À propos de « l'écriture inclusive »

Communications de l'Académie royale de langue et littérature françaises et du Conseil international de la langue française concernant l'écriture inclusive.

Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique

Lettre ouverte sur l’écriture inclusive

 

Comme il est inscrit dans ses statuts, « l’Académie donne son avis dans les domaines de son ressort, de sa propre initiative, à la demande de l’Exécutif ou à celle de tout autre pouvoir public ». Ainsi entend-elle donner aujourd’hui un avis sur ce qui est communément appelé « écriture inclusive ».

Au préalable, l’Académie s’accorde à dire que si la langue en elle-même n’est nullement sexiste, les discours des usagers peuvent l’être, et qu’il ne faut pas confondre écriture (manière de s’exprimer par l’écrit) et orthographe inclusives (graphie propre à l’orthographe).

Elle tient aussi à rappeler qu’un discours inclusif conférant aux femmes une juste représentation dans la société contemporaine est une nécessité légitime et que la féminisation des noms de métiers et de fonctions est à encourager comme l’attestait déjà Le Bon Usage (2016) d’André Goosse.

L’Académie rappelle les deux caractères fondamentaux du signe linguistique : l’arbitraire et la linéarité. Les conséquences de cet arbitraire sont que la langue ne représente pas directement le réel et ne détermine pas la pensée, dans la mesure où les locuteurs d’une même langue peuvent exprimer des conceptions très différentes. Quant à la linéarité, certaines pratiques de l’écriture inclusive, dont le point médian et les « néologismes morphologiques » créés par amalgames (celleux), exigent un décryptage empêchant une lecture linéaire essentielle à la compréhension d’un texte (exemple : tou·te·s ou tou·t·es sénateur·rice·s, usant de segments inexistants). L’Académie se prononce clairement contre ces formes contre-intuitives et très instables.

L’Académie constate par ailleurs qu’analyser la question du genre grammatical à travers certains préjugés historiques aboutit à une impasse et à une idéologie destructrice. De nombreux moyens (lexicaux, épicènes et contextuels) sont à notre disposition pour préserver la place légitime de la femme dans le discours.

De surcroît, la tentative d’imposer une « novlangue » relève d’une pratique inquiétante qui créera paradoxalement de l’exclusion en matière d’apprentissage et d’enseignement de la langue française chez les usagers déjà les plus défavorisés.

En conséquence, l’Académie recommande la lecture d’Inclure sans exclure (édité par la Fédération Wallonie-Bruxelles, 2020) d’Anne Dister et Marie-Louise Moreau, ouvrage de qualité sur le sujet, une synthèse respectant le fonctionnement propre de la langue ainsi que la place des femmes dans le discours.

Une communication de notre confrère Jean Klein, accessible sur le site de l’ARLLF, développe le sujet tant au point de vue historique que linguistique.

Bruxelles, ce 28 juin 2021

Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique

Palais des Académies, Rue Ducale, 1 - 1000 Bruxelles

 

Motion du Conseil international de la langue française

 

Constatant la dérive qui conduit à une imposition idéologique voire dictatoriale, le Conseil international de la langue française donne un avis sur ce qui est communément appelé, à tort, « écriture » inclusive.

En effet, il n’est pas question d’une écriture, c’est-à-dire d’une « manière de s’exprimer par écrit ». La langue française n’est pas sexiste. Le genre des noms de personnes n’est pas sexuel, mais grammatical (une vedette peut se dire d’un homme, un génie peut se dire d’une femme). De plus, actuellement, la question lexicale de la féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre, est largement résolue. La plupart de ces noms disposent d’une ou de plusieurs formes féminines attestées dans l’usage commun, avec des variantes locales propres aux francophones selon leur pays de résidence.

S’il n’est pas question d’une « écriture » inclusive, il ne s’agit pas vraiment non plus d’une « orthographe » inclusive. Le vocable « orthographe » désigne la « manière correcte d’écrire un mot ». Les graphies correctes des noms de métier, fonction, grade ou titre sont établies et enregistrées. L’écriture appelée improprement inclusive ne les modifie pas.

De quoi est-il question finalement ? La façon nouvelle d’écrire les noms de métier, fonction, grade ou titre ainsi que les mots qui les accompagnent dans la phrase, comme les déterminants, les adjectifs et les participes passés, au moyen d’un point appelé « point médian », « point central » ou « point milieu », relève en fait de la typographie. Ce n’est pas une question d’écriture ni d’orthographe, c’est une question de typographie.

Dès lors, selon les ouvrages de référence en la matière, il est conseillé de limiter autant que possible les abréviations. Dans le cas de la féminisation, le point médian doit être rejeté, comme les parenthèses. Dans la langue orale, il crée des segments inexistants en français et rend les formes imprononçables. Dans la langue écrite, il conduit à des amalgames (iels) qui gênent le lecteur et nuisent à la lecture linéaire essentielle à la compréhension d’un texte. Fondamentalement, ce n’est pas le point médian qui aidera à lutter contre les graves discriminations sexistes, qu’il s’agisse de violences conjugales, de disparités salariales ou de phénomènes de harcèlement.

C’est pourquoi, les membres du Conseil international de la langue française se prononcent clairement contre l’usage de formes françaises contenant le signe typographique appelé point médian. Ils appuient fermement la prise de position de l’Académie française et de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.

Hubert JOLY                         Michèle LENOBLE-PINSON

Président du CILF                 Vice-présidente

 

Paris, le 10 juillet 2021.

Actualité des membres

Pierre-Jean Foulon

Présentation d'Eau - 6 novembre 2021.

Guy Delhasse

Apéro littéraire à Liège le 22 octobre 2021.

Actualité littéraire

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Prix Gilles Nelod 2021

PRIX GILLES NELOD

Géré par l'Association des écrivains belges de langue française et créé grâce à une libéralité de Gilles Nelod, un prix de 250 € est décerné tous les deux ans. Il récompense l'auteur d'un récit ou d'un conte.
Le texte proposé (environ 900 lignes dactylographiées) ne sera pas destiné spécialement aux enfants. Il sera signé.
Il ne peut être écrit en collaboration, ni avoir été édité en volume, revue ou journal avant la date extrême de rentrée des manuscrits.
Ne concourent que des écrivains belges d'expression française vivant en Belgique. Il n’est admis qu’un seul texte par auteur. Le prix ne peut être attribué plus d'une fois à une même personne, ni partagé entre plusieurs candidats.

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