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20 juin 2012

469e soirée des lettres –21 juin 2012


ALAIN BERTRAND, Le Lait de la terre, roman, éd. Weyrich. Présentation par Joseph Bodson.

C’est d’abord, note le présentateur, une belle histoire d’amour, dont l’héroïne, par certains côtés, et notamment par une sorte de symbiose avec la nature où elle vit, sa région, fait un peu songer aux héroïnes de Jean-Claude Servais : Irène, c’est l’Ardenne en automne, quand la forêt s’embrase et fait trembler les lumières de l’âtre jusqu’au cœur de la nuit. On notera au passage la haute teneur en poésie de l’écriture d’Alain Bertrand.

Quant au héros principal, c’est un professeur bruxellois, qui vient d’un milieu un peu branché, avec une tendance bien marquée aux explications pseudo-scientifiques et aux discours écologistes légèrement décalés. On le retrouvera ainsi, à plusieurs reprises, piégé dans des situations inconfortables, et parfois même, franchement ridicule : embourbé, tout d’abord, avec sa voiture, et puis perdant ses chaussures dans la boue, quand ce n’est pas embarrassé dans un roncier lors d’une cueillette de champignons elle aussi, légèrement décalée. Mais tout cela ne l’empêche pas d’avoir un côté attendrissant.

Il sera d’ailleurs sensible aux problèmes qui se posent aux paysans : l’action se passe au moment de la grève déclenchée à propos du prix du lait. Irène deviendra d’ailleurs une sorte d’héroïne, d’emblème de cette grève, tandis que Charles, avec beaucoup de tact, cherche à sensibiliser ses élèves à tous ces problèmes. C’est d’ailleurs eux qui contribueront au dénouement heureux de l’intrigue… mais nous n’en dirons pas plus.

Entre-temps, la présentation s’est un peu perdue – il est vrai que le sujet et le cadre du roman s’y prêtent – du côté des Ardennes françaises, de certains excès du tourisme, des changements profonds que traverse la population de nos campagnes, devenues hélas trop souvent des cités-dortoirs. Cela n’empêche que la condition de paysan aujourd’hui reste toujours très dure, aussi bien physiquement que psychologiquement, suite aux nombreuses complications administratives. Quant aux mentalités, Alain Bertrand note justement que la solidarité d'autrefois tend à disparaître, tandis que les haines et les jalousies, elles, perdurent. Et puis, il y a ce tempérament ardennais, qui n’est pas dépourvu d’une certaine rudesse.

Et Alain Bertrand terminera sa présentation, tout empreinte de poésie, d’humour et de finesse, en nous lisant quelques extraits d’un livre qu’il est occupé à lire. Dure Ardenne, disait Arsène Soreil, mais c’est aussi une Ardenne buissonnière, qui vous réserve bien des surprises.

 


 

CHRISTOPHER GÉRARD, Vogelsang ou la Mélancolie du vampire, roman, L’Âge d’homme. Présentation par Anne Richter.

Un thème fréquent, note dès l’abord Anne Richter, un personnage classique très exploité. Il s’agit ici d’un conte d’amour et de mort, et l’auteur a réussi une gageure. Ce récit est tissé d’un réseau de liens secrets, et le lecteur ira de surprise en surprise. Chr. Gérard a ainsi renouvelé un genre littéraire usé, en utilisant un décor étonnant, celui des hôtels de luxe.

Les sensations fortes sont présentes, sang, violence et crimes. C’est d’abord un roman historique : le héros, Laszlo, a 240 ans, et a connu bien des péripéties. En tant que vampire, il est soumis à de longues périodes de dormition. C’est un homme d’une culture raffinée, qui mène une carrière de prédateur lettré. On retrouve chez lui le caractère des romantiques allemands, un souffle lyrique et dramatique, le Sturm und Drang, et tout particulièrement l’influence de Heinrich von Kleist, qui se suicida avec son amie, en se jetant dans le Wannsee.

Il ne s’agit pas là d’une dépression ordinaire, mais d’une vague de tristesse étrange, que Goethe appelait une maladie noire de l’âme. Elle se confond d’ailleurs avec une quête existentielle, telle qu’on la retrouve chez Novalis, Brentano, Nerval, Poe, Poe selon qui la mélancolie est le plus légitime des tons poétiques.

L’auteur a aussi fait de son héros un mélomane, si bien que le livre apparaîtra comme un roman musical, un peu à la manière d’Hoffmann. Le piano l’aide à voguer sur les flots du temps et lui fait découvrir l’humanité, et le pouvoir cathartique de l’âme. Dès le début du roman, le thème musical est amorcé par le  chant des oiseaux.

Il s’éprendra aussi d’une femme, et il est lui-même fils d’un homme, d’où sa vulnérabilité.

Intervient ici une lecture par l’auteur.

Ce thème de la musique va d’ailleurs devenir central dans le récit. Seront ainsi évoqués Scarlatti, qu’il se joue tous les soirs. Il imagine d’ailleurs la musique plutôt que de la jouer, le rêve surpasse l’action. Bach, aussi, l’Art de la fugue, et surtout la Sonate au clair de lune de Beethoven.

Entre ces moments divins, le vide de la nuit. L’opposition entre la férocité barbare et le sublime. Et nous en revenons ainsi à Heinrich von Kleist, à cette mystérieuse complicité entre la beauté, l’amour et la mort, clé qui éclaire le sens profond du drame et nous ramène à l’héroïne, Penthésilée – c’est d’ailleurs aussi le titre d’un drame de Kleist. Et tout finira dans un bain de sang.

Nous sommes là, nous dit Anne Richter, au cœur de la problématique humaine, et elle nous lira, en terminant, un texte tiré du Banquet de Platon, où, nous dit Phèdre, Mourir pour autrui, ceux-là seuls le veulent qui aiment.

Un roman bien sombre, certes, et sanglant, mais, qui, comme l’a bien souligné la présentatrice, touche aux fibres les plus profondes dont est tissée la substance même de nos rêves.

Joseph Bodson

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