissons et qui reste après nous. Ce sens qui se dessine par les péripéties de notre existence, de notre écriture. La vie, comme la danse de l’abeille, n’est-elle pas un roman ?

 

Joseph Bodson

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